BIEN-ÊTRE
17/11/2018 14:52 EST | Actualisé 17/11/2018 14:57 EST

Vos chiens et chats sont une catastrophe pour l’environnement

Leurs régime alimentaire, très souvent à base de viande, a un impact considérable sur la planète et mérite qu'on y réfléchisse.

Dmitry Kopylets via Getty Images

Lyla est un carlin, une race de chien très tendance. Mais elle est aussi végane puisque son maître a arrêté de lui donner de la viande. De plus en plus de propriétaires de chiens et de chats aux États-Unis prennent la même décision, les régimes végétariens et végétaliens gagnant du terrain non seulement chez les humains mais aussi parmi leurs animaux de compagnie.

Le maître de Lyla n'est autre que Myron Lyskanycz, le PDG de Halo, une entreprise de nourriture pour chiens et chats qui propose des gammes avec et sans viande depuis six ans. Aujourd'hui, les produits véganes représentent 20% de ses ventes d'aliments pour chiens. Lyskanycz prévoit une croissance rapide de cette catégorie de produits dans les dix années à venir.

D'après une enquête, environ 8% des Américains se disent végétariens ou véganes, et d'après une autre, 31% du reste de la population affirment réduire activement leur consommation de viande. En arrêtant peu à peu de manger de la chair animale, "les gens commenceront forcément à réaliser qu'il s'agit d'un régime qui convient aussi à leurs animaux", estime-t-il.

HALO PETS
Lyla le carlin végane.

Un régime alimentaire végétal pour les chiens est moins absurde qu'il n'y paraît. Aux États-Unis, les 70 millions de chiens de compagnie consomment en majorité des aliments carnés. Tous les chats, chiens et autres animaux de compagnie américains représentent à eux seuls le cinquième plus grand consommateur de viande au monde, derrière la Russie, le Brésil, les États-Unis et la Chine.

Et cela commence à inquiéter les écologistes, sachant que la production mondiale de viande et de produits laitiers est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre générés par l'homme, soit un peu plus que les émissions de tous les véhicules, trains, avions et bateaux du monde. Or, les chiens et chats domestiques représentent jusqu'à 30% de l'impact environnemental attribuable à l'agriculture animale aux États-Unis.

Si on ne réduit pas la consommation excessive de viande, tant chez les hommes que chez les animaux de compagnie, il sera quasiment impossible de maintenir le niveau du réchauffement climatique sous le seuil critique des 2°C.

D'après les scientifiques, dans d'autres pays, les chiens errants qui vivent des restes qu'ils trouvent ont un régime riche en glucides (biscuits, pain, riz) et relativement pauvre en protéines (restes de viande ou de carcasses).

Une digestion différente selon les chiens

Les chiens de compagnie seraient mieux adaptés à un régime plus riche en glucides que leurs ancêtres de la famille des loups: leurs habitudes alimentaires ont évolué et ils arrivent à mieux digérer l'amidon. Ce que confirme une étude suédoise qui montre que les chiens digèrent cinq fois mieux l'amidon (contenu dans les céréales, les haricots et les pommes de terre) que les loups et qu'ils possèdent une enzyme digestive semblable à celle d'herbivores comme les vaches et les lapins.

Si les chiens aiment l'odeur et le goût de la viande, cette étude affirme que les préférences alimentaires d'un chien adulte sont fortement influencées par ce qu'il a mangé quand il était chiot.

"La plupart des propriétaires de chiens n"ont jamais pensé que leur animal puisse survivre avec un régime végétal. Ça va changer à mesure que nous disposons de plus d'informations," affirme le PDG.

La plupart des aliments pour animaux contiennent aujourd'hui de la farine d'os et d'autres restes moins prisés dans l'alimentation humaine. Mais, d'après Greg Okin, professeur à l'université de Californie et auteur d'une étude sur l'impact environnemental des aliments pour animaux, certains fabricants de ces produits tendent à encourager les maîtres à acheter pour leurs compagnons des aliments à base de viande de meilleure qualité.

