POLITIQUE
06/11/2018 13:57 EST | Actualisé 06/11/2018 16:41 EST

Le député fédéral Nicola Di Iorio démissionnera de son poste en janvier

La situation de l'élu fédéral commençait à provoquer un réel malaise sur la colline à Ottawa.

Photo d'archives du Parlement à Ottawa.
David Chapman via Getty Images
Photo d'archives du Parlement à Ottawa.

OTTAWA - Le député libéral Nicola Di Iorio a mis fin au suspense qu'il avait lui-même généré et alimenté. Il a annoncé mardi qu'il abandonnerait son siège à la Chambre des communes... mais pas avant deux mois et demi.

L'élu fédéral, dont la situation commençait à provoquer un réel malaise sur la colline à Ottawa, a fait part de sa décision sur sa page Facebook, sous forme de lettre ouverte qu'il adresse au premier ministre Justin Trudeau.

"Afin de finaliser certains projets avec mes concitoyens et les mandats que vous m'avez confiés, je demeurerai, tel que convenu, en poste jusqu'à la veille de la (rentrée hivernale), à savoir le 22 janvier 2019, à partir de quand ma démission sera effective", a-t-il écrit.

"Dans l'intervalle, je servirai pleinement mes concitoyens. Je serai présent en Chambre lorsque requis par mon whip ou par vous et je continuerai à exercer toutes mes autres fonctions de député", a poursuivi le député de Saint-Léonard_Saint-Michel.

Le départ prochain de Nicola Di Iorio a inspiré à son chef une réaction très succincte. "Je lui souhaite bonne chance", s'est contenté d'offrir le premier ministre avant d'entrer en Chambre pour la période des questions, mardi après-midi.

Le ministre François-Philippe Champagne, qui avait été invité à commenter l'affaire à plusieurs reprises ces derniers jours, a quant à lui signalé son souhait de tourner enfin la page. "On a de la clarté. Maintenant, nous, on passe à autre chose", a-t-il insisté.

Le futur démissionnaire ne s'étend pas, dans son entrée Facebook, sur les raisons précises de son absence prolongée _ il n'a pas siégé aux Communes depuis le 17 septembre dernier _ ou sur les raisons qui expliquent sa décision de rester jusqu'en janvier.

Aux yeux de l'opposition, ce délai est injustifié.

"C'est ridicule. Présentement, les citoyens de sa circonscription ne sont pas représentés, et là, on peut penser qu'ils ne seront pas représentés avant les prochaines élections générales (en octobre 2019)", a soutenu le député bloquiste Gabriel Ste-Marie.

"Je ne comprends pas que le premier ministre soit à l'aise avec cet arrangement", a lancé le néo-démocrate Nathan Cullen, notant que Nicola Di Iorio continuera à empocher d'ici là son salaire pour accomplir une "mission secrète" que lui aurait confiée Justin Trudeau.

Mission inconnue

La pression se faisait de plus en plus forte sur Justin Trudeau pour qu'il justifie l'absence inusitée de son député. Ce dernier avait soutenu la semaine passée que le premier ministre lui avait confié une mission qui justifiait et autorisait son éloignement de la capitale fédérale.

Une source au bureau du premier ministre a affirmé la semaine passée que l'élu de Montréal, qui s'est fait connaître pour son engagement contre la conduite avec facultés affaiblies, travaillait sur un "projet de sécurité routière".

Sur la colline, personne n'était au courant de ce mystérieux mandat qui tenait l'élu loin d'Ottawa, et Justin Trudeau ne l'a jamais spécifié. Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a encore tenté d'obtenir des explications mardi, aux Communes, mais sans succès.

Don de salaire

Dans le message qu'il a publié mardi sur Facebook, Nicola Di Iorio souligne qu'il a "fait part de (sa) décision, dès la rentrée, de faire don de (son) salaire" à la cause de la conduite avec facultés affaiblies tant qu'il serait en fonction comme parlementaire.

Dans un échange de textos avec La Presse canadienne, il a mentionné qu'il dévoilerait publiquement le montant de cette contribution. Il a mis sur le compte de la discrétion le fait qu'il n'en ait pas beaucoup parlé lorsque des critiques étaient formulées sur son double emploi.

"Je donne mais je n'en parle pas", a fait valoir celui qui, depuis août dernier, travaillait aussi à temps plein comme avocat à la firme BCF Avocats d'affaires.

Les députés croisés mardi dans les couloirs du parlement n'en avaient effectivement pas entendu parler. "Je ne suis pas au courant de ça, mais de toute manière, la question n'est pas là", a argué le conservateur Alain Rayes.

"Ça fait depuis le mois d'avril qu'il avait dit qu'il allait quitter. La question est qu'il est payé par les contribuables pour faire un travail de député. (...) Les citoyens ont le droit d'avoir un représentant à la Chambre des communes", a-t-il déclaré.

Le député libéral avait en effet annoncé sa démission en avril et livré un discours d'adieu à la mi-juin, en Chambre, avant de déclarer à un journal local, en juillet, qu'il voulait finalement compléter son mandat. Fin septembre, il avait dit vouloir se laisser un mois de réflexion.

Le salaire annuel d'un député fédéral est de 175 600 $. Selon les règles parlementaires, un élu qui s'absente de la Chambre des communes voit son salaire amputé de 120 $ par jour "pour chaque absence au-delà de 21 jours".

On ignore si une pénalité financière a été imposée au Montréalais, qui en était à sa 32e journée d'absence, en date du 6 novembre.

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