POLITIQUE
19/11/2018 11:43 EST | Actualisé 19/11/2018 11:53 EST

Compressions aux services en français: le camp d’Andrew Scheer avait l’impression de «parler à un mur» en confrontant Doug Ford

Le premier ministre ontarien pourrait-il nuire aux conservateurs fédéraux en 2019?

Le chef conservateur fédéral Andrew Scheer rencontrant le premier ministre de l'Ontario Doug Ford à Queen's Park, à Toronto, le 30 octobre 2018.
La Presse Canadienne
Le chef conservateur fédéral Andrew Scheer rencontrant le premier ministre de l'Ontario Doug Ford à Queen's Park, à Toronto, le 30 octobre 2018.

OTTAWA – Pris de court par la décision du premier ministre de l'Ontario de couper dans les services en français, le camp d'Andrew Scheer espère que Doug Ford va réaliser qu'il pourrait nuire aux chances du Parti conservateur du Canada de prendre le pouvoir l'an prochain.

«Nous sommes associés à une décision à laquelle nous n'avons pas contribué. Nous l'avons apprise en même temps que tout le monde lorsqu'ils ont fait leur annonce, et maintenant, c'est comme si, par association, nous étions en accord avec cette décision», a confié un membre de l'équipe de M. Scheer frustré par la décision du gouvernement ontarien.

Dans une mise à jour économique jeudi, le gouvernement Ford a annoncé qu'il reculait sur sa promesse de financer une université de langue française à Toronto et qu'il éliminait le poste du Commissariat aux services en français, confiant certaines de ses responsabilités à l'ombudsman de la province.

Voyez le ministre Vic Fedeli défendre les compressions de son gouvernement (en anglais):

Le gouvernement de la province dit vouloir faire le ménage dans les fonds publics, mais il n'a pas été en mesure de chiffrer les économies qu'il compte faire avec ces compressions dans les services en français.

«La voie à suivre ne sera pas facile et exigera de prendre des décisions difficiles», a déclaré le ministre des Finances de l'Ontario Vic Fedeli. «Tout le monde à travers la province devra faire des sacrifices, sans exception.»

M. Scheer, lui, n'a pas été consulté avant cette décision ni averti à l'avance, selon notre source. Il était aussi clair que la réponse initiale de l'équipe de M. Ford laissait croire qu'elle n'avait pas pensé aux conséquences de leurs décisions au niveau fédéral, a-t-il ajouté.

Quand le bureau de M. Scheer a appelé celui de M. Ford, «c'est comme si nous arrivions de Mars», a confié notre source. «La vie et la politique, ce ne sont pas juste des chiffres.»

Lors d'une conférence de presse, dimanche, M. Scheer a dit qu'il avait transmis des «préoccupations», dont celles des membres de son caucus, à M. Ford lorsque les deux hommes se sont croisés lors d'une convention du Parti progressiste-conservateur ontarien à Toronto samedi.

HuffPost Canada

«C'est à M. Ford de gérer ce genre de chose. Je lui ai dit que lorsque je serai premier ministre en 2019, je vais oeuvrer avec mes homologues provinciaux afin d'assurer que les services en français ne seront pas affectés par ce genre de changement», a-t-il dit.

Mais le chef conservateur n'a pas voulu indiquer s'il avait demandé à M. Ford d'annuler ces compressions.

«C'est à M. Ford de gérer ces choses-là», a répondu M. Scheer, lorsqu'il a été questionné à nouveau sur le sujet.

M. Scheer a réaffirmé son soutien «indéfectible» aux deux langues officielles du Canada et a assuré que ce serait «très clair pour les Canadiens» où il loge sur cet enjeu lors des prochaines élections.

Il espère cependant, semble-t-il, que les électeurs verront une distinction entre l'approche de M. Ford et la sienne.

«Les gens lors de la prochaine élection vont voter sur des enjeux fédéraux», a-t-il dit. «Et les gens aux élections provinciales votent sur des enjeux provinciaux.»

Scheer a parlé à Mulroney et Ford

M. Scheer a parlé avec M. Ford et Caroline Mulroney, la ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario.

Les deux chefs ont discuté pendant 15 minutes. «Après deux minutes, nous avons réalisé qu'il n'allait pas changer d'idée», a fait valoir notre source. «C'était comme parler à un mur».

Le camp de M. Scheer a dit à l'équipe de M. Ford que leur décision n'avait pas seulement des répercussions en Ontario, mais aussi au Québec. Tous les principaux journaux au Québec ont publié des chroniques ou des éditoriaux dénonçant cette décision.

Certains chroniqueurs ont même remis en doute le rôle de la province dans la fédération si les services en français peuvent passer à la trappe aussi facilement.

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«Les anglophones sont plus rationnels, mais nous, les francophones, nous sommes plus émotionnels», a ajouté notre source.

Il a comparé la décision de Ford à celle de l'ancien premier ministre Stephen Harper de couper les services aux anciens combattants. Le gouvernement croyait, à l'époque, qu'il réglait un problème en simplifiant les services et en fermant les plus petits bureaux, mais la décision a soulevé un tollé et a créé des ennemis pour aucune bonne raison, a-t-il noté.

«On l'a faite, cette erreur-là. Et puis là, ils ont fait la même christie d'erreur qu'on a faite dans le passé.»

Alors que le premier ministre Justin Trudeau a exprimé sa profonde déception avec la décision de M. Ford, la ministre fédérale des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, a tenté de mettre le premier ministre ontarien et M. Scheer dans le même bateau.

Elle a tweeté – en anglais – pendant la fin de semaine : «Les conservateurs de Scheer et de Ford devraient savoir que les francophones ne peuvent être et ne seront pas floués. Nous allons défendre les 600 000 Franco-Ontariens et 7,9 millions de francophones à travers le pays.»

M. Scheer a passé le plus clair de sa conférence de presse de dimanche à se plaindre que les libéraux veulent politiser le débat. Il a aussi dit qu'il avait été le premier chef à contacter le bureau de M. Ford à ce sujet.

«Ce n'est pas à nous autres à porter ça», a dit la source conservatrice à HuffPost. Nous autres, je pense qu'à date, on a fait ce qu'on devait faire.»

«Nous nous sommes assis avec Mulroney. Nous nous sommes assis avec Ford. On leur a parlé, on a passé un message. À partir de là, ce sont des grands garçons...»

«On va leur parler encore [lundi] et j'aimerais bien qu'ils disent qu'ils changent d'idée. C'est ce qu'on souhaiterait le plus.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais par Catherine Lévesque.