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04/11/2018 15:08 EST | Actualisé 06/11/2018 08:42 EST

Des Québécois établis aux États-Unis assistent à des élections de mi-mandat tendues

«Mon mari Steven s'est fait demander: "Dis-moi pour qui tu vas voter, pis je vais te dire si je vais continuer à te parler".»

Les Québécois établis aux États-Unis assisteront mardi à des élections de mi-mandat tendues dans leur pays d'adoption, où le ton est bien différent de celui qui prévaut en période électorale au Québec, selon quelques-uns d'entre eux.

«Mon mari Steven s'est fait demander: "Dis-moi pour qui tu vas voter, pis je vais te dire si je vais continuer à te parler"», a raconté Valérie Pageau, qui vit depuis environ trois ans en Floride.

Selon la jeune femme, qui a toujours un pied-à-terre à Montréal, le climat politique au Québec est beaucoup moins conflictuel qu'aux États-Unis

«Je trouve ça très difficile, le pays est divisé. Il est divisé parce qu'il y a deux partis, il n'y a pas un troisième parti pour nuancer», a expliqué Mme Pageau, qui est propriétaire d'une compagnie de design intérieur.

Cette Québécoise, qui s'identifie aux démocrates même si elle ne peut pas encore voter, n'écoute d'ailleurs plus la télévision, car entendre les nouvelles l'exaspère.

«Ça me décourage, ça me dépasse. Tu ne veux plus parler de politique, mais la télévision, ici, ça ne parle que de ça», a-t-elle indiqué.

Il faut dire que les courses en Floride seront particulièrement serrées entre les démocrates et les républicains, ce qui attise peut-être les tensions entre les partisans.

Vincent Raynaud, qui est professeur au Massachusetts, un État très démocrate, a remarqué lui aussi une différence entre les électeurs québécois et américains. D'après lui, les Américains sont plus «émotifs».

«Normalement, la politique, c'est supposé être centré sur les enjeux et ce que je remarque, c'est que c'est centré beaucoup, beaucoup sur les émotions», a-t-il raconté en entrevue téléphonique.

«C'est un discours qui est très, très émotionnel.»

M. Raynaud dit qu'il doit faire attention à la façon dont il parle de certains enjeux délicats avec ses étudiants, car cela pourrait toucher des cordes sensibles.

«Aux États-Unis, les sensibilités sont différentes, donc il faut s'adapter», a-t-il expliqué, citant comme exemples l'ethnicité et l'orientation sexuelle.

Yannic Gagnon note aussi des divisions importantes entre les deux camps. Ce technicien en architecture vit avec sa femme depuis plus de quatre ans à Brooklyn, à New York, un bastion démocrate.

«C'est difficile de commenter sans avoir l'air extrémiste d'un bord ou de l'autre», a-t-il reconnu.

Mais selon lui, cela n'est pas trop différent du Québec ou d'autres régions dans le monde.

«Avec François Legault et toutes les accusations de xénophobie, puis avec la politique de la peur... Au Brésil aussi, le nouveau président, ça fait peur un peu», a-t-il fait valoir.

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Un entourage qui a des opinions semblables

Vicky D'Anjou-Pomerleau, qui réside aussi à Brooklyn, ne ressent pas de tensions au quotidien, mais elle explique cela en partie par son entourage, qui lui ressemble.

«Dans mon groupe assez proche, donc les gens avec qui je vis, les personnes que je rencontre, par exemple, quand mon enfant va jouer au parc, ou dans les organismes communautaires pour lesquels je suis bénévole, souvent, on se retrouve avec des gens similaires si on regarde quelle boîte on coche», a-t-elle indiqué.

Même son de cloche du côté de M. Gagnon. «On choisit les gens avec qui on s'entoure et tout le monde a à peu près la même opinion, donc c'est un petit peu dur d'avoir une réelle impression de ce qui se passe quand tous mes amis sont du même côté.»

Samantha Boivin, qui vit dans la région de Chapel Hill en Caroline du Nord avec son mari, Éric Parent, et leurs trois enfants, ne ressent pas d'animosité avec ses voisins, mais selon elle, c'est surtout parce que presque tout le monde vote démocrate dans son secteur.

«Mon analyse est un peu biaisée parce que tous mes amis sont démocrates, et vont voter contre (Trump)», a-t-elle indiqué.

Mme Boivin, qui travaille comme son mari dans le secteur de la technologie, souligne toutefois que les Québécois ne devraient pas voir chaque État comme un ensemble uniforme de gens qui pensent tous de la même manière.

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«Chapel Hill en entier, je pense qu'ils ont voté à 90 pour cent démocrate, a-t-elle expliqué. Il y a plusieurs États-Unis. Si je conduis deux ou trois heures plus loin, là, il y a des "pick-ups" et ça vote pour Trump. Il faut faire attention quand on parle des États-Unis, parce que chaque endroit est tellement différent.»

Samantha Boivin s'imaginait en déménageant dans cet État du Sud qu'elle serait entourée de citoyens armés et de «cowboys», mais ce n'est pas le cas.

«C'est beaucoup moins pire que ce que le monde pense au Québec que de vivre ici, a-t-elle relaté. Moi, j'habite le sud des États-Unis, les gens sont assez joyeux et il fait beau.»