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06/11/2018 14:15 EST | Actualisé 06/11/2018 14:16 EST

L'équilibre interne est toujours fragile au Service de police de la Ville de Montréal

Martin Prud'homme, directeur par intérim du SPVM, déposait son rapport final.

Graham Hughes/La presse canadienne

Martin Prud'homme recommande que le prochain directeur du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) soit l'un de ses deux adjoints issus de l'extérieur.

M. Prud'homme, le directeur de la Sûreté du Québec (SQ) qui a été placé à la tête du SPVM par intérim à la suite de la suspension du chef Philippe Pichet, a remis mardi son rapport final.

Bien qu'il estime qu'il ne soit pas nécessaire de maintenir l'administration provisoire qu'il dirige, il précise tout de même «qu'il doit y avoir un délai suffisant pour bien marquer la transition avec l'ancienne administration».

Il suggère donc d'écarter le processus habituel d'appel de candidatures ouvert tant à l'interne qu'à l'externe, car il croit que cela ouvrirait la porte à une «nouvelle course à la chefferie, au possible retour des clans et à la détérioration du climat».

Or, précise-t-il, «l'équilibre interne est toujours fragile» au sein du corps policier.

L'un des deux adjoints auxquels il fait référence est Line Carbonneau, retraitée de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui avait la responsabilité de remettre sur pied la division des enquêtes internes, sévèrement malmenée par un autre rapport indépendant, celui remis par le commissaire Michel Bouchard au ministre de Sécurité publique de l'époque, Martin Coiteux, en novembre 2017. L'autre est Sylvain Caron, un retraité de la Sûreté du Québec (SQ), qui a aussi dirigé le corps de police de Sorel-Tracy et qui était responsable des enquêtes criminelles sous Martin Prud'homme.

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Martin Prud'homme, quant à lui, verra son mandat prendre fin le 31 décembre et devrait alors reprendre les rênes de la SQ, mais la nouvelle ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, se dit prête à le maintenir en poste au SPVM le temps qu'il faudra pour désigner son successeur.

Enquêteurs non diplômés

Le rapport d'une quarantaine de pages du directeur comprend près d'une quinzaine de recommandations.

Outre celles touchant sa succession, il demande à la Ville et au SPVM de faciliter la formation des enquêteurs, notant que 261 des 753 policiers dédiés à des fonctions d'enquête, soit plus du tiers (34,6 pour cent), n'ont pas leur diplôme de formation qualifiante en enquête.

Le SPVM a cependant élaboré un plan d'action qui, selon Martin Prud'homme, «permettra à l'organisation de rattraper ce retard dans un horizon d'environ 24 mois».

Malgré le redressement réalisé dans le secteur des enquêtes internes, Martin Prud'homme estime que le SPVM «n'est pas en mesure de reprendre seul la responsabilité des enquêtes d'allégations criminelles» visant des policiers. Il propose donc la création d'une équipe mixte formée d'enquêteurs du SPVM et de la SQ et de mettre un terme au renvoi automatique de tous les dossiers à l'Équipe mixte d'enquête cogérée par le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) et par la SQ.

Il presse par ailleurs la Ville d'assurer un suivi de près des travaux amorcés pour améliorer le climat de travail, soulignant des problèmes importants liés «au climat de travail dans quelques secteurs et unités au sein de l'organisation, notamment à la Centrale 911». Il pointe du doigt, notamment, «la gouvernance, le manque de valorisation et de reconnaissance du personnel, le favoritisme, une surcharge de travail et la qualité de l'environnement de travail».

Vérificateur interne

Martin Prud'homme propose également la création d'un Bureau de vérification interne relevant directement du directeur qui aurait la responsabilité, entre autres, de la vérification interne et de l'inspection et de «réaliser des contrôles budgétaires, dont annuellement sur l'utilisation des dépenses secrètes».

Parmi les autres recommandations, le directeur par intérim demande à la Ville de redonner au corps policier la gestion de ses ressources humaines, notant d'importants problèmes de coordination à ce chapitre.

Il recommande aussi que le SPVM et la Ville se mettent en marche pour finaliser le plan d'organisation policière, qui n'a pas été revu depuis 2004 et qui n'est plus à jour, et de le remettre au ministère de la Sécurité publique pour approbation.

Dans la même veine, il réclame de la Ville qu'elle modernise les systèmes informatiques utilisés pour la gestion des ressources humaines, déplorant au passage la désuétude de plusieurs d'entre eux.