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12/10/2018 13:41 EDT | Actualisé 01/11/2018 13:48 EDT

Pas de vélos sur le pont Jacques-Cartier cet hiver

Le projet pilote a mené à des conclusions favorables, mais des enjeux de sécurité doivent encore être réglés selon la société des ponts fédéraux.

Josie_Desmarais via Getty Images

Il n'y aura pas de vélos sur le pont Jacques-Cartier cet hiver, malgré un rapport qui émet des conclusions favorables à l'ouverture de la piste multifonctionnelle 365 jours par année. La société fédérale Les ponts Jacques-Cartier et Champlain inc. (PJCCI) estime qu'il reste des enjeux de sécurité à régler.

La société, qui relève du gouvernement fédéral, a mené des analyses l'hiver dernier pour vérifier la faisabilité de différentes options de déneigement. Le rapport, dévoilé jeudi, conclut qu'un déneigement conventionnel combiné à des produits déglaçants «pourrait représenter une solution envisageable».

La mesure nécessiterait des investissements initiaux d'environ 2,8 millions $, principalement pour assurer l'étanchéité de la structure. Les coûts d'opération annuels seraient d'environ 180 000$.

À l'opposé, une membrane chauffante coûterait presque 15 M$ à installer et coûterait plus de 575 000$ annuellement, principalement en alimentation électrique. L'efficacité de cette option «n'a pas été suffisamment validée» par les essais.

Pas assez sécuritaire

N'empêche, la sécurité des usagers n'est pas suffisamment assurée selon Nathalie Lessard, directrice des communications des PJCCI. La piste sera fermée cet hiver, comme c'est le cas depuis plusieurs années.

«On est capable de déneiger la piste. L'enjeu, c'est le maintien d'une surface praticable tout au long de la journée», dit-elle.

Selon Mme Lessard, le pont subit des conditions météorologiques particulières, qui varient selon qu'on est dans une portion qui surplombe le fleuve ou la terre ferme. À certains endroits, les vents favoriseraient notamment la formation de glace noire.

«Il ne faut pas non plus minimiser les chutes de glace, ajoute-t-elle. Quand ça tombe sur un cycliste, c'est un enjeu de sécurité.»

Les PJCCI ont testé un filet qui éviterait de telles chutes, selon Mme Lessard. Même s'il attrapait les gros blocs de glace, il se remplissait de verglas. Ce verglas se détachait en petits morceaux et venait encombrer la piste.

Et puis, il y a la question de l'étroitesse de la structure. Le rapport indique qu'il est possible de maintenir un dégagement de 1,8 m sur une piste qui mesure 2,5 m de largeur. Cette largeur respecte les anciennes normes du ministère des Transports pour une piste cyclable bidirectionnelle. Mais si les normes pour les nouvelles structures devaient s'appliquer, le ministère demanderait toutefois une largeur d'au moins 3,3 m puisque le pont Jacques-Cartier a des pentes très abruptes.

«Si un cycliste entre en collision avec une automobile, c'est le régime du no fault qui s'applique. Mais s'il se blesse tout seul sur notre ouvrage, on est responsable», souligne Mme Lessard.

La société des ponts fédéraux souhaite mener de nouvelles analyses. Elle évaluera notamment la possibilité d'installer un toit fixe au-dessus de la piste multifonctionnelle.

«Complètement bidon»

Mike Muchnik, président de l'Association des piétons et cyclistes du pont Jacques-Cartier, croit plutôt que les PJCCI tentent de trouver des excuses pour ne rien faire.

«C'est complètement bidon. Il n'y en a pas de glace noire!» lance-t-il.

M. Muchnik défie chaque année la fermeture de la piste cyclable. Il l'emprunte plusieurs fois par semaine, même en hiver, pour se rendre de Montréal à son lieu de travail, sur la Rive-Sud.

«Ils cherchent une situation où on peut sortir à -30 degrés en maillot de bain sans problème. Mais le rapport indique clairement que la solution la plus simple et la moins coûteuse, c'est de passer simplement une chenillette», peste-t-il.

M. Muchnik organise une manifestation samedi pour dénoncer la décision de l'organisme qui gère les ponts.

La mairesse Valérie Plante a aussi fait par de sa déception sur Twitter, invitant les PJCCI à trouver des solutions.

Une pratique en forte expansion

La pratique du vélo — et, par extension, du vélo hivernal — connaît une forte expansion dans le Grand Montréal. Selon la Communauté métropolitaine de Montréal, le nombre de déplacements à vélo pour se rendre au travail a augmenté de 17 000 entre 2001 et 2016. Toutefois, le vélo accapare encore seulement 2,1% des déplacements maison-boulot.

Sur le pont Jacques-Cartier, on compte environ 1900 passages en vélo par jour. Ce chiffre varie énormément selon la température et peut dépasser 3600.

Une forte proportion de ces cyclistes s'y rendent pour le travail.

Les PJCCI estiment qu'environ 17% des usagers, soit 330 passages quotidiens en semaine, continueraient d'utiliser le pont en hiver. Ce chiffre pourrait toutefois sous-estimer le potentiel du pont, puisqu'il serait alors le seul lien cyclable en hiver entre Montréal et la Rive-Sud.

Une version précédente de ce texte indiquait de façon erronée que la piste cyclable du pont serait fermée après le 31 octobre. La date de fermeture change d'une année à l'autre et se situe habituellement en décembre.