POLITIQUE
12/11/2018 17:23 EST | Actualisé 12/11/2018 17:31 EST

Indépendance: les péquistes inspirés par «l'optimisme inébranlable» de Bernard Landry

Anciens compagnons d'armes, adversaires et citoyens lui ont rendu un dernier hommage à Montréal.

MONTRÉAL - Les indépendantistes devraient puiser dans l'énergie de l'ancien premier ministre Bernard Landry pour raviver la flamme souverainiste au Québec, disent ses ex-compagnons d'armes.

Le public lui a fait ses derniers adieux lors d'une chapelle ardente à la Basilique Notre-Dame de Montréal, où la dépouille de M. Landry est exposée. Celui qui a été chef du Parti québécois (PQ) de 2001 à 2005 est décédé jeudi dernier à l'âge de 81 ans.

Jean-Pierre Charbonneau, ancien président de l'Assemblée nationale et ex-ministre péquiste, est l'un de ceux qui ont souhaité un bon repos à M. Landry, un «modèle d'engagement, de détermination et de fidélité à des convictions profondes».

Même dans les défaites, il gardait un optimisme inébranlable. Ça, c'est inspirant pour la suite des choses.Jean-Pierre Charbonneau

«J'en parlais avec (sa veuve) Chantale (Renaud) et on se disait que probablement que s'il nous regardait d'en haut, il nous dirait: "Il me semble que ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé d'indépendance comme on en parle depuis que je suis mort!"»

Malgré des lendemains difficiles pour le PQ – qui n'a fait élire que 10 députés lors des dernières élections – M. Charbonneau se console avec le fait que 33% des Québécois ont voté pour deux partis souverainistes. «On est partis de mal pas plus loin dans les années 60!»

Le temps de se remettre au travail

L'ancienne première ministre Pauline Marois a admis être «émotive» après la dernière débâcle du Parti québécois au plan électoral. Il est maintenant temps pour les péquistes de se «retrousser les manches» et de se remettre au travail, à l'instar de M. Landry.

«Peut-être qu'il sera un stimulant pour pousser plus loin notre réflexion et qu'il nous servira encore une fois de mentor», a exprimé Mme Marois, qui parle de son ancien chef comme d'un «grand pédagogue» qui a aussi été un «professeur» pour elle, en quelque sorte.

La Presse canadienne
L'ex-première ministre Pauline Marois salue son ancien collègue devenu chef.

L'ex-ministre péquiste André Boulerice, qui a rencontré M. Landry dans les années 70, s'anime lorsqu'il parle de l'effet «énergisant» de son ancien collègue devenu chef.

Ce dernier n'hésitait pas à appeler son ministre tôt les matins de fin de semaine pour lui proposer des nouvelles idées et lui soumettre des projets, raconte M. Boulerice à la rigolade.

«Je lui disais : "Mais pourquoi tes parents t'ont mis des Duracells, toi?" Parce qu'il ne cessait jamais, jamais, jamais, jamais...»

Une «oeuvre de longue haleine»

Stéphane Bergeron, l'un des députés péquistes défaits le 1er octobre dernier, n'affichait pas le même optimisme. Il admet qu'il était «un peu présomptueux» de penser que l'indépendance allait se réaliser rapidement.

«C'est une œuvre de longue haleine, dit-il. Plusieurs ont défriché le terrain, l'ont préparé. C'est au peuple québécois de prendre le relais vers l'aboutissement logique de ces nombreux siècles d'histoire, qui est celui de la pleine liberté : l'indépendance.»

À l'Assemblée nationale, dans nos échanges, il nous faisait beaucoup souffrir. Je dis ça dans le bon sens du terme!Jean Charest

Malgré tout, plusieurs diront que M. Landry n'a jamais perdu espoir de voir le Québec former un pays à part entière. Il se plaisait à dire qu'il ne faut jamais désespérer de son peuple, rappelle Gilles Duceppe, ancien chef du Bloc québécois.

«Il n'a pas monnayé ses convictions, ajoute Jean-Pierre Charbonneau. Même dans les défaites, il gardait un optimisme inébranlable. Ça, c'est inspirant pour la suite des choses.»

Apprécié... même par les fédéralistes

Même s'il était indépendantiste, M. Landry a profondément marqué ses adversaires politiques fédéralistes.

Jean Charest, qui a été son adversaire comme chef de l'opposition, puis comme premier ministre, a vanté l'intelligence, le talent, mais aussi les convictions de M. Landry.

«À l'Assemblée nationale, dans nos échanges, il nous faisait beaucoup souffrir. Je dis ça dans le bon sens du terme!»

La Presse canadienne
L'ancien premier ministre Jean Charest en compagnie de Chantale Renaud.

John Parisella, qui a été le chef de cabinet des ex-premiers ministres Robert Bourassa et Daniel Johnson, estime que les politiciens de toutes allégeances politiques ont toujours eu un «très grand respect» pour lui. «Et c'était réciproque. Il respectait ses adversaires.»

«C'est vraiment la fin d'une époque, comme on dit. C'est le dernier des grands», souligne M. Parisella.

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