DIVERTISSEMENT
13/11/2018 16:12 EST | Actualisé 13/11/2018 21:48 EST

Voici comment des Montréalais réinventent l’art avec le numérique

Parce qu’il n’y a pas que l’industrie des jeux vidéo à Montréal…

Une image tirée du projet «Réflexions sur la vie» réalisé par Normal Studio avec l'Orchestre symphonique d'Ottawa.
Dwayne Brown
Une image tirée du projet «Réflexions sur la vie» réalisé par Normal Studio avec l'Orchestre symphonique d'Ottawa.

Oubliez les jeux vidéo et les effets spéciaux dans les blockbusters américains. Les artistes montréalais poussent maintenant la technologie encore plus loin pour faire vivre des émotions riches aux spectateurs.

La métropole est devenue une véritable référence à l'international dans tout ce qui est conception artistique, alliant tantôt réalité augmentée et virtuelle, tantôt déploiement scénique à grande échelle. D'ailleurs, la créativité numérique crée 91 000 emplois directs à Montréal et des retombées économiques de 8,6 milliards $.

Alors que les principaux acteurs de l'industrie sont réunis autour de HUB Montréal jusqu'à mercredi, le HuffPost Québec s'est entretenu avec quatre créateurs pour comprendre comment ils amènent l'art à un autre niveau et comment Montréal a su faire sa marque dans ce domaine.

Pour arriver à ses fins, il faut écouter et convaincre

Le cofondateur de la boîte Normal Studio, Philippe Belhumeur, avec ses partenaires Sébastien Grenier-Cartier et Mathieu St-Arnaud, est derrière plusieurs projets qui tentent de rapprocher les spectateurs et les artistes.

Pour quelque part réinventer le concert symphonique, Normal a travaillé avec l'Orchestre symphonique d'Ottawa afin de créer Réflexions sur la vie, un spectacle où une frange composée de 7000 petites cordelettes mises les unes à côté des autres sur un simple rail, installé devant l'orchestre, permettait de projeter les images de l'histoire que la musique cherchait à raconter.

Mais ce projet n'a pas été facile à réaliser. Philippe Belhumeur met en lumière que les idées novatrices ont besoin d'être expliquées, mais surtout, que les artistes technologiques doivent comprendre les besoins de leurs partenaires... et les contraintes budgétaires.

«Il faut expliquer comment nous [Normal] on peut exploser le canevas. Plus les projets avancent, plus ils sont complexes et difficiles à gérer. Des fois, on peut avoir 16 flux HD pour arriver à faire un événement, mais on n'a pas nécessairement des budgets comme pour Arrival de Denis Villeneuve pour arriver à nos fins. Il faut user de créativité et bien apprendre à manier la matière concrète, la matière technologique, pour bien raconter une histoire et rendre ça complémentaire.»

Même son de cloche du côté de Gabriel Coutu-Dumont, directeur de la création chez Silent Partners. Ce studio s'est donné comme mission de créer des visuels pour les spectacles à grand déploiement qui s'intègrent au contenu de l'artiste musical plutôt que d'ajouter un contenu à regarder pour les spectateurs.

Le mantra semble fonctionner puisque Silent Partners a réalisé la scénographie des tournées de Pink, Rihanna, Katy Perry, Taylor Swift et Selena Gomez, entre autres.

Pour voir une vidéo du travail de Silent Partners, cliquez ici.

«Notre mandat est de s'assurer de l'enveloppe visuelle du show, incluant l'éclairage, la chorégraphie vidéo, etc. La meilleure façon de ne pas passer à côté, c'est d'écouter l'artiste, le metteur en scène, d'écouter la vision du projet comme tel. Tout ce qui existe en périphérie doit être des outils qui sont au service de la vision», dit Gabriel Coutu-Dumont.

La techno au service de l'art, et l'art au service de la techno

Alors que Philippe Belhumeur et Gabriel Coutu-Dumont réinventent les outils de diffusion, Geneviève Levasseur, directrice de création chez Ingrid Ingrid, explore la réalisation de contenu numérique dans l'espace public.

