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17/10/2018 12:05 EDT | Actualisé 17/10/2018 12:05 EDT

Ariane Moffatt se confie sur les sources d'inspiration de son nouvel album, «Petites mains précieuses»

«C'est comme si je renaissais et que je me réappropriais mon corps...»

Ariane Moffatt
Kelly Jacob
Ariane Moffatt

Seize ans après qu'Aquanaute l'ait révélé au public québécois, Ariane Moffatt lance Petites mains précieuses, son sixième album de chansons originales. Un album dont l'instinctif processus a fait doucement se déposer les chansons une à la fois, permettant à l'artiste d'exprimer librement toutes les zones qu'elle a en elle et qui sont formées «de groove et de vulnérabilité».

Un retour aux sources

«J'avais cette envie de revenir à une forme de composition mettant en valeur le texte, le message, ma poésie, ma façon de traiter les mots», a expliqué Ariane Moffatt quelques heures avant de présenter son nouveau bébé à sa famille et ses amis lors du lancement montréalais de Petites mains précieuses, mardi soir.

«Ultimement, j'ai envie que cet album soit écouté et qu'il puisse aller atteindre les gens là où ils ont besoin d'être touchés. Pour moi, et je le dis sans prétention, c'est un album qui est fait pour émouvoir, une sorte de baume qui va aller toucher les gens qui en ont besoin.»

Coréalisé avec Philippe Brault (il s'agit de la première collaboration du duo), Petites mains précieuses tient son joli titre de cette phrase qu'un de ses fils, Henri, répète souvent à son petit frère.

«Cela vient de son fétichisme des mains de Georges, mon plus jeune fils. Depuis que nous sommes rentrés à la maison avec le bébé, il n'arrête pas de dire : ''Ah les petites mains précieuses''.

Lorsque je me suis mise à écrire mes chansons, les premières pièces étaient beaucoup dans quelque chose d'organique, du lien à l'autre, dans quelque chose d'intime.Ariane Moffatt

Lorsque Henri m'a ressorti cette expression, comme il le faisait souvent, je me suis dit : ''Voilà, c'est ça, c'est le titre de l'album!'' C'est vraiment une poésie. D'ailleurs, on appelle Henri le petit poète depuis qu'il est né.»

Ce nouvel album - écrit majoritairement la nuit - se veut à la fois dansant et doux; dans les propos, la musique, les mélodies. «C'est comme si j'avais été un peu somnambule et que je m'étais laissée guider par cette nuit porteuse d'inspiration, a-t-elle expliqué. Dans mes remerciements, je parle de la femme fragile et forte que je suis aujourd'hui. Je trouve que c'est ce qui émane de ce disque-là. Il y a des chansons qui sont très affirmatives, très rythmées, et d'autres qui nous ramènent à une grande fragilité. Ce n'est pas la première fois que je joue avec les contrastes, j'aime explorer cela.»

Être femme

Cette force croisant la fragilité se retrouve dans plusieurs pièces de l'album, relevant ainsi une thématique féminine. La chanson La statue a été écrite le jour de l'aveu de Pénélope McQuade quant à l'agression sexuelle dont elle accuse le producteur Gilbert Rozon.

«J'étais à mon studio ce matin-là et je suivais l'entrevue-choc à la radio, c'était un gros dossier très explosif. J'ai été troublé et, comme pour plusieurs autres chansons dans mon parcours, cela part comme cela, en me disant : ''Oh, mon Dieu, j'ai tellement d'admiration, je me sens tellement connectée, je trouve ces femmes tellement courageuses''. Je me suis assise au piano et j'ai essayé des trucs. Il fallait trouver le bon ton, le bon angle, en traitant ce sujet d'une façon assez poétique au fond. Ce n'est pas une chanson #MeToo. C'est une chanson de libération et d'affirmation de soi, lorsqu'on décide qu'on en a assez d'avoir peur et qu'on lance la statue sur le mur.»

Si son dernier album sortit il y a 3 ans, 22h22, était grandement porté par le thème de la maternité, l'artiste voit Petites mains précieuses comme une espèce de contre-réaction à la maternité.

Courtoisie
L'album «Petites mains précieuses» d'Ariane Moffatt

«Même si cet album est inspiré par mon bébé, c'est comme si je renaissais et que je me réappropriais mon corps. J'ai voulu retrouver des réflexions et des fragilités anciennes qui me permettaient de retourner dans mon bagage, justement un peu en réaction à la maternité. »

Elle affirme que le fait d'être mère change tout en mettant des frontières, en balisant le territoire de la création, tout en lui imposant une forme de limites et de contraintes avec lesquels elle doit composer et à travers lesquels elle doit naviguer pour trouver sa liberté.

«En même temps, c'est une grande chance - car il y a une forme de dépossession de soi qui vient avec la maternité -, de pouvoir retourner dans mon petit garage pour écrire comme façon de me reconnecter. Je le vois comme une soupape, une façon de rester en contact avec l'artiste que je suis.»

Son accouchement difficile – où on a craint un moment pour sa vie et celle de son bébé – fut ce «premier petit check up de sa quarantaine à venir». Celui qui lui a fait se demander où elle s'en allait et ce qu'elle voulait. D'elle et de son corps.

J'avais des choix à faire afin de me réapproprier mon essence. J'ai été chanceuse, mais cela m'a assez brassée pour que cela me marque et me donne envie de rebondir. Ariane Moffatt

C'est en quelque sorte une chance de vivre ce genre d'épreuves qui sont de petites menaces pas trop dommageables et finalement stimulantes qui t'amène à avancer.»

C'est la pièce La main qui se fait l'épilogue de ce nouvel album. «Elle regroupe tout sur l'album : le lien à l'autre, le besoin de l'autre dans une époque où l'autre est devenu un peu abstrait et très centré sur lui-même. Ce geste de la main tendue était vraiment signifiant pour moi. Cette chanson qui parle de toutes les mains représente un peu toutes les formes d'humains et de destins différents. Je trouve que cela vient bien conclure l'histoire qui parle de ce besoin d'être relié à l'autre.»

À l'aube de ses 40 ans, Ariane Moffatt avoue avoir pris le temps de s'arrêter et de réfléchir à son parcours. «Si tout cela s'arrêtait maintenant, j'aurais l'impression d'avoir englobé les grands moments de ma vie avec mes six albums. Évidemment, je n'ai pas envie que cela s'arrête, mais je trouve cela le fun, cet espèce de cercle-là.»

L'album Petites mains précieuses d'Ariane Moffatt sera disponible en magasin ainsi que sur toutes les plateformes numériques le 19 octobre prochain.

L'artiste sera en spectacle MTelus le 22 février prochain. Cliquez ici pour consulter la liste complète des dates de sa tournée à travers le Québec.

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