POLITIQUE
06/11/2018 17:38 EST | Actualisé 06/11/2018 17:44 EST

Jeu vidéo: un des nombreux legs de Bernard Landry

Le crédit d'impôt pour le secteur du jeu vidéo a permis à une industrie de s'épanouir.

MONTRÉAL — Parmi les nombreuses réalisations de Bernard Landry dans sa carrière politique, le crédit d'impôt pour le secteur du jeu vidéo demeure sans l'ombre d'un doute l'un des principaux legs économiques de l'ex-premier ministre péquiste, décédé mardi à l'âge de 81 ans.

En plus de convaincre le géant français Ubisoft de s'installer à Montréal en 1997, cette mesure fiscale a pavé la voie à une industrie florissante au Québec et continue de faire l'objet de débats encore aujourd'hui.

«À l'époque, on cherchait des façons de stimuler la croissance de l'emploi chez les jeunes», se souvient Martin Carrier, chef de la direction de Frima Studio, au cours d'un entretien téléphonique.

Vétéran de l'industrie, l'homme d'affaires, qui a présidé l'Alliance numérique — le lobby de l'industrie — en plus d'avoir travaillé chez Ubisoft et piloté le studio de Jeux WB Montréal, estime que ce crédit d'impôt a été un «catalyseur du talent créatif dans la province».

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Le programme de Crédits d'impôt remboursables pour la production de titres multimédias (CTMM) permet de rembourser jusqu'à 37,5 pour cent des dépenses salariales admissibles.

C'est grâce à cet incitatif fiscal que des géants comme Ubisoft et Warner Bros, par exemple, ont été séduits par la province. Au fil des années, ils ont également décidé d'accroître leur présence au Québec.

«Ce programme a stimulé la prise de risques, a dit M. Carrier. Des entreprises sont venues ici et cela attiré des investisseurs étrangers. C'est sûr que cela a été une bonne chose pour l'économie.»

À titre d'exemple, Ubisoft, qui compte déjà des studios à Montréal et Québec, en a ajouté un autre à Saguenay. La multinationale française prévoit aussi embaucher 1000 employés au Québec d'ici 2027 dans le cadre d'un plan de croissance estimé à 780 millions $.

Dans ce cas-ci, le crédit d'impôt appliqué sur les 1000 emplois créés devrait représenter une dépense fiscale d'environ 160 millions $ pour l'État québécois.

«L'industrie des jeux vidéo, ce n'est pas une richesse naturelle, c'est vraiment un secteur qui a été bâti et il fallait être visionnaire pour y penser», a estimé au cours d'une entrevue téléphonique Dominique Label, vice-président principal du studio québécois Behaviour Interactif, qui a vu le jour en 1992.

Ubisoft Montréal n'a pas voulu d'accorder d'entrevues, mais le cofondateur et président-directeur général de l'entreprise, Yves Guillemot, ainsi que le dirigeant des studios canadiens, Yannis Mallat, ont souligné la mémoire de M. Landry par voie de communiqué.

«Sa vision moderne de l'économie et sa confiance en la créativité des talents d'ici se sont avérées stratégiques pour le Québec, ont-ils indiqué. Sans elles, l'industrie du jeu vidéo ne serait pas le moteur économique qu'elle est aujourd'hui.»

Unique en son genre

Alors que des provinces comme l'Ontario et la Colombie-Britannique convoitent également les entreprises du secteur, il serait impensable, selon M. Label, de continuer à faire croître le secteur québécois des jeux vidéo sans le crédit d'impôt.

Il a rappelé que l'industrie était très «mobile» et qu'elle était toujours en croissance au Québec.

«C'est ce qui nous permet (le crédit d'impôt) de demeurer concurrentiels sur la scène mondiale, a-t-il lancé. Cela a été vrai pour jeter les bases de l'industrie, et cela est encore vrai pour assurer sa pérennité.»

L'ex-ministre des Finances Carlos Leitao avait dû reculer après avoir fait passer de 37,5 pour cent à 30 pour cent le crédit d'impôt pour les titres multimédias après l'arrivée au pouvoir du gouvernement Couillard, à la suite d'une importante mobilisation du secteur.

La mesure fiscale n'a toutefois pas seulement des admirateurs, alors que certains petits studios se plaignent de ne pas y avoir accès.

De plus, des gens d'affaires du Québec déplorent que des sociétés étrangères puissent profiter de ces mesures pour recruter des ingénieurs informatiques et d'autres travailleurs spécialisés dans les technologies de l'information, qui sont aussi convoités par leurs compagnies.

Le président et chef de la direction de Groupe Stingray Digital, Eric Boyko, ainsi que le président et chef de la direction de la société technologique québécoise Coveo, Louis Têtu, figurent parmi ceux qui souhaitent des changements.

«Vingt ans plus tard, on peut se poser la question "où va-t-on pour la suite avec ce crédit d'impôt?", a rappelé M. Carrier. On a la chance de se poser la question et c'est tout à l'honneur de la vision de M. Landry à l'époque.»

En septembre 2017, M. Landry avait, avec quatre autres ex-ministres des Finances du Québec, défendu le crédit d'impôt offert à l'industrie du jeu vidéo. Dans une lettre ouverte, ils proposaient également d'offrir une aide fiscale à d'autres secteurs.

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L'industrie québécoise des jeux vidéo:

— Plus de 10 000 emplois (2017).

— 10 fois plus d'emplois depuis 2002.

— Au moins 230 entreprises (2016).

— Montréal est le cinquième pôle mondial après Tokyo, Londres, San Francisco et Austin, au Texas.

— Retombées d'environ 145 millions $ en impôts, taxes et autres cotisations pour le gouvernement en 2014.

(Source: Investissement Québec et l'Alliance numérique)