POLITIQUE
08/11/2018 08:14 EST | Actualisé 09/11/2018 06:22 EST

Étudier la culture du cannabis avant l'ère de la légalisation

Un collège au Nouveau-Brunswick a lancé le premier programme collégial pour cultiver du cannabis l’an dernier. Un an plus tard, quelles leçons doit-on en tirer?

Des élèves apprennent à bien faire pousser des plants de coléus, semblables à des plants de cannabis.
Courtoisie CCNB
Des élèves apprennent à bien faire pousser des plants de coléus, semblables à des plants de cannabis.

Tomy Connors, 23 ans, dit qu'il a voulu faire partie de l'histoire en s'inscrivant au tout premier programme postsecondaire sur la culture du cannabis en français au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) à Campbellton.

«C'est quelque chose qui m'intéressait. Quand j'ai vu que ça ouvrait, je me suis dit: c'est ma chance!» s'exclame en entrevue téléphonique le jeune homme qui s'est depuis trouvé un emploi dans une succursale Cannabis NB.

Le programme s'était déjà donné en anglais au campus de Dieppe l'an dernier. Il s'agissait alors d'une première au Canada. Mais la première cohorte en français, dont Tomy Connors fait partie, a gradué le 19 octobre dernier, soit deux jours après la légalisation du cannabis.

Mais comment ont-ils pu étudier la culture du cannabis alors que la drogue n'était pas encore légale?

Un processus de longue haleine

Cela faisait déjà deux ans que le CCNB planchait sur la création d'un programme sur la culture du cannabis en prévision de la légalisation de la drogue au Canada, explique Steve Godin, directeur par intérim du campus de Campbellton, près de la frontière québécoise.

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Le gouvernement libéral de Brian Gallant, au Nouveau-Brunswick, avait fait du cannabis l'une de ses priorités en matière de développement économique dans la province et annonçait même cette année un «soutien rapide et indéfectible» envers les producteurs locaux.

Dans son plus récent Plan de croissance économique, le Nouveau-Brunswick estimait même être «sur la bonne voie» pour créer pas moins de 3000 emplois dans l'industrie du cannabis.

Avant la légalisation, trois entreprises étaient exploitées dans le cadre d'un permis de cannabis médical: Organigram à Moncton, Tidal Health Solutions Ltd à St. Stephen et Zenabis à Atholville – le village à côté de Campbellton.

Il y a donc eu des rencontres entre le CCNB et Zenabis pour voir les besoins de l'industrie et former un partenariat. Les étudiants ont pu passer des journées complètes ou des demi-journées pour voir les différents aspects de la fabrication du cannabis.

«Au CCNB, on ne prévoit pas avoir un laboratoire de cannabis. Nous, on montre la théorie, mais il faut aller voir la réalité de l'industrie», précise M. Godin.

Hydroponie et sécurité 101

En classe, les étudiants devaient se pratiquer à multiplier les boutures et à récolter des fleurs... non pas avec des plants de cannabis, mais avec du basilic ou du coléus – une plante qui a des feuilles mauves et vertes.

Courtoisie CCNB
Contourner la loi? Que nenni. Le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick s'est associé à des entreprises de cannabis médicinal pour offrir des stages à leurs étudiants.

«À la base, toutes les plantes sont faites de la même façon, poursuit M. Godin. Pour nous, c'était important d'avoir un programme complet qui voyait toutes les étapes de la plante, de la graine et la germination jusqu'à la récolte.»

«L'effet de la lumière sur la plante est sensiblement le même pour un plant de tomates que pour un plant de cannabis», renchérit Sophie Maugeais, l'une des enseignantes du programme.

Le hic, c'est que les étudiants faisaient pousser les plantes dans de la terre, alors le cannabis peut aussi bien pousser dans un système hydroponique – qui consiste à faire pousser les plantes avec de l'eau, sans sol – ou encore aéroponique – avec les racines suspendues dans l'air, puis aspergées par une solution nutritive.

Tomy Connors espère que la prochaine cohorte d'étudiants pourra pratiquer ces techniques de leurs propres mains en classe et «pas juste sur papier». «Ça, ce serait un gros plus. Les prochains élèves vont profiter de ça», se réjouit-il.

Des améliorations ont déjà été apportées au programme de culture du cannabis, note M. Godin du CCNB.

Au départ, l'industrie avait émis le souhait que la durée du cours se limite à 12 semaines. Mais le Collège a décidé d'ajouter beaucoup plus d'information au niveau de la sécurité, comme la manipulation de produits dangereux et la conduite de chariots élévateurs.

«Des deux côtés, c'est tellement nouveau qu'on ne savait pas exactement jusqu'où on devait aller et ce qu'on devait faire. Là, on s'est ajusté par la suite pour [étendre le programme à] 20 semaines», explique M. Godin.

Une nouvelle cohorte en janvier

Chose certaine, la popularité du programme est indéniable. Les inscriptions sont déjà complètes pour la prochaine session, qui commence en janvier. Une vingtaine d'étudiants apprendront à leur tour les rudiments de la culture du cannabis.

Les finissants, eux, finissent par se placer soit chez Zenabis, où ils ont fait des stages, ou encore chez Cannabis NB. Ils peuvent aussi aspirer à travailler pour d'autres horticulteurs, des boutiques hydroponiques ou tout autre centre qui vend du matériel de jardinage.

«Faire pousser une plante, c'est facile, mais gagner le maximum de millimètres par jour, c'est autre chose. Les insectes se multiplient vite dans ces environnements-là, les maladies aussi: c'est très facile de perdre le contrôle ou de perdre une production», fait valoir Mme Maugeais.

«D'avoir des gens qui ont une connaissance plus pointue est important», ajoute-t-elle.

Tomy Connors, lui, travaille à temps partiel. Mais ce n'est pas son choix: à l'instar des boutiques québécoises, les succursales de Cannabis NB doivent fermer boutique certains jours, faute d'approvisionnement.

«Ça marche vraiment trop bien!» selon le jeune finissant du programme.


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