POLITIQUE
19/11/2018 14:43 EST | Actualisé 19/11/2018 19:32 EST

François Legault obligé de rappeler à Doug Ford qui sont les deux peuples fondateurs du Canada

«Je n’ai pas aimé qu’on compare les francophones avec les Chinois ou les autres cultures», a affirmé le premier ministre du Québec.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a dû rappeler à son homologue ontarien, Doug Ford, que les francophones ne forment pas une minorité culturelle au même titre que toutes les autres en Ontario ou au Canada.

De passage à Toronto, M. Legault a exprimé sa déception concernant les décisions du gouvernement ontarien de reculer sur le projet d'université francophone dans la Ville reine, ainsi que l'abolition du poste de commissaire aux services en français en Ontario.

«J'ai fait valoir à M. Ford que je n'ai pas aimé qu'on compare les francophones avec les Chinois ou les autres cultures. Je lui ai dit: on est un des deux peuples fondateurs du Canada, donc on doit s'attendre à ce que les services soient donnés (dans les deux langues)», a dit M. Legault à la sortie de sa rencontre avec le premier ministre ontarien.

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«Moi, je lui ai parlé du fait qu'on a trois universités anglophones au Québec. On a créé un secrétariat pour les anglophones, que c'est important que les deux peuples fondateurs du Canada soient bien servis et aient un commissaire ou un secrétaire qui fasse le suivi des services aux minorités francophones, dans un cas, ou anglophones, dans l'autre cas.»

M. Legault a demandé à M. Ford de revenir sur ces décisions. Mais contrairement à l'équipe du chef conservateur Andrew Scheer, M. Legault dit qu'il n'a pas eu l'impression de «parler à un mur» lorsqu'il a abordé ces sujets.

M. Ford lui a répondu que dix collèges et universités offrent des cours en français à l'heure actuelle et que son gouvernement a voulu fusionner les postes de neuf commissaires à trois seulement. À son avis, les services aux francophones seront donnés de la même façon.

«Je crois que les gens sont mal informés», a déclaré M. Ford en mêlée de presse. Il accuse les médias qui «ne donnaient pas les faits» à son avis, tout en admettant qu'il aurait pu mieux expliquer les décisions de son gouvernement.

Ce n'est rien de personnel contre les Franco-Ontariens. Ce sont de très bonnes personnes.Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Le premier ministre ontarien dit qu'il comprend aussi pourquoi M. Legault a défendu ce sujet au nom des Québécois, qui sont des gens «passionnés» à son avis.

«Les différences entre moi-même et le premier ministre Legault – et je lui ai dit – c'est qu'il a eu un surplus (budgétaire). Moi, j'ai un déficit structurel de 15 milliards de dollars. C'est de ça dont j'ai hérité», justifie M. Ford.

Le gouvernement ontarien a également annulé trois autres projets d'universités anglophones parce que la province n'en avait pas les moyens, précise-t-il. «Ce n'est rien de personnel contre les Franco-Ontariens. Ce sont de très bonnes personnes.»

La Presse Canadienne
Les premiers ministres François Legault et Doug Ford se rencontrent à Toronto.

Caroline Mulroney, la ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario, blâme le gouvernement libéral de Kathleen Wynne, qui a créé de faux espoirs au sein de la population, dit-elle.

«Les libéraux, qui ont été élus en 2003, auraient pu bâtir l'université. Mais c'est en 2017 qu'ils ont commencé à mettre de l'avant ce projet sans le financement», a critiqué Mme Mulroney.

Ces explications n'ont pas satisfait le premier ministre Legault. «C'est important de se rappeler d'où on vient, comment s'est formé ce pays-là, donc c'est un peu normal (que les Québécois aient) une réaction assez dure», dit-il.

D'autres sujets sur la table

Lors de leur première rencontre officielle, les premiers ministres Legault et Ford ont convenu d'augmenter leurs exportations vers la province voisine afin de devenir moins dépendants des États-Unis.

L'Ontario exporte 42 milliards de dollars de marchandises vers le Québec chaque année, alors le Québec exporte environ 40 milliards vers l'Ontario. Les deux hommes se sont entendus pour augmenter ce chiffre à 50 milliards chaque année.

Leurs ministres de l'Économie respectifs se rencontreront deux fois par année pour se donner un plan précis et faire un suivi de la quantité d'exportations, a précisé M. Legault.

Le premier ministre du Québec a également «commencé à faire valoir» sa proposition sur l'hydroélectricité – un projet qui lui est cher. Dans la construction éventuelle de nouveaux barrages, le Québec pourrait même faire venir des travailleurs de l'Ontario.

«Moi, je suis convaincu que le Québec est capable d'offrir un prix et un coût de l'électricité beaucoup plus bas avec l'hydroélectricité qu'avec la rénovation de centrales nucléaires», a-t-il dit au terme de la rencontre. «La proposition est là et on va continuer d'en discuter.»