POLITIQUE
09/10/2018 16:22 EDT | Actualisé 10/10/2018 07:52 EDT

Francophonie: Michaëlle Jean perd l'appui du Québec et du Canada

Ses chances de l'emporter devant la Rwandaise Louise Mushikiwabo sont maintenant quasi nulles.

Photo d'archives.
Bloomberg via Getty Images
Photo d'archives.

Ottawa et Québec ont décidé de larguer Michaëlle Jean. Si les chances de la Canadienne, qui brigue un second mandat aux commandes de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), étaient déjà excessivement minces, elles viennent de passer à quasi nulles.

La table est donc ainsi mise à l'aube de l'ouverture du sommet d'Erevan, en Arménie, vers où se sont envolés le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le premier ministre désigné du Québec, François Legault. Les deux dirigeants décollaient de l'aéroport d'Ottawa tard mardi soir.

Quelques heures auparavant, François Legault signalait qu'il ne se rangerait finalement pas dans le camp de l'ex-gouverneure générale du Canada, qui est engagée dans une lutte l'opposant à Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda, laquelle jouit de l'appui de la France et de l'Union africaine.

Au bureau du premier ministre Trudeau, mardi, on n'a pas explicitement confirmé qu'Ottawa retirait son appui à la Canadienne. C'est l'attaché de presse de la ministre de la Francophonie, Mélanie Joly, qui a officiellement annoncé le désaveu du gouvernement canadien, mardi. Jeremy Ghio a écrit dans un courriel que "le Canada est prêt à se rallier au consensus".

Un porte-parole de Mme Jean s'est étonné de la décision de MM. Trudeau et Legault d'annoncer ainsi leurs couleurs.

"Un consensus suppose un débat qui doit se faire dans les règles, a dit Bertin Leblanc. Le sommet commençant (jeudi) nul doute que cette discussion aura lieu entre les chefs d'État et de gouvernements à huis clos."

Au cours des derniers jours, plusieurs sources gouvernementales fédérales avaient fait savoir que la réélection de Michaëlle Jean, qui a été portée à la tête de l'OIF en 2014 en raison de l'absence d'une candidature africaine consensuelle, serait "difficile" et qu'en Arménie, le Canada se rallierait à un consensus s'il y en avait un.

Sa rivale rwandaise, Louise Mushikiwabo, s'est réjouie du vote de confiance de François Legault. "Le soutien du Québec à la candidature africaine est hautement apprécié; il est l'illustration de la solidarité positive dans l'espace francophone", a-t-elle écrit sur son compte Twitter.

Le sommet de la Francophonie se tient les 11 et 12 octobre à Erevan, la capitale de l'Arménie. Traditionnellement, l'élection au poste de secrétaire général de l'OIF se fait par consensus, et non par vote. Au gouvernement canadien, on craignait que la lutte Jean-Mushikiwabo n'occulte le reste de l'événement.

La Rwandaise ne fait toutefois pas l'unanimité, même en France, où le président Emmanuel Macron a jeté son dévolu sur elle. Quatre ex-ministres français responsables de la Francophonie ont d'ailleurs signé une lettre ouverte intitulée "Louise Mushikiwabo n'a pas sa place à la tête de la Francophonie" en septembre dans le quotidien Le Monde pour afficher leur désapprobation.

Sa candidature fait aussi grincer des dents notamment parce que le pays africain a tourné le dos à la langue de Molière en remplaçant le français par l'anglais dans son cursus d'enseignement en 2010, mais également en raison de son bilan peu reluisant en matière de droits de la personne.

L'OIF compte actuellement 84 États et gouvernements membres, la vaste majorité d'entre eux étant des pays africains. Le Canada aurait d'ailleurs possiblement choisi de larguer sa candidate en partie pour des considérations géopolitiques et stratégiques, alors qu'il tente d'obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, en 2020.