POLITIQUE
18/10/2018 09:06 EDT | Actualisé 18/10/2018 16:58 EDT

Le Grand Montréal se prépare pour un avenir marqué par le REM et la CAQ

Les municipalités et les experts se réunissent pour préparer le développement de la métropole sous l'égide d'un nouveau gouvernement avec des visées parfois à contre-courant du consensus montréalais.

Photo aérienne du Grand Montréal.
Denis Beaumont, La Presse Canadienne
Photo aérienne du Grand Montréal.

À quoi ressemblera le Montréal de demain? C'est la question à laquelle s'attardent bon nombre d'élus, de chercheurs et de militants dans le cadre d'un vaste forum qui se tient à partir de mercredi à la TOHU. Et la variable la plus importante sera les actions du nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Plus de 600 personnes sont attendues à la TOHU au cours des deux prochains jours dans le cadre de l'Agora métropolitaine. Cet événement est organisé aux deux ou trois ans pour faire le suivi de la mise en oeuvre du Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD).

Bien des choses ont toutefois changé depuis la dernière édition, tenue en 2015. Montréal a une nouvelle mairesse. Le Réseau express métropolitain (REM) ajoute un nouveau mode de transport lourd qui traverse l'essentiel de la région. Les sociétés de transport ont été rebrassées. Les inondations de 2017 ont relancé les débats sur les milieux humides.

Et surtout, le Québec a un nouveau premier ministre, François Legault, qui a laissé entendre qu'il pourrait faire fi des décisions du Grand Montréal dans ses projets de transport et redistribuer les pouvoirs au sein de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) à la faveur de la Rive-Nord.

Prolonger le REM ou pas?

Chose certaine, la mobilité est désormais au coeur des priorités du Grand Montréal. Si bien que tous les partis politiques ont proposé des projets majeurs lors de la récente campagne électorale.

Le Plan de décongestion proposé par la CAQ est toutefois mi-figue mi-raisin pour la plupart des intervenants contactés par le HuffPost Québec, qui participent tous à l'Agora. Le prolongement du REM vers Chambly et vers l'autoroute 20 est particulièrement mal accueilli.

«Ça sort complètement du plan de développement. Ça va amener de l'étalement urbain», affirme Christian Savard, directeur général de l'organisme Vivre en ville.

Même son de cloche du côté de l'Union des producteurs agricoles (UPA). Les éventuelles stations prévues par la CAQ seraient situées en bordure de terres agricoles.

«Est-ce que ça va amener un intérêt pour le développement commercial sur les terres environnantes?», demande Marcel Groleau, président de l'UPA.

CDPQ
Tracé prévu pour le Réseau express métropolitain.

M. Groleau estime qu'il est nécessaire de poursuivre les efforts de densification du Grand Montréal en redéveloppant les espaces déjà disponibles en zone urbaine. Déjà, la CMM a identifié 9000 hectares d'espaces industriels et commerciaux disponibles, ainsi que 6000 hectares d'espaces résidentiels. Sans compter les grands espaces de stationnement.

«C'est du gaspillage éhonté de l'espace, et au lieu de favoriser la densification, on favoriserait l'étalement!», déplore-t-il.

M. Savard, M. Groleau et d'autres avaient pourtant bien accueilli le REM dans sa version actuelle, puisqu'il s'installe pour l'essentiel dans des zones déjà ciblées pour la densification. Ce n'est pas le cas des prolongements proposés sur la Rive-Sud.

Dans sa forme actuelle, le REM répond à un besoin de transport et limite le développement à la première couronne selon Karel Mayrand, directeur général de la branche québécoise de la Fondation David Suzuki. Ainsi, le train léger s'insère très bien dans la logique du PMAD.

«Le REM va prouver que le transport collectif est plus performant que l'automobile. [...] Mais avant de le prolonger, il faudrait faire le tramway sur Taschereau», dit-il, soulignant cette autre aspect du Plan de décongestion.

Le Nord veut des autoroutes

La promesse de prolonger les autoroutes 13 et 19 divise les municipalités. La Rive-Nord a applaudi cet aspect du Plan de décongestion, tandis que Montréal et les groupes environnementaux la déplorent.

«On est déjà 25 ans en retard sur ces projets. Quand on fait partie de la CMM, ça serait très bien vu d'accentuer la mobilité dans l'ensemble de la région», affirme Denis Martin, maire de Deux-Montagnes et membre de la commission du transport de la CMM.

Le problème, c'est que de l'autre côté de la frontière de la CMM, on a des villages qui deviennent des villes et qui ajoutent à la congestion. Ça, c'est préoccupant.Chantal Deschamps, mairesse de Repentigny

Son homologue de Repentigny, Chantal Deschamps, abonde dans le même sens.

