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08/11/2018 19:02 EST | Actualisé 08/11/2018 19:04 EST

Quelles leçons peut-on tirer des élections américaines de mi-mandat en vue de 2020?

Les élections de mi-mandat de cette semaine ont enseigné des leçons précieuses aux deux grands partis.

Olivier Douliery/ABACAPRESS.COM

Les élections de mi-mandat de cette semaine ont enseigné des leçons précieuses aux deux grands partis en vue de l'élection présidentielle de 2020.

Pour les démocrates, une série de victoires dans l'ensemble des États du Midwest et des Grands Lacs a ouvert une voie potentielle vers la Maison-Blanche. Mais le Parti républicain (GOP) du président Donald Trump a trouvé sa force dans des États critiques qui détiennent souvent les clés de la présidence.

Aucun État n'offre possiblement plus d'espoir aux démocrates que le Wisconsin, qui a ébranlé le parti en 2016 en tombant de justesse dans la colonne de Donald Trump. Le gouverneur républicain Scott Walker a tout juste échoué à obtenir un troisième mandat, ce qui permet aux démocrates de croire qu'ils sont en mesure de récupérer non seulement le Wisconsin, mais aussi d'autres États traditionnellement «bleus» — comme le Michigan et la Pennsylvanie — qui ont été balayés par Donald Trump.

«La défaite de Walker, c'est un tournant décisif: le candidat idéal en 2020 pourrait gagner tous ces États (du nord industriel)», selon le sondeur démocrate Paul Maslin, qui a conseillé la campagne de la sénatrice démocrate Tammy Baldwin. «S'ils y parviennent, la tâche de Trump commence à se compliquer.»

Néanmoins, les démocrates ont aussi de multiples raisons de rester prudents. Les gains enregistrés dans le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie ont été contrebalancés par des résultats mitigés dans l'Ohio et par la domination républicaine dans la toute-puissante Floride.

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Être en phase avec les travailleurs

Dans l'Ohio, les républicains sont arrivés en tête de la course au gouverneur et dans une poignée d'autres bureaux à l'échelle de l'État. Le GOP a maintenu sa majorité de 12 voix contre 4 dans la délégation de cet État à la Chambre des représentants.

Le représentant démocrate de l'Ohio, Tim Ryan, qui a obtenu un autre mandat dans un district remporté par Hillary Clinton en 2016, a estimé que son parti a connu une «très mauvaise soirée électorale». Mais il a souligné que les démocrates ont réussi à gagner lorsqu'ils se sont concentrés sur «des problèmes économiques essentiels», comme l'a fait le sénateur Sherrod Brown, également réélu mardi.

«Si vous ne vous connectez pas avec les travailleurs, alors vous ne pourrez pas vous en sortir», a prévenu M. Ryan lors d'un entretien. «Trump est connecté aux travailleurs. Si nous ne faisons pas cela, si nous continuons à être perçus comme une élite et que les gens sont "déplorables" s'ils ne votent pas pour nous, nous aurons un gros problème.»

Dans son discours de victoire, M. Brown a déclaré que son État avait fourni un «plan pour l'Amérique en 2020».

Les républicains ont toutefois souligné la victoire de M. Trump dans l'Ohio en 2016, ainsi que les quatre visites de campagne qu'il a effectuées dans cet État, y compris une escapade dans le sud-ouest de l'Ohio trois semaines avant les élections. Le président reste très populaire dans la région, du comté politiquement volatile de Hamilton à l'est, jusqu'à une série de comtés le long de la rivière Ohio que le président a remportés avec plus de 30 points de pourcentage.

Le profil blanc et très rural de la région en dehors de Cincinnati fait partie de ce qui devrait empêcher l'Ohio de revenir facilement aux démocrates, a estimé le président républicain du comté de Hamilton, Alex Triantafilou.

«Je pense que le sud-ouest de l'Ohio est de plus en plus rouge sous le président Trump», a-t-il dit. «Il est certain que le fait de parler aux conservateurs à la manière de Trump représente un avantage en termes de participation.»

Il y avait aussi des signes avant-coureurs pour les démocrates en Floride, un État qui change fréquemment de camp — mais qui offrait de plus en plus de victoires, même serrées, au GOP. Le républicain Ron DeSantis a battu le maire de Tallahassee, Andrew Gillum, infligeant aux démocrates leur troisième défaite consécutive au poste gouverneur de Floride. Le sénateur démocrate en exercice, Bill Nelson, traînait derrière le républicain Rick Scott.

L'adoption de l'amendement 4, qui rétablira le droit de vote de la plupart des criminels lorsqu'ils auront purgé leur peine et leur probation, a été une note positive pour les démocrates en Floride, ajoutant ainsi 1,4 million d'électeurs potentiels. On ignore comment ce groupe de personnes affectera les élections de 2020.

Beto O'Rourke à trois points de pourcentage d'une victoire

Les démocrates voient également des signes prometteurs dans des endroits comme le Nevada, un État conservateur qui tend maintenant à être de plus en plus bleu. La campagne démocrate pour le Sénat de Beto O'Rourke au Texas était à seulement trois points de pourcentage d'une victoire improbable dans cet État lourdement républicain qui n'a pas élu de démocrate à un poste d'envergure depuis 1994. La démocrate Stacey Abrams a également mené une campagne sérieuse au poste de gouverneur de la Géorgie, qui n'a pas élu de démocrate à la résidence du gouverneur depuis 1998.

«Certaines hypothèses sur les États que visiteront les candidats démocrates à la présidentielle sont en train d'être réexaminées», a déclaré la stratège démocrate Anita Dunn. «Je parle de redessiner la carte.»

Les tensions commencent déjà à s'aviver quant au type de candidat qui tirera le meilleur parti de la nouvelle carte électorale en 2020.

«Nous allons voir un grand nombre de candidats, mais la grande question sera de savoir s'ils tireront des enseignements du scrutin de mi-mandat parce que je pense que l'électorat a essayé de nous dire quelque chose haut et fort», a expliqué Matt Bennett, de Third Way, un groupe de réflexion du centre. «Le message qu'ils essayaient de nous envoyer était que vous deviez battre Trump dans les États cruciaux, et que vous deviez vous baser sur des idéaux et des valeurs démocratiques d'un courant dominant et hors des extrêmes.»

«Les gens qui ont fait campagne de cette façon ont gagné dans ces endroits difficiles», a ajouté M. Bennett. «Et ceux qui ne l'ont pas fait ont perdu presque partout.»

Mais Adam Green, le cofondateur du comité Progressive Change Campaign, a constaté un centre de gravité en mutation au sein du parti démocrate.

«Grâce à Stacey Abrams, Andrew Gillum et Beto O'Rourke, des endroits où les démocrates ont du mal à gagner depuis des années sont devenus imprévisibles, en grande partie à cause d'un électorat inspiré par des visions audacieuses, jamais entendues pour la justice économique et raciale», a-t-il dit.