POLITIQUE
30/10/2018 19:04 EDT | Actualisé 01/11/2018 12:21 EDT

L'opposition libérale veut la tête d'un chef de cabinet caquiste

Pierre-Yves Boivin, ancien lobbyiste pro-pétrole, conseille le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles Jonatan Julien.

PC/Jacques Boissinot
Jonatan Julien

QUÉBEC — L'opposition officielle à Québec demande la tête d'un ancien lobbyiste pro-hydrocarbures devenu chef de cabinet du ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles.

Pierre-Yves Boivin était jusqu'à tout récemment inscrit au registre des lobbyistes pour la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), qui a notamment exercé des pressions pour l'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti, pour un pipeline controversé qui achemine du pétrole provenant des sables bitumineux, ainsi que pour l'exemption de certaines entreprises à la Bourse du carbone.

Maintenant que M. Boivin est devenu le plus important conseiller du ministre Jonatan Julien dans un poste névralgique, cela soulève des questions sur son impartialité et contribue au cynisme de la population, selon le Parti libéral du Québec (PLQ): le gouvernement Legault a fait un mauvais choix et doit s'en débarrasser.

«Conflit d'intérêts»

«Il y a une apparence de conflits d'intérêts qui est énorme, ça n'a pas d'allure, je trouve ça désolant que le gouvernement n'ait pas pensé plus loin que ça. En politique, il faut être plus blanc que blanc», a dénoncé le porte-parole en éthique et intégrité des marchés publics de l'opposition officielle, Jean Rousselle, en entrevue avec La Presse canadienne, mardi.

«C'est assez ordinaire, honnêtement, cette personne a tout une responsabilité, elle fait le lien avec le bureau du premier ministre, avec tous les organismes. L'attribution de ces postes doit être vérifiée encore plus pour le bien-être de la population», a poursuivi M. Rousselle, qui est député de Vimont, mais qui a été auparavant très longtemps conseiller en éthique au sein de la Fraternité des policiers de Laval.

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Les citoyens peuvent ensuite laisser libre cours à leurs soupçons, sur la contribution de M. Boivin au programme de la CAQ, sur l'appui de ce parti à l'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti (jusqu'à la volte-face du premier ministre François Legault), a déploré le député libéral.

«Le passé est garant de l'avenir», a lancé M. Rousselle, qui dit ne pas être rassuré.

«On constate les allégeances passées de M. Boivin et le programme anémique de la CAQ en environnement, alors si ce parti se colle à un ancien lobbyiste pro-pétrole, qu'est-ce que ça annonce?»

Un «malaise»

À ses yeux, le gouvernement caquiste doit se rendre à l'évidence, dans l'intérêt des citoyens, et démettre le directeur de cabinet de M. Julien.

«J'ai un malaise, comme tous les gens qui s'occupent d'environnement, a conclu le député de Vimont. Je n'enlève rien à ses compétences, mais ce qu'il (M. Boivin) dégage est malheureux. Je pense qu'il ne peut pas occuper ce poste, il est trop imprégné (par ses anciennes fonctions).»

La semaine dernière, les partis d'opposition avaient tous en choeur dénoncé le choix de M. Boivin, mais l'avaient attaqué sur le plan de sa crédibilité en matière d'environnement et de changements climatiques, eu égard aux dossiers qu'il défendait autrefois.

Greenpeace y voyait pour sa part une autre «erreur» du gouvernement Legault dans le dossier environnemental.

Rappelons que la fonction de chef de cabinet est stratégique. C'est le conseiller principal du ministre, il fait le lien entre le cabinet, le ministère et le cabinet du premier ministre.

Le chef de cabinet de chaque ministre est d'ordinaire nommé par le bureau du premier ministre, mais la CAQ n'a pas répondu à nos questions la semaine dernière, à savoir si c'est bel et bien le bureau de M. Legault qui a attribué M. Boivin à M. Julien. La CAQ n'a pas non plus précisé si M. Boivin avait été mis à contribution pour la rédaction du programme du parti.

La Presse canadienne avait également tenté d'obtenir une entrevue avec le directeur du cabinet ainsi qu'avec le ministre, en vain.