«Le problème, c'est que de l'autre côté de la frontière de la CMM, on a des villages qui deviennent des villes et qui ajoutent à la congestion. Ça, c'est préoccupant. [...] L'achalandage des autoroutes va s'accroître tout seul si on ne prolonge pas», dit-elle.

Mme Deschamps et M. Martin estiment que le développement commercial de la Rive-Nord dépend de ces prolongements d'autoroutes.

À Montréal, le conseiller municipal Jérôme Normand estime qu'il faut plutôt miser sur le transport collectif. M. Normand est aussi coprésident de la commission de l'aménagement de la CMM.

«Le consensus à la CMM est le même qu'avant les élections du 1er octobre. Il faut plus de transport collectif et les enjeux de congestion ne seront pas réglés avec des solutions qui misent essentiellement sur la voiture», dit-il en entrevue.

Karel Mayrand souligne que la CAQ n'aura pas les fonds pour entamer tout de suite l'ensemble des projets de son Plan de décongestion. Les intentions réelles de la CAQ seront dévoilées au fil des choix.

«Si, au bout de quatre ans, on voit qu'on a prolongé les autoroutes et que les projets de transport collectif ne se font pas, on se rendra compte que c'était un mirage.

Pas touche aux structures

M. Normand s'inquiète aussi des commentaires émis par M. Legault concernant la structure de la CMM. Celui-ci souhaite donner plus de pouvoir aux municipalités du 450, au détriment de Montréal.

«Ce débat sur la gouvernance est dépassé. On va perdre du temps à débattre de structures», lance-t-il.

D'autant plus que M. Legault a aussi laissé entendre qu'il pourrait faire fi du plan stratégique de développement du transport collectif, qui sera bientôt déposé par la nouvelle Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Cet organisme a été mis sur pied l'an dernier, justement pour que le transport en commun se développe de façon cohérente et non partisane.

Encore une fois, la Rive-Nord n'est pas d'accord.

L'ARTM et exo, ce sont de grosses bibittes qui ont été créées pour le Grand Montréal. Des fois on s'y perd.Denis Martin, maire de Deux-Montagnes

«L'ARTM et exo, ce sont de grosses bibittes qui ont été créées pour le Grand Montréal. Des fois on s'y perd», affirme M. Martin, qui ne s'opposerait pas non plus à une révision de la structure de la CMM.

Professeure et experte en transport, Florence Junca-Adenot réplique que la CAQ ne peut pas et ne doit pas faire fi du travail qui a été fait pour organiser le transport.

«On ne peut pas revenir en arrière. Toutes les grandes métropoles du monde ont une structure pour organiser le transport au niveau régional. [...] Je suis confiante que la CAQ respectera le plan de développement et le plan de transport», dit-elle.

Milieux humides et patrimoine

Outre le transport, les élus et experts de la CMM se pencheront sur de nombreuses autres questions. Notamment la protection des milieux humides.

«Il ne reste plus beaucoup de milieux naturels de proximité par ici. [...] Il faut pouvoir planifier des corridors de boisés pour ne pas morceler les habitats», affirme M. Mayrand.

Selon M. Mayrand, les inondations de 2017 auraient été moins sévères si on avait conservé davantage de milieux humides. Il s'inquiète d'une proposition de la CAQ, qui a suggéré de ne pas remplacer certains milieux détruits pour des projets de développement.

Pour sa part, le conseiller montréalais Jérôme Normand accorde peu d'importance à ce qui a été dit en campagne électorale.

«Quand on aura un projet de loi ou une directive, on verra», dit-il simplement.

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Héritage Montréal aura aussi son mot à dire pendant l'Agora métropolitaine. Dinu Bumbaru, directeur des politiques de l'organisme, souhaite protéger davantage les paysages et les édifices patrimoniaux.

«Notre objectif, c'est que le patrimoine et les paysages ne soient pas des objectifs orphelins. Actuellement, c'est mentionné dans le PMAD, mais c'est au troisième sous-sol. Au-delà des belles phrases, ça veut dire quoi?», demande-t-il.

M. Bumbaru souhaite revoir les règles fiscales pour que la rénovation des bâtiments patrimoniaux ne fasse pas augmenter les taxes foncières. Selon lui, la peur des taxes découragerait certains propriétaires, qui préfèrent laisser décrépir leurs édifices.

Il est toutefois trop tôt pour connaître les intentions de François Legault et son gouvernement. Quelques indices seront peut-être disponibles jeudi après-midi, lorsque M. Legault présentera son conseil des ministres.