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02/11/2018 08:25 EDT | Actualisé 02/11/2018 08:26 EDT

«House of Cards»: la mort de Frank Underwood asphyxie la fin de la série

Il était grand temps pour Claire Underwood de prendre les rênes de la série. Malheureusement, l'occasion est ratée...

Netflix

Fin de mandat pour House of Cards. La série qui a permis à Netflix de se lancer comme l'un des géants de la fiction tire sa révérence, ce vendredi 2 novembre, avec la mise en ligne de sa sixième et ultime saison.

Huit petits épisodes, contrairement aux treize habituels, qui braquent les projecteurs sur Robin Wright après l'éviction de Kevin Spacey, conséquence des nombreuses accusations d'agressions sexuelles qui le visent. De quoi enfin donner à Claire Underwood toute la place qu'elle mérite depuis le début. Ou pas, au vu des cinq premiers chapitre.

Le sort qui serait réservé au personnage de Kevin Spacey n'avait pas fait grand doute bien longtemps quand Netflix avait annoncé, quelques jours à peine après la première accusation d'agression sexuelle, se séparer de l'acteur. Vu le contexte, le protagoniste ne pouvait pas survivre au départ forcé de son interprète, et un clip diffusé en septembre était venu confirmer la rumeur qui courait depuis des mois: Francis Underwood serait tué par les scénaristes.

Une véritable aubaine pour son épouse. Alors que Claire venait de lui succéder dans le Bureau ovale, elle n'aurait donc en prime plus à faire des pieds et des mains pour mettre à exécution les plans de celui qui, à n'en pas douter, serait sinon resté dans l'ombre pour tirer les ficelles. Le changement inattendu de scénario devait donc permettre à celle qui souffrait depuis trop longtemps de ne pas tenir les rênes du pouvoir d'enfin prendre toute la lumière. «C'est mon tour», nous annonçait-elle dans la dernière scène de la saison précédente.

Claire Underwood se mettait cependant le doigt dans l'œil. Et pas qu'un peu. Son mari est, certes, mort quand la saison s'ouvre, mais impossible de lui échapper. Tout le monde vient lui présenter ses condoléances, la harcèle avec les promesses qu'il avait faites et qu'il ne tiendra donc pas, lui rappelle qu'elle ne lui arrive pas à la cheville quand il est question de représenter les États-Unis, etc. L'ancien président a beau être enterré à 600 kilomètres de la Maison-Blanche, on n'entend parler que de lui.

Frank, Frank, Frank, Frank, Frank, Frank, Frank.

Le fantôme de Francis continue d'autant plus de hanter la série que sa mort reste un mystère. Pendant les cinq premiers épisodes transmis à la presse, les détails du sort qu'a connu Frank Underwood ne sont livrés qu'au compte-goutte. On joue de cette disparition pour créer une intrigue à part entière: et si sa mort n'était pas naturelle comme on a bien voulu le faire croire?

Un ressort qu'il aurait bien sûr fallu exploiter si la série avait encore du temps devant elle. Mais elle n'en a pas. Avec seulement huit épisodes au compteur et une Claire qui mérite de faire enfin sa loi, pourquoi ne pas avoir évacué la disparition avec une cause brutale, mais non suspecte?

Asphyxiée par ce contexte, la première femme à accéder à la fonction suprême aux États-Unis n'a aucune place pour étendre ses ailes, pour saisir l'occasion historique qui lui est présentée. Mais Claire Underwood n'est pas une victime pour autant: elle a un plan. Nul doute qu'elle sait où elle veut aller et qu'elle prévoit précisément comment s'y prendre, mais ses véritables intentions se dévoilent trop lentement. On retrouve bien quelques moments de malice ou ces manigances qui font le cœur de la série, mais leur but semble trop flou ou leur exécution trop brouillonne pour qu'on puisse vraiment les apprécier.

Netflix
Claire déclare la guerre à Bill Shepherd dans la saison 6 de "House of Cards"

À cela viennent se rajouter de nouveaux personnages, des ennemis tout frais, dont la supposée toute-puissance laisse de marbre. Comment les Shepherd -famille richissime qui contrôle les médias, possède d'innombrables entreprises et a un accès direct à la Maison-Blanche- font seulement leur apparition maintenant? Comment sont-ils soudainement l'inquiétude principale de la présidente alors que personne n'en a entendu parler pendant le mandat Underwood précédent?

Une intrigue mal gérée dont l'importance disproportionnée semble traduire l'urgence avec laquelle il a fallu gérer scénaristiquement l'éviction de Kevin Spacey. Quand l'acteur Anthony Rapp avait accusé le comédien de lui avoir fait des avances alors qu'il avait 14 ans, le tournage de la saison 6 avait déjà débuté depuis deux semaines. Autres victimes collatérales de ce désordre, des personnages de la première heure comme Doug Stamper, Janine Skorsky ou Tom Hammerschmidt qui sont comme abandonnés à eux-mêmes avec des apparitions quelque peu dénuées d'intérêt.

Même si les trois derniers épisodes de House of Cards - non envoyés à la presse - apporteront sûrement un peu plus de précision quant à l'ultime aventure des Underwood, la conclusion apparaît malgré tout trop précipitée pour livrer une finale satisfaisant. Il faut cependant reconnaître qu'il aurait fallu un miracle pour redonner de l'éclat à ce château de cartes, qui aurait déjà dû s'effondrer il y a trois saisons de cela.

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.

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