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07/11/2018 15:19 EST | Actualisé 07/11/2018 16:44 EST

Le procureur général Jeff Sessions, critiqué par Trump, remet sa démission

Il précise dans sa lettre que sa démission survient «à la demande» du président.

AP Photo/Robert F. Bukaty

Le procureur général et ministre de la Justice des États-Unis, Jeff Sessions, a été poussé vers la sortie, mercredi, après plus d'un an d'attaques cinglantes de la part de Donald Trump.

M. Sessions a remis sa démission au président dans une lettre précisant qu'il se conformait ainsi "à (sa) demande".

Donald Trump a annoncé sur Twitter que le chef de cabinet de M. Sessions, Matt Whitaker, deviendrait le nouveau procureur général par intérim.

Jeff Sessions essuyait depuis plus d'un an les critiques acerbes du président, frustré par sa récusation de l'enquête sur une éventuelle collusion entre la Russie et l'équipe de campagne républicaine lors de l'élection présidentielle de 2016.

Le président a estimé que cette décision de M. Sessions avait ouvert la porte à la nomination du procureur spécial Robert Mueller, qui a repris l'enquête sur la Russie et commencé à se pencher sur la possibilité que l'attitude de M. Trump envers le procureur général constitue une entrave à la justice.

Le froid entre les deux hommes a persisté tout au long du mandat de M. Sessions, qui, malgré ses nombreux éloges à l'endroit du président, n'a jamais pu rentrer dans ses bonnes grâces.

Donald Trump le dénigrait, mais se gardait de lui montrer la porte, suivant peut-être les conseils de son entourage. Le barrage semble avoir cédé lorsque des sénateurs républicains qui appuyaient auparavant leur collègue ont montré une certaine ouverture à nommer un nouveau procureur général.

Un allié de la première heure

M. Sessions avait pourtant été le premier sénateur à donner son appui à la candidature de Donald Trump et leurs priorités étaient souvent alignées, notamment en matière de lutte contre la criminalité et l'immigration clandestine.

Leur relation s'est toutefois irrémédiablement assombrie en mars 2017, lorsque M. Sessions a reconnu qu'il serait inapproprié qu'il supervise l'enquête sur une campagne à laquelle il avait lui-même pris part.

Cette décision lui avait attiré l'ire du président, qui a ensuite dit regretter l'avoir nommé au poste de procureur général.

Sa récusation de l'enquête lui a toutefois permis de se concentrer sur la révocation de mesures adoptées sous l'administration de Barack Obama. Il a notamment incité les procureurs à réclamer des peines les plus sévères, en plus d'encourager une approche répressive en matière de drogues. C'est également sous sa direction que le département de la Justice avait brièvement appliqué une politique de "tolérance zéro" séparant les migrants clandestins de leurs enfants à la frontière avec le Mexique.

Ses méthodes agressives avaient suscité les craintes d'un retour aux tactiques inefficaces de la "guerre aux stupéfiants", qui portaient préjudice aux minorités et aux moins nantis. L'affaiblissement des protections pour les personnes homosexuelles et transgenres a également fait sourciller bien des progressistes.

L'impact du départ de M. Sessions sur l'enquête sur la Russie reste à se préciser. Le procureur général adjoint, Rod Rosenstein, supervisait le travail de Robert Mueller depuis plus d'un an.