POLITIQUE
01/11/2018 12:41 EDT | Actualisé 01/11/2018 16:49 EDT

Rencontre avec François Legault: Andrew Scheer n'ose pas se mouiller sur les seuils d'immigration

Le chef conservateur s'est borné à dire qu'il avait «écouté» les arguments de François Legault sur la question.

QUÉBEC – À moins d'un an des prochaines élections fédérales, le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, vacille sur la position de son propre parti en matière d'immigration en refusant de dire s'il pourrait augmenter ou diminuer le nombre d'immigrants au Canada.

«Nous devons savoir exactement ce dont nous avons besoin comme société pour combler des postes vacants, pour s'assurer de faire croître la population, et une fois que nous aurons déterminé nos besoins, nous allons en arriver à un chiffre – pas le contraire», a-t-il dit.

Le chef conservateur était de passage à Québec pour rencontrer le premier ministre du Québec, François Legault, pour la première fois depuis son élection. Les deux hommes ont abordé plusieurs sujets consensuels entre leurs deux partis, comme le rapport d'impôts unique au Québec et la réduction du fardeau fiscal des ménages.

La Presse Canadienne
Le chef conservateur Andrew Scheer à la sortie de sa rencontre avec le premier ministre du Québec François Legault.

Il était aussi question du plan de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d'immigration. Le nouveau gouvernement a toujours l'intention de faire passer le nombre de nouveaux arrivants dans la province de 50 000 à 40 000, en préconisant une meilleure intégration.

Si M. Scheer estime qu'il est «important» d'avoir une immigration «en fonction de nos besoins», il s'est contenté de dire qu'il a «écouté» les arguments de M. Legault.

Une question «hypothétique»

Mais pas question de se prononcer sur sa promesse de réduire des seuils d'immigration. «Je ne vais pas répondre à une question hypothétique à propos d'un projet de loi qui n'est pas devant nous aujourd'hui pour qu'on l'examine», a fini par dire M. Scheer en anglais.

Ceci dit, il ajoute qu'il «respecte les champs de compétence de la province de Québec et les compétences au niveau provincial».

M. Scheer dit qu'il est bien conscient du manque de main-d'œuvre dans certaines régions, dont celle de la Capitale-Nationale, comme l'a souligné à grands traits le maire de Québec Régis Labeaume.

Je veux rappeler qu'à 40 000 par année, le Québec va continuer de recevoir, toutes proportions gardées, plus d'immigrants que les États-Unis ou la France.François Legault, premier ministre du Québec

L'immigration est un champ de compétence partagé entre le Québec et le fédéral, qui ont signé une entente permettant au Québec de sélectionner 70% de son immigration. Si le Québec décide d'ajouter un test de valeurs ou un test de français, Ottawa pourrait avoir son mot à dire.

Le gouvernement Trudeau a déjà fermé la porte à ces conditions souhaitées par la CAQ, qui pourraient créer une nouvelle classe de nouveaux arrivants «illégaux» s'ils ne réussissent pas les tests trois ans après leur arrivée au Québec.

Afin de contrer ce qu'il appelle une «rhétorique anti-immigration, anti-réfugiés», le ministre fédéral Ahmed Hussen – lui-même un ancien réfugié somalien – a lancé jeudi une nouvelle campagne qui explique les bienfaits de l'immigration.

Legault ne change pas d'idée

M. Legault dit qu'il a parlé de ses projets en immigration au premier ministre canadien Justin Trudeau, en marge de son voyage au sommet de la Francophonie en Arménie. Les deux hommes avaient alors pris l'avion ensemble pour y aller.

Mais le premier ministre du Québec n'a «pas changé d'objectif». Il réitère qu'il souhaite une baisse des seuils d'immigration «temporaire, le temps qu'on s'adapte, le temps qu'on soit capables de mieux intégrer en emploi».

La Presse canadienne
Après sa rencontre avec Andrew Scheer, François Legault a rencontré le maire de Québec Régis Labeaume.

Au terme de sa rencontre avec M. Scheer, M. Legault comprend que le chef conservateur est «ouvert» à donner davantage de pouvoirs en immigration au Québec.

«Il n'a pas dit qu'il était d'accord, il a dit qu'il était ouvert à en parler. C'est ce que j'ai compris de ses propos», précise-t-il.

Il veut aussi mettre les choses en contexte : «Je veux rappeler qu'à 40 000 par année, le Québec va continuer de recevoir, toutes proportions gardées, plus d'immigrants que les États-Unis ou la France.»

Avec La Presse canadienne.