POLITIQUE
02/11/2018 16:59 EDT | Actualisé 02/11/2018 16:59 EDT

Cannabis: l'interdiction dans les lieux publics, un casse-tête pour les locataires

La CAQ a «une certaine ouverture» pour ces utilisateurs qui ne pourraient ni fumer dehors, ni à l'intérieur.

Bloomberg via Getty Images
Deux consommateurs de cannabis prennent un égoportrait la journée de la légalisation du cannabis, le 17 octobre 2018.

Même si le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) compte interdire la consommation de cannabis dans les lieux publics, il se montre ouvert à accommoder les nombreux locataires qui vivent à Montréal.

C'est ce qu'à soutenu Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, en entrevue avec Paul Arcand vendredi matin au 98,5 FM. Il a fourni davantage de détails sur le futur projet de loi qui fera du Québec la province la plus restrictive dans ce domaine.

Le ministre a réitéré qu'il souhaite présenter son projet de loi sur le cannabis d'ici la fin de l'année afin qu'il soit adopté «dans les 100 premiers jours» de son mandat. «Début mars, ce serait une date acceptable selon nous», a-t-il précisé.

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Lionel Carmant, un ami personnel de François Legault, est le ministre qui sera en charge du cannabis.

Pourquoi augmenter à 21 ans?

La CAQ a répété à plusieurs reprises qu'elle compte augmenter l'âge de consommation à 21 ans – ce qui est plus restrictif que toutes les autres provinces canadiennes, qui ont mis l'âge à 18 ou à 19 ans.

M. Carmant se dit conscient que bon nombre de jeunes consomment déjà du cannabis, mais ne veut pas augmenter ce nombre. «Nous, on dit que si on retarde l'âge, on va diminuer le risque d'augmentation de consommation chez les jeunes», avance-t-il.

Il prend l'exemple de l'Uruguay, seul autre pays qui a légalisé le cannabis : après trois ans, la consommation avait augmenté chez les moins de 18 ans.

Pas les mêmes risques que l'alcool

M. Carmant, qui est neurologue de formation, rejette toute comparaison entre les effets de l'alcool et du cannabis sur le corps humain. Pourtant, les deux substances sont source d'inquiétudes pour les policiers, pour la conduite avec facultés affaiblies, entre autres.

Le cannabis augmente de façon considérable le risque de vivre des épisodes psychotiques, dit-il, alors que la surconsommation d'alcool a des «effets chroniques» sur la santé du foie.

«Quant à moi, on pourrait augmenter l'âge de l'alcool aussi. Mais l'acceptabilité sociale d'une telle mesure, je pense, serait impossible», ajoute le ministre.

Deux visions s'affrontent

La Ville de Québec a déjà interdit la consommation de cannabis dans les lieux publics. Il est également interdit d'avoir en sa possession du matériel ou équipement pour consommer cette drogue dans les lieux publics.

Montréal, elle, se fie sur les lois encadrant le tabac. Avec 60% de locataires sur l'île, la mairesse Valérie Plante dit qu'il aurait été mal avisé d'interdire la consommation de cannabis dans tous les lieux publics.

Le ministre Carmant admet qu'un propriétaire d'un édifice qui refuserait que son locataire fume dans son logement pourrait «entraîner certaines limitations qui sont extrêmes».

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Des clients font la file à la Société québécoise du cannabis. La société d'État a dû réduire ses heures d'ouverture en raison d'une importante rupture de stock.

Une «certaine ouverture»

Face à ce constat, le ministre ajoute qu'il a «quand même une certaine ouverture à voir ce qui peut être attribué comme libertés» pour ces locataires qui ne pourraient ni faire pousser des plants, ni fumer dehors ou à l'intérieur.

«On va discuter avec les différents interlocuteurs pour pouvoir trouver la meilleure solution possible», dit-il, tout en restant ferme sur l'objectif, qui est d'interdire toute consommation de cannabis dans les lieux publics.

L'administration Plante est encouragée par cette sensibilité à la réalité montréalaise. «Cet enjeu a déjà été discuté avec le premier ministre et nous souhaitons poursuivre les discussions sur le sujet avec le gouvernement», fait valoir Laurence Houde-Roy, attachée de presse du comité exécutif de la Ville de Montréal.

Pas de «cafés cannabis»

La solution pour contourner ces limites édictées par les villes passe-t-elle par des «cafés cannabis», où des clients peuvent fumer en toute quiétude?

Dans ce cas-ci, le ministre Carmant dit que ce sont plutôt ses fonctionnaires à la Santé publique qui étaient contre, en raison de l'exposition à la fumée secondaire. Cette option est donc «éliminée dans nos discussions à ce moment-ci», confirme-t-il.

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