Alliée au festival Montréal complètement cirque, Ingrid Ingrid s'est demandé comment arriver à générer des nouvelles formes de relations en y intégrant le numérique. Est née une application qui permettait aux spectateurs de contrôler les mouvements des artistes du cirque.

Est-ce donc les outils technologiques qui poussent l'art à se réinventer, ou l'inverse? «On a une grande sensibilité, une grande curiosité de la façon dont les gens vont comprendre et s'approprier des expériences. La technologie, pour nous, c'est un outil. On ne part pas de ça, mais du relationnel, et du contenu», convient-elle.

Sébastien Ébacher, créateur de Arnoovo, a rendu l'hypnose en réalité virtuelle possible pour un spectacle de Messmer. Pour lui, il est essentiel de voir la technologie comme moteur de stimulation artistique. «Pour nous, c'était très important de mettre le contenant au service du contenu et non l'inverse. On considère qu'on a gagné quand les gens oublient qu'ils ont le casque de réalité virtuelle sur la tête», image-t-il.

D'ailleurs, il estime qu'on en est qu'aux balbutiements de l'arrivée des outils technologiques dans nos vies, et qu'ils n'ont pas fini de nous impressionner.

«Il faut être patient. Quand la télé est arrivée, on faisait du théâtre, ou de la radio, comme la soirée du hockey. C'est le premier réflexe, parce que c'est ce qu'ils connaissent. Moi, je trouve que ça fait peut-être une dizaine d'années qu'on fait de la bonne télé et qu'on exploite vraiment le médium pour ce qu'il est», dit Sébastien Ébacher.

La technologie évolue-t-elle trop vite ou pas encore assez vite? «Je te dirais que des fois on est content que la technologie prenne une pause pour que nous puissions développer un peu plus loin dans ces différents médias. Mais en même temps, on reste à l'affût pour pouvoir toujours aller plus loin», estime pour sa part Philippe Belhumeur.

Pourquoi Montréal crée le «buzz» en ce moment?

Pour les quatre créateurs interrogés par le HuffPost Québec, il ne fait aucun doute que quelque chose se dégage de Montréal en ce moment sur la scène internationale. Pour Gabriel Coutu-Dumont, la réputation se bâtit depuis déjà plusieurs années. «Il y a des géants qui sont sortis de chez nous et qui ont contribué à la notoriété de Montréal. Je pense à Robert Lepage, au Cirque du Soleil, même à Céline Dion, avec Yves Aucoin, qui ont fait rayonner des créateurs d'ici à l'étranger. Tout ça a aussi amené Solotec à se développer en tant que fournisseur d'équipement à travers le monde», estime-t-il.

Il ajoute que des événements comme HUB Montréal contribuent également à faire vibrer la métropole. «L'idée d'avoir un centre créateur de contenu et de diffuseur fait qu'on amène des contrats de l'extérieur pour faire travailler les créateurs de chez nous ou vice-versa. Ça devient des mécanismes qui aident à mettre Montréal sur la carte», fait-il valoir.

Pour Geneviève Levasseur, c'est la façon de voir la technologie qui fait de Montréal une incontournable. «On a une approche qui n'est pas geek. C'est une approche qui est très sensible. Ça plaît beaucoup. Il y a quelque chose de très humain dans la démarche, une sensibilité au contenu. L'idée de prendre les choses à hauteur d'homme fait qu'on peut voir grand parce qu'on reste groundé sur l'essentiel.»

«Il y a aussi le fait qu'on peut y vivre très modiquement, qu'il y a l'hiver et qu'il n'y a rien à faire d'autre que de travailler, dit Gabriel Coutu-Dumont sur un ton rieur. Tous ces microfacteurs font de Montréal une super ville-laboratoire.»

HUB Montréal, c'est quoi?

  • Événement international mettant la créativité numérique montréalaise à l'avant-plan
  • Une quarantaine de projets innovants présentés en vitrines aux investisseurs d'ici et de l'étranger
  • Plus de 500 participants sont attendus au Cœur des sciences de l'UQAM

Des projets en vitrine à HUB Montréal: