POLITIQUE
05/11/2018 16:37 EST | Actualisé 05/11/2018 16:41 EST

Justin Trudeau évite de discuter des raisons de l'absence de son député Nicola Di Iorio

Le député invisible aux Communes a fait valoir que le premier ministre lui-même l'avait autorisé à ne pas s'y présenter.

PC/Darryl Dyck

OTTAWA — Le mystère entourant la mission que Justin Trudeau aurait confiée à son député Nicola Di Iorio — avec permis de s'absenter des Communes — demeure entier.

Le premier ministre n'a pas voulu discuter des raisons entourant l'absence prolongée de l'élu montréalais, lundi.

«Il faudrait parler à M. Di Iorio de ça», s'est-il contenté de répondre, deux fois plutôt qu'une, en sortant du parlement.

Le flou ne s'est pas non plus dissipé lorsque les conservateurs ont interrogé les libéraux à ce sujet lors de la période de questions en Chambre, lundi après-midi.

On a appris tout dernièrement que le premier ministre lui aurait donné un mandat secret. (...) Quel est ce mandat secret qu'il a donné?Alain Rayes, député conservateur

En l'absence de Justin Trudeau, qui passait la journée de lundi à Montréal, c'est la leader du gouvernement en Chambre, Bardish Chagger, qui a pris la question.

«Chaque député est redevable à ses commettants pour son travail à Ottawa. Le député en question a dit qu'il réfléchit au sujet de ses plans futurs», a-t-elle offert, semblant durcir le ton.

Le député libéral n'était pas aux Communes pour entendre les débats portant sur son cas — il brille par son absence dans l'enceinte depuis la rentrée parlementaire, le 17 septembre.

Sur sa page Facebook, vendredi passé, Nicola Di Iorio a fait valoir que le premier ministre lui-même l'avait autorisé à ne pas s'y présenter.

«Le premier ministre m'adresse (sic) des responsabilités qui, pour le moment, requièrent, justifient et autorisent mon absence de la Chambre», a-t-il écrit.

Le député de Saint-Léonard—Saint-Michel n'a pas fourni davantage de précisions sur ce mystérieux mandat.

Il a référé les demandes de précision de La Presse canadienne au bureau de Justin Trudeau, lundi après-midi.

Or, il est clair que la situation de l'élu commence à embêter, tant au bureau du premier ministre que chez ses collègues.

Le député montréalais Anthony Housefather est de ceux-là.

Il a dit croire lundi que la population — en particulier les commettants de Nicola Di Iorio — sont en droit d'obtenir des explications sur la mission qui lui a supposément été confiée.

«Je crois que si M. Di Iorio a utilisé ça comme excuse, ou comme raison, c'est certain», a-t-il indiqué en mêlée de presse.

C'est à lui maintenant de donner ses raisons pour (expliquer son absence). Ça, c'est certain. Je crois que les médias ont le droit de poser la question.Anthony Housefather, député libéral

Au printemps dernier, le Montréalais avait annoncé sa démission avant de changer d'idée en juillet, de se joindre à un cabinet d'avocats en août, puis de réclamer, fin septembre, un mois de réflexion.

Le mois est passé, mais la décision n'est toujours pas tombée.

Au bureau du premier ministre, on soutenait que l'avocat de formation travaillait sur un «projet de sécurité routière», vendredi dernier.

On disait également s'attendre à ce que le député annonce «sa décision quant à son avenir dans les prochains jours».

Il n'existe aucun mécanisme de consignation de l'assiduité des élus, mais d'après le calendrier parlementaire, en date du 5 novembre, Nicola Di Iorio a manqué 31 jours depuis la rentrée.

Selon les règles parlementaires, un élu qui s'absente de la Chambre des communes voit son salaire amputé de 120 $ par jour «pour chaque absence au-delà de 21 jours».

Le traitement salarial annuel de base des députés fédéraux est de 175 600 $.

On ignore si une pénalité financière a été imposée au Montréalais, et ce dernier n'a pas voulu dire s'il avait été puni.