POLITIQUE
20/11/2018 14:39 EST | Actualisé 20/11/2018 14:39 EST

«Deux peuples fondateurs du Canada» : un discours «dépassé», selon Ghislain Picard

À son avis, François Legault a «quelques croûtes à manger» en ce qui concerne les peuples autochtones.

Ghislain Picard, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations, n'est pas impressionné par la récente sortie du premier ministre François Legault.
La Presse Canadienne
Ghislain Picard, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations, n'est pas impressionné par la récente sortie du premier ministre François Legault.

QUÉBEC – Le premier ministre du Québec, François Legault, véhicule un discours «dépassé» à propos des «deux peuples fondateurs du Canada», puisqu'il omet de parler des peuples autochtones, selon Ghislain Picard, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations.

M. Legault a tenu ces propos lorsqu'il a demandé à son homologue ontarien, Doug Ford, de revenir sur sa décision de couper dans les services aux Franco-Ontariens. Il lui a rappelé que les francophones ne forment pas une communauté culturelle au même titre que toutes les autres.

«J'ai fait valoir à M. Ford que je n'ai pas aimé qu'on compare les francophones avec les Chinois ou les autres cultures, a-t-il affirmé à l'issue de sa rencontre. Je lui ai dit: on est un des deux peuples fondateurs du Canada, donc on doit s'attendre à ce que les services soient donnés (dans les deux langues).»

En entrevue, M. Picard se désole que la question autochtone ait été reléguée aux oubliettes, mais estime qu'il ne s'agit pas d'une «surprise».

Il remet également en doute le «mythe» des «deux peuples fondateurs» du Canada – les colons français et britanniques – puisque les peuples autochtones y vivaient déjà depuis des millénaires.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait déjà abondé dans ce sens lorsqu'il avait prononcé son mea culpa à l'endroit des Autochtones devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York, en septembre 2017.

«Le Canada a été fondé sur le territoire ancestral des peuples autochtones, mais malheureusement il l'a été sans la participation réelle et significative de ceux qui y vivaient déjà», a déclaré M. Trudeau.

Une vague d'immigration comme une autre?

Le premier ministre a poussé un peu plus loin sa réflexion, cet été, lorsqu'il a été piqué par une dame qui le questionnait sur les «immigrants illégaux» lors d'un rassemblement libéral près de Saint-Jean-sur-Richelieu l'été dernier.

«Le Canada a été bâti par des vagues d'immigration qui ont été accueillies par les Premières Nations qui nous ont montré comment bâtir une société forte. Les gens qui viennent ici, de génération en génération, c'est ça qui fait de nous un pays plus fort», s'est exclamé M. Trudeau.

De l'avis de M. Picard, le gouvernement Legault a «quelques croûtes à manger» en ce qui concerne les Premières Nations et les peuples inuit au Québec. Sa déclaration sur les «deux peuples fondateurs du Canada» n'en est qu'un exemple, dit-il.

M. Legault, sa ministre responsable des Affaires autochtones Sylvie D'Amours et le député de Chauveau, Sylvain Lévesque, ont déjà eu une première rencontre officielle avec M. Picard et le grand chef de la nation Huron-Wendat, Konrad Sioui, vendredi dernier.

Dans les quatre prochaines années, M. Picard a l'intention de poursuivre la «pédagogie» du premier ministre Legault et de son équipe. «Plus tôt que tard!» précise-t-il.