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11/10/2018 16:40 EDT | Actualisé 11/10/2018 16:40 EDT

Un livre pour enfants et «une réflexion sur ce que veut dire être francophone» pour Biz

«On est à cette époque d'un peuple qui n'a pas conscience de la grandeur de son passé.»

Courtoisie

Ce n'est pas un, mais deux livres, que l'auteur et musicien BIZ offre en cette rentrée littéraire. L'histoire d'un road trip historique baptisée Cadillac, puis le livre pour enfants C'est Flavie réalisé en collaboration avec sa fille Alice, qui en signe les dessins. Deux œuvres creusant des thèmes tout doux, puis d'autres plus intenses, dont une est portée par la conscience historique francophone, et l'autre par la profondeur des relations familiales.

La famille de C'est Flavie

«Ça parle de ma vie», affirme tout de bon Alice, la fille de Biz, lorsqu'on lui demande si les histoires de son livre lui sont réellement arrivées. Cette Flavie qu'elle a dessinée et qui se retrouve en page couverture de son premier bouquin se veut en fait un autoportrait de la jolie brune à lunettes légèrement timide de livrer l'une de ses premières entrevues.

Ce livre imaginé pour les enfants du premier cycle du primaire se veut l'amalgame de dix histoires de famille écrites par papa BIZ et vécues par la véritable famille d'Alice. La même Alice qui avait manifesté, il y a un moment déjà, le désir de voir son père écrire un livre pour enfants et d'y travailler avec lui.

«Alice a fait tous les dessins, explique Biz avec fierté. Elle y a travaillé à l'école, puis presque tout l'été. On a pigé dans des dessins et bricolages qu'elle avait déjà réalisés, puis elle a fait les autres dessins après avoir lu les histoires. Il y a aussi eu quelques commandes plus précises du graphiste. Elle a été impliquée dans le projet depuis le début.»

Courtoisie
Biz en compagnie de sa fille Alice.

Avec C'est Flavie, Biz affirme avoir voulu couvrir tout un spectre de la vie des enfants allant de la peine à la solitude en passant par la peur, la mort, les vacances, la joie et les moments père-fille.

«Ce fut une belle manière de me rapprocher de ma fille et de me plonger dans cette compréhension de l'univers de mon enfant, explique-t-il. Lorsque tu te mets à 4 pattes à la hauteur des enfants, le regard que tu portes sur le monde n'est pas pareil. Une histoire comme Le banc des joueurs (évoquant ce banc imaginé par l'école d'Alice pour les enfants seuls désirant se trouver des amis avec qui jouer à la récréation) par exemple, a vraiment enrichi ma relation avec ma fille.»

Ce papa imparfait qui lance parfois des «mots d'église», ce frère rouquin qui joue au hockey, cette maman, ce papa et cette chatte Rocket ressemblent tous fortement à la famille d'Alice qui avoue avoir un faible pour l'histoire intitulée Un dragon dans la nuit et être bien fière de cette première œuvre.

Le road trip historique de Cadillac

Si les enfants se régaleront des histoires de la famille de Flavie, les jeunes et les adultes seront aussi comblés à la lecture de Cadillac, le nouveau roman de BIZ. «Un livre sur l'histoire d'une famille et le fait d'avoir un enfant qui nous fait nous questionner sur d'où on vient», explique l'auteur, qui a planté son histoire dans la ville morte de Détroit, qu'il a visitée avec des amis l'an dernier et dont il est revenu si inspiré qu'il se sentait «comme un fusil chargé à bloc».

«C'est une ville fascinante, explique-t-il. C'est une ville en ruines, qui a fait faillite et qui est dévastée. Tu as l'impression qu'elle a été bombardée par la pauvreté. Un tiers du territoire est littéralement en friche. Ça a longtemps été l'une des plus belles villes au monde. Avec le déclin de la ville de l'automobile est venu le déclin de la ville.»

«J'avais l'impression de contempler les ruines de ma propre civilisation, de ce qui allait arriver et advenir de l'Occident, poursuit-il. La mémoire francophone de Détroit m'a aussi beaucoup frappé, car c'est une ville qui a été fondée par Antoine Lamothe, qui est parti de Montréal en 1701, en rabaska, avec un convoi de 100 personnes. Il y a à Détroit une présence historique francophone qui m'a beaucoup marqué.»

De ce voyage est né le personnage de Derek, un ancien joueur de hockey à la carrière et aux rêves brisés, vendant désormais des Cadillac. Un homme qui n'a pas fait la paix avec son passé et qui apprend à la fois la mort de son grand-père et la venue de son enfant.

«Quelqu'un de très simple, à la limite du douchebag, avec sa blonde qu'on croirait sortie d'OD, explique Biz. Des gens très simples qui sont malgré tout très beaux et qui vont sans doute être de bons parents.»

Un personnage qui ne possède, a priori, aucune connaissance historique, comme c'est le cas de nombreux Québécois.

HuffPost Québec
Le roman «Cadillac» de Biz

« J'ai inventé un personnage qui retourne sur les lieux de son ancêtre; car Derek Lamothe est le descendant du fondateur de Détroit Antoine Lamothe, ce qu'il apprend à la mort de son grand-père. Son grand-père meurt, sa blonde est enceinte, un Lamothe qui part, un Lamothe qui arrive. Il se questionne alors sur sa famille et sur son histoire, jusqu'à se poser des questions sur la grande histoire francophone en Amérique. S'entame alors un road trip historique dans les Grands Lacs. »

À travers un roman volontairement «écrit très simplement», parlant de la culture populaire - le Motown, Eminem, le hockey, le baseball -, Biz trouvait important de «rendre leur histoire de façon accessible aux Québécois, de creuser cette conscience historique francophone et de pointer le fait que les Québécois ne connaissent pas leur histoire».

«Au début, l'aliénation de Derek est symbolisée par les noms que le couple veut donner à son enfant tel Clayton, le nom de quelqu'un qui ne parle pas français. À la fin, il choisit le nom de son ancêtre, Antoine, un nom francophone, pour poursuivre cette histoire et cette lignée. Il veut aussi qu'il s'appelle Sioui, car ses racines indiennes sont importantes. Il va être un métis et ainsi incarner le rêve de Champlain, dont on parle au début du roman. Cela boucle la boucle.»

«Cadillac est surtout pour moi un prétexte pour intéresser les Québécois, les jeunes en particulier (et surtout ceux qui ne lisent pas, parce que c'est un petit livre qui se lit vite) à la grande histoire», ajoute celui qui explique avoir beaucoup creusé et s'être beaucoup documenté sur place et à son retour de voyage sur l'histoire francophone de Détroit.

«Pour moi, Derek symbolise le peuple québécois au complet, dit-il. On est dans une ère où on nous dit qu'il faut absolument parler anglais, où les jeunes parlent et se présentent en anglais sur les réseaux sociaux, où les francophones discutent entre eux en anglais, ce qui me fascine. On est à cette époque d'un peuple qui n'a pas conscience de la grandeur de son passé. Ce livre est aussi une réflexion sur ce que veut dire être francophone.»

Cadillac et C'est Flavie sont disponibles dès maintenant dans toutes les bonnes librairies.