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12/10/2018 06:07 EDT | Actualisé 12/10/2018 06:20 EDT

Michaëlle Jean est «amère et frustrée», lance le président rwandais Paul Kagame

Il n'a pas apprécié ses propos concernant son pays.

LUDOVIC MARIN via Getty Images

Le président rwandais Paul Kagame s'en est durement pris à Michaëlle Jean, vendredi, l'accusant d'être «amère et frustrée» pour la façon dont la Canadienne s'en est prise à son pays dans son discours de jeudi.

Intercepté sur le site du sommet d'Erevan, en Arménie, il a suggéré que la Secrétaire générale sortante a agi de la sorte, car elle n'arrive pas à accepter qu'une autre personne qu'elle — en l'occurrence, la candidate rwandaise Louise Mushikiwabo — puisse mener les destinées de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

«Il y a un consensus africain autour de Louise Mushikiwabo, et d'autres pays aussi... voir Michaëlle Jean leur dire que c'est la mauvaise personne qui vient du mauvais pays, c'est triste», a laissé tomber Paul Kagame en entrevue avec La Presse canadienne, vendredi matin.

«Ce n'est pas seulement le fait qu'elle ait (tenu ces propos), c'est surtout la façon dont elle l'a fait... on pouvait voir qu'elle est amère, qu'elle est frustrée», a-t-il souligné.

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«Ce n'est pas à moi de décrire le caractère d'une personne, de présumer de ce (...) qui l'influence, ce n'est pas de mes affaires (mais) dire aux gens qui ont fait un choix (...) qu'ils ont tort, que ce devrait être elle et personne d'autre... en ce sens, je pense que ça montre le problème», a ajouté le dirigeant.

Le président Kagame, accusé par plusieurs organisations humanitaires de bafouer les droits démocratiques, a soutenu que tout ce que l'ancienne gouverneure générale du Canada a laissé entendre sur le non-respect des droits de la personne dans son pays était erroné et plaidé que le Rwanda se remettait d'une période extrêmement difficile de son histoire.

Il a aussi nié que son pays a abandonné le français au profit de l'anglais comme langue officielle et d'enseignement — selon lui, c'était plutôt un «ajout» qui a été fait.

Le président du Rwanda a tenu ces propos à quelques heures de l'élection de la prochaine patronne de la Francophonie. Sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a finalement remporté la mise, comme prévu.

Il faut dire que la Rwandaise est arrivée au XVIIe sommet de la Francophonie forte de l'appui du président français, Emmanuel Macron, et d'une flopée de pays de l'Union africaine. Sa rivale du Canada, elle, s'est fait larguer par Ottawa et Québec à l'aube du forum international.

Dans le discours qu'elle a livré devant un parterre de chefs d'État et de gouvernements, jeudi, Michaëlle Jean a sévèrement critiqué, sans le nommer, le Rwanda. «Au moment où nous marchons vers le 50e anniversaire de la Francophonie, demandons-nous ici à Erevan, en toute conscience et en toute responsabilité, de quel côté de l'Histoire nous voulons être», a-t-elle argué.

«Sommes-nous prêts à accepter que les organisations internationales soient utilisées à des fins partisanes (...) Sommes-nous prêts à accepter que la démocratie, les droits et les libertés, soient réduits à de simples mots, que l'on vide de leur sens au nom de la realpolitik, de petits arrangements entre États ou d'intérêts particuliers?», a demandé la Canadienne.