Les chiens, des loups et les chats, des lions

"Les équipes marketing s'efforcent de convaincre les consommateurs que leurs chiens sont des loups et leurs chats, des lions qui ont besoin d'un régime riche en produits d'origine animale, explique-t-il. Or les chiens ne sont évidemment pas des loups, et les chats ne sont pas des lions, mais les gens sont dupes. Je crois qu'ils se font avoir en se laissant convaincre de dépenser plus d'argent pour des produits dont leurs animaux n'ont pas besoin et qui, sur le plan environnemental, sont pires que les croquettes pleines de céréales des marques moins chères."

Cela dit, il y a des limites dans ce qu"on peut imposer aux animaux de compagnie en termes de régime sans viande. Si les chiens peuvent vivre en consommant uniquement des végétaux, les chats sont cependant des animaux carnivores qui ont besoin de certains nutriments que lon trouve dans la viande.

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Les chats sont des animaux carnivores qui ont besoin de certains nutriments que l'on trouve dans la viande.

Les chiens "sont omnivores et même leurs ancêtres sauvages consommaient des légumes. Depuis, l'évolution les a mieux équipés pour un régime végétal", déclare Sarah Dodd, consultante vétérinaire auprès des marques telles que Halo, qui étudie les régimes alimentaires végétaux chez les animaux de compagnie.

"Le cas des chats est différent. Théoriquement, il est possible de leur fournir tous les nutriments nécessaires avec un régime à base de préparations alimentaires végétales, mais nous ne disposons pas encore de suffisamment de données pour savoir si les produits actuellement disponibles satisfont ces besoins."

Elle pense que les grands fabricants de nourriture pour animaux devraient soutenir davantage la recherche sur les produits destinés aux chats. Mais l"un de ces géants, Mars Petcare, qui détient des marques comme Pedigree, Iams, Nutro et Eukanuba, doute de l'intérêt des consommateurs pour la nourriture animale végane.

«Un régime végane est possible»

"Un régime alimentaire végane est possible pour les chiens et les chats, mais il est potentiellement difficile à développer, déclare ainsi Tiffany Bierer, directrice scientifique chez Mars Petcare. Les chiens et les chats ont notamment besoin de vitamine D pour maintenir un taux de calcium adéquat dans leur corps. Contrairement aux humains, ils ne peuvent pas en fabriquer eux-mêmes. Or la vitamine D ne se trouve que dans les produits d'origine animale. Et puis il y a des nutriments très peu présents dans les légumes ou les céréales, comme les acides aminés."

Un autre fabricant de nourriture pour chiens et chats tente d"apporter une solution avec des aliments à base de viande cultivée en laboratoire. Basée en Californie, l'entreprise Wild Earth, soutenue par le milliardaire Peter Thiel, affirme vouloir réinventer la nourriture pour animaux en la produisant avec de la viande cultivée in vitro et des aliments végétaux.

"Nous utilisons des végétaux et des champignons très riches en protéines, ce qui est un premier pas pour remplacer la viande, explique le PDG de Wild Earth, Ryan Bethencourt. Mais nous ne nous revendiquons pas comme une entreprise végane. Notre but est de créer une source de protéines durable, notamment avec de la viande cultivée en laboratoire."

De la viande de souris artificielle

Wild Earth a déjà développé de la viande de souris artificielle destinée aux chats, mais elle n'est pas encore commercialisée. M. Bethencourt pense qu'un produit à base de viande de culture sera d'abord commercialisé pour les hommes, afin d'éviter de donner à la viande cultivée in vitro l'image d'un aliment de qualité inférieure.

"Nous pourrions en proposer dès aujourd'hui ou dans quelques mois, mais nous devons régler des questions d'ordre réglementaire et de prix d'achat", explique-t-il, ajoutant que Wild Earth espère lancer la commercialisation de viande cultivée en laboratoire d'ici à 2020.

En attendant, Greg Okin invite les maîtres à se faire conseiller avant de changer le régime alimentaire de leur chien ou chat.

"Tout comme l'on choisit parfois sa voiture en fonction de ses émissions de carbone, on pourrait aussi choisir son animal de compagnie selon ses besoins spécifiques en produits d'origine animale, suggère-t-il. Si cette question les intéresse, j'encourage les propriétaires d'animaux à en parler avec leur vétérinaire."

Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Valeriya Macogon pour Fast ForWord.

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