POLITIQUE
20/10/2018 14:20 EDT | Actualisé 20/10/2018 14:41 EDT

Des groupes religieux inquiets par la promesse d’interdire les signes religieux à certains employés de l’État

L'inquiétude est présente dans plusieurs communautés.

Différents groupes religieux sont préoccupés par le projet de la Coalition avenir Québec (CAQ) visant à bannir le port de signes religieux pour les employés de l'État en position d'autorité.

Le gouvernement de François Legault a promis de déposer un projet de loi qui empêcherait les enseignants, les policiers, les juges et certains autres employés de l'État en position d'autorité de porter des signes religieux, tels que le voile islamique, la kippa, le crucifix et le turban.

À Ottawa, Ihsaan Gardee, directeur général du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), a confié au HuffPost que de nombreux fonctionnaires musulmans sont terriblement préoccupés par le sort que leur réserverait une telle loi.

«Pour de nombreux musulmans, si cette loi entrait en vigueur, elle changerait considérablement leur capacité d'exercer leurs droits les plus fondamentaux... et de gagner leur vie», a-t-il écrit par courriel. «Pire encore, nous savons que cette loi ne nuira pas seulement aux musulmans; nous sommes également inquiets pour les fonctionnaires portant le turban et la kippa — cette loi sera vue comme une attaque contre nous tous.»

La CAQ a remporté les élections du 1er octobre après une campagne centrée sur sa promesse de réduire l'immigration, ainsi que d'imposer un test de français et un «test des valeurs» aux nouveaux arrivants.

L'interdiction de symboles religieux vise à promouvoir la séparation de l'Église et de l'État, et à encourager la laïcité dans les lieux publics. En revanche, la CAQ n'a pas l'intention de retirer le crucifix bien visible dans l'édifice du Parlement de Québec depuis 1936.

Le premier ministre François Legault affirme que le crucifix accroché dans le Salon bleu de l'Assemblée nationale est un symbole du patrimoine québécois, et non un signe religieux.

Jacques Boissinot/PC
Le crucifix présent à l'Assemblée nationale

Mais l'archevêque Andrew Bennett, directeur du Cardus Religious Freedom Institute à Ottawa, remet cette interprétation en question.

«Dire que le crucifix, l'instrument de notre salut, est tout simplement un symbole est une insulte à tous les catholiques et chrétiens croyants au pays», a-t-il dit au Catholic Register. Il considère la proposition de la CAQ comme une violation «inacceptable» de la liberté de religion.

La communauté juive s'est également prononcée contre l'interdiction proposée. Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes, une organisation pancanadienne, a publié un communiqué stipulant que «la neutralité religieuse devrait être imposée aux institutions publiques, et non aux individus».

Récemment, les enseignants d'une école secondaire de Westmount ont tenu un rassemblement pour s'opposer aux intentions de la CAQ. Certains d'entre eux ont affirmé à la CBC qu'ils avaient commencé à porter des symboles religieux en réaction à l'élection.

«Nous sommes des êtres libres et nous pouvons porter ce que nous voulons. Nos vêtements ne nous définissent pas comme enseignants», a indiqué Sabrina Jafralie, enseignante du cours Éthique et culture religieuse. «Si mes élèves développent une réflexion critique et une ouverture d'esprit, c'est le signe que je suis une bonne enseignante.»

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En réponse à la grogne, le gouvernement serait prêt à un compromis qui limiterait l'interdiction aux nouveaux employés. Mais cette politique pourrait quand même contrevenir à la Charte canadienne des droits et libertés. François Legault a suggéré d'évoquer la clause dérogatoire, qui permet aux provinces de déroger à la Charte.

En 2013, dans sa «Charte des valeurs», le Parti québécois avait proposé une interdiction semblable concernant le port de symboles religieux pour les employés de l'État. Cette loi n'a jamais été adoptée. Ihsaan Gardee, du CNMC, estime que l'échec de 2013 démontre que «ce n'est pas parce qu'une loi est populaire qu'elle est fondée sur des principes».

«Bien que ce genre de [lois] soient souvent proposées pour encourager la laïcité, elles affectent l'essence même du principe d'égalité des droits prônés par celle-ci, et font preuve de discrimination envers certaines personnes à cause de leur choix vestimentaire», conclut-il.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l'anglais.