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15/11/2018 15:24 EST | Actualisé 15/11/2018 15:24 EST

Changer son téléphone intelligent tous les deux ans tue la planète

Des chercheurs canadiens accusent les fabricants de téléphones et les géants de la télécommunication d'avoir créé un modèle commercial non viable.

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Des chercheurs canadiens ont constaté que l'achat d'un nouveau téléphone intelligent à tous les deux ans avait des conséquences néfastes sur la planète et menaçait de saboter les efforts déjà déployés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans un article publié récemment, Lotfi Belkhir, professeur à l'Université McMaster, et Ahmed Elmeligi, diplômé de la faculté de génie, concluent que l'empreinte carbone du secteur mondial des technologies de l'information et des communications connaît présentement une hausse majeure.

Alors que l'empreinte carbone de l'ensemble du secteur ne représentait que 1 à 1,6% des émissions mondiales de carbone en 2007, les chercheurs prévoient qu'en 2040, ce nombre grimpera à 14%. C'est l'équivalent de la moitié des émissions produites par le secteur des transports.

C'est «clairement inacceptable, car cela va altérer les réductions d'émissions de gaz à effet de serre obtenues dans d'autres secteurs», écrivent les chercheurs dans un article publié dans le Journal of Cleaner Production.

Les chercheurs prédisent aussi que les centres de données et les réseaux de communication seront les principaux contributeurs à l'empreinte carbone dans le domaine de la technologie, et que les téléphones intelligents seront les plus dommageables de tous les appareils de communication.

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Le nombre de téléphones dans le monde atteindra 8,7 milliards d'ici 2040, donc l'équivalent de 95% de la population mondiale à ce moment. D'autres recherches ont notamment montré qu'environ le quart des utilisateurs possèdent plus d'un téléphone.

L'utilisation de ces appareils n'engendre pas beaucoup de pollution. C'est plutôt l'extraction des métaux rares utilisés pour les produire et le processus de fabrication qui génèrent des émissions de carbone.

Selon les chercheurs de McMaster, 85% des émissions de carbone produites par les téléphones sont générées avant même que le consommateur n'achète le produit.

C'est pourquoi l'habitude d'acheter un nouvel appareil électronique tous les deux ans, une habitude créée par les fournisseurs de services de télécommunications en offrant des contrats de deux ans, est si dommageable pour l'environnement.

«Il est clair que ce modèle économique, bien que très rentable pour les fabricants de téléphones et le secteur des télécommunications, n'est pas viable à long terme et est nuisible aux efforts mondiaux de réduction des gaz à effet de serre», font-ils valoir.

Dans une entrevue téléphonique avec le HuffPost Canada, Belkhir indique qu'il soupçonne les fabricants de téléphones de ralentir intentionnellement leurs anciens modèles afin de convaincre les consommateurs d'en acheter de nouveaux.

«Beaucoup de gens disent "j'ai changé de téléphone parce que le mien est devenu trop lent", a-t-il expliqué. Mais vous n'entendez pas les gens qui utilisent des tablettes tenir le même discours.»

Les chercheurs de l'Université McMaster ont constaté que la durée de conservation des tablettes électroniques était de sept ans, bien que les tablettes aient une technologie très similaire à celle des téléphones intelligents, qui ont une durée de vie de seulement 1,8 an.

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Gardez votre téléphone plus longtemps ... et recyclez

Belkhir estime que la durée de vie des téléphones devrait être prolongée à quatre ans ou plus. Dans le rapport de recherche, il concède toutefois que l'idée «pourrait faire face à une forte résistance de la part des fabricants de téléphones pour lesquels l'obsolescence accélérée des produits est au centre de leur modèle économique.»

«Les gens doivent aussi s'assurer que leur téléphone est recyclé et ne pas le mettre à la poubelle», a mentionné Belkhir.

Ces téléphones contiennent des quantités importantes de métaux précieux (environ 0,03 gramme d'or, soit 10 fois plus que dans les ordinateurs) et recycler ces matériaux signifierait une extraction minière de minéraux rares moins dommageable pour l'environnement.

L'industrie devrait viser une «fabrication cyclique», où tous les éléments d'un appareil sont récupérés et réutilisés dans de nouveaux téléphones, note Belkhir. «Cela permettrait aux fabricants d'économiser beaucoup d'argent et aurait un impact significatif sur l'environnement.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.