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20/10/2018 09:03 EDT | Actualisé 20/10/2018 09:20 EDT

Éric Salvail: reconquérir son public... un selfie à la fois

L’animateur déchu est-il devenu le «Pokémon le plus rare du Québec»?

V

La semaine dernière, Éric Salvail a assisté au concert très couru de Lara Fabian, au Théâtre St-Denis. Évidemment, la présence de l'animateur déchu est loin d'être passée inaperçue.

Si on se fie aux instants ayant précédé le spectacle, Éric Salvail n'avait aucunement l'intention d'assister en douce à la représentation, lui qui a passé un bon moment au milieu de l'entrée du théâtre pour se faire photographier avec des membres du public.

L'histoire s'est répétée une fois à l'intérieur de la salle, alors que Salvail s'est fait demander de prendre la pose avec d'autres inconnus jusqu'à ce qu'il arrive à sa place - idéalement située au milieu du théâtre, dans l'une des premières rangées.

Le tout sous les regards de certains membres de la communauté artistique québécoise, qui auraient visiblement préféré que le principal intéressé se garde une petite gêne.

Le mauvais message?

Tous les médias québécois aimeraient assurément obtenir la première entrevue avec Éric Salvail depuis les révélations que l'on connaît, scandale ayant d'ailleurs éclaté il y a presque un an jour pour jour.

Paul Arcand ne s'est d'ailleurs pas gêné, lors de son passage à Tout le monde en parle, pour l'inviter à prendre part à l'émission Conversation secrète.

Mais Salvail peut-il vraiment espérer un retour en douce une fois l'inévitable séance publique de repentance derrière lui?

Plus précisément, toutes ces personnes désireuses de se faire photographier avec lui peuvent-elles vraiment être considérées comme une preuve d'amour et d'approbation? Ou si ces individus ne vont-ils pas vers lui pour pouvoir dire, justement, qu'ils ont croisé Éric Salvail?

Cherchent-ils à obtenir ce rare cliché de l'animateur, comme un gamer parcourait il n'y a pas si longtemps les quatre coins de la ville pour attraper la bestiole la plus rare du jeu Pokémon Go (ou un Grand Blanc dans Zeta, si vous suivez la série Le jeu)?

La question se pose, car des nombreuses personnalités qui étaient présentes au fameux concert de Lara Fabian, seul Salvail monopolisait l'attention de la sorte. Les autres ont pris leur place dans la salle, sans tambour ni trompette, pour assister au spectacle, sans jamais devenir le centre d'attention.

Le (vrai) pouls du public

Depuis l'été dernier, plusieurs personnes ont partagé des clichés sur les réseaux sociaux les montrant en compagnie d'Éric Salvail. Des photos prises dans un bar ou un événement quelconque.

Les rumeurs persistent à l'effet que ce dernier multiplierait les apparitions publiques en acceptant volontiers ce type de demandes justement pour prendre le pouls de la population québécoise en vue d'un éventuel retour dans le milieu artistique.

Pour une personnalité qui carburait à l'énergie des ondes et à l'amour du public, cela n'a en soi rien de très surprenant.

La semaine dernière, Sophie Durocher a consacré deux papiers dans les pages du Journal de Montréal à l'hypothétique retour d'Éric Salvail et à l'opinion du public sur ce sujet épineux, posant justement la question à savoir si les gens du milieu seraient prêts à retravailler avec lui, et si le Québec accepterait de lui donner une seconde chance.

Est-ce qu'on pardonne plus facilement à une personnalité adorée des gestes qu'on condamnerait chez un artiste dont la face ne nous revient pas?Sophie Durocher

Rappelons que, malgré les multiples allégations d'inconduites sexuelles, aucune accusation n'a encore été déposée au criminel contre Éric Salvail.

Rappelons également ce qui s'est produit lorsque Jian Ghomeshi, acquitté en mars 2016 de quatre chefs d'agression sexuelle, a publié un essai personnel dans le magazine The New York Review of Books.

Certains estiment qu'Éric Salvail ne mérite pas d'être banni à vie de sa profession, tandis que d'autres confient qu'ils ressentiraient toujours un malaise si ce dernier venait à réintégrer les ondes.

Au final, son retour dépend uniquement de la volonté d'un diffuseur - et surtout des annonceurs - de prendre le risque de s'associer à lui pour produire un projet le mettant à l'avant-plan, ou, dans une moindre mesure, développé par ce dernier loin des micros et des caméras. L'approbation du public ne se mesurera plus alors en tenant compte des souvenirs d'un bain de foule partagés sur les réseaux sociaux, mais pourra être quantifiée en cotes d'écoute.

Et comme nous avons pu souvent le constater au fil des ans, les cotes d'écoute, ça ne pardonne pas.

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