POLITIQUE
07/11/2018 14:30 EST | Actualisé 07/11/2018 15:02 EST

Tony Clement démissionne du caucus conservateur

Andrew Scheer a fait cette demande au député après l'histoire des images et une vidéo explicite.

Photo d'archives.
Chris Young/La Presse canadienne
Photo d'archives.

Le chef conservateur Andrew Scheer a corrigé le tir, mercredi: il a finalement demandé à son député Tony Clement de quitter le caucus conservateur. Il a expliqué l'avoir fait en raison d'"allégations" qui circulent au sujet de l'élu empêtré dans un scandale de nature sexuelle.

En mêlée de presse avant la période des questions, il a soutenu que son député lui avait assuré qu'il s'agissait d'un "incident isolé". Le leader n'a pas précisé à quelles allégations il faisait référence, sauf pour dire qu'elles circulaient dans la sphère publique.

Le député Clement a annoncé mardi soir qu'il avait fait parvenir des images et une vidéo explicite de lui-même à une "destinataire féminine consentante", mais que la chose s'est finalement transformée en tentative d'"extorsion financière".

En début de journée, mercredi, il était toujours membre du caucus de son parti, et ce, même si son chef lui reprochait une erreur de jugement considérable - et même si ces gestes allaient jusqu'à soulever des questions en matière de sécurité nationale.

Le chef avait reconnu que la situation était en effet préoccupante compte tenu du fait que le député fautif siège à un comité secret sur la sécurité nationale. "Évidemment que c'est un problème", a-t-il lâché en mêlée de presse.

"C'est une très mauvaise décision, et les ramifications que cela pourrait avoir sur le plan de la sécurité nationale sont actuellement à l'étude au Bureau du conseil privé et dans les agences de renseignement", a ajouté Andrew Scheer.

Le chef conservateur, qui a affirmé avoir été informé de la situation la semaine passée, n'a pas voulu dire si le député a pu être ciblé parce qu'il siège au comité ultra secret qui se penche sur les activités des services de renseignement et de sécurité du pays.

"Ce n'est pas à moi de spéculer sur ce niveau de détail, sur les motifs qui ont pu inciter une personne à poser ces gestes. Je ne spéculerai pas là-dessus, je laisse cela à la GRC (Gendarmerie royale du Canada) et aux agences de renseignement", a-t-il déclaré.

La GRC enquête

Le député Clement a démissionné mardi de ses fonctions au Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement, et le premier ministre Justin Trudeau en a été informé par écrit, selon la directrice générale du comité, Rennie Marcoux.

Les membres de ce comité et le personnel du secrétariat "sont assujettis aux mêmes exigences en matière de sécurité et confidentialité que la communauté de la sécurité nationale et du renseignement", a-t-elle indiqué.

"Nous devons entreposer tous les appareils électroniques avant d'entrer dans les zones d'accès restreint, y compris nos bureaux", a précisé Mme Marcoux, refusant d'aller plus loin "puisque la GRC a confirmé avoir ouvert une enquête".

La police fédérale a en effet dit avoir "reçu une plainte de la part de la personne concernée" et indiqué qu'"une enquête est présentement en cours". Mais "pour cette raison, nous ne sommes présentement pas en mesure de commenter davantage à ce sujet", a-t-on signalé.

Le premier ministre a refusé net d'offrir des commentaires sur l'impact potentiel des agissements de Tony Clement sur la sécurité nationale. À son arrivée à la période des questions, il a dit s'en remettre à la GRC.

Le député Andrew Leslie a pour sa part indiqué n'avoir aucune raison de croire que la sécurité nationale a pu être compromise: "Non, je ne pense pas (...) Dès qu'il s'est aperçu que c'était un "blackmail", il a fait son rapport à la GRC".

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a abondé dans le même sens.

Et lorsqu'on lui a demandé si les membres du comité devraient faire l'objet d'un processus de vérification plus rigoureux, il a suggéré que le député Clement aurait dû déjà savoir qu'il était une cible potentielle, puisque c'est le genre d'avertissement que l'on sert aux ministres.

Le député Clement est l'un des piliers du Parti conservateur du Canada (PCC). Il a été ministre sous Stephen Harper et a tenté à deux reprises de se faire élire à la tête de la formation. Avant d'arriver sur la scène fédérale, il avait été ministre au sein du gouvernement de Mike Harris à Queen's Park.

M. Clement n'a pas été aperçu au parlement, mercredi. Ses collègues, dont plusieurs sont habituellement disponibles pour répondre aux questions des journalistes lors de ces journées de rencontres du caucus, brillaient par leur absence.

Le sénateur québécois Jean-Guy Dagenais a cependant accepté de commenter l'affaire à son arrivée au parlement. "Je n'ai pas de jugement comme tel à poser. J'ai lu la nouvelle comme tout le monde; j'ai été un peu surpris", a-t-il affirmé.

"La seule chose que je peux dire, c'est qu'il faut être prudent quand on est sur les médias sociaux", a poursuivi l'ancien policier.