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08/10/2018 06:22 EDT | Actualisé 08/10/2018 06:24 EDT

ONU: Limiter le réchauffement climatique de 0.5°C sauverait des vies

Mais les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU ont peu d'espoir que les humains puissent relever le défi.

maxmihai via Getty Images

WASHINGTON — Limiter le réchauffement climatique d'un demi-degré Celsius pourrait faire la différence entre la vie et la mort pour bon nombre d'humains et d'écosystème dans les prochaines décennies sur cette planète qui se réchauffe très rapidement, a rapporté dimanche le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations unies (GIEC). Mais les scientifiques du GIEC ont peu d'espoir que les humains puissent relever le défi.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, lauréat d'un prix Nobel, a publié un sombre rapport lors d'une réunion à Incheon, en Corée du Sud.

Dans un document de 728 pages, l'Organisation des Nations unies explique comment la météo, la santé et les écosystèmes de la Terre seraient en meilleur état si les dirigeants du monde pouvaient limiter le réchauffement causé par l'homme à 1,5 °C plutôt qu'à 2 °C (depuis l'ère préindustrielle) comme le stipule l'accord de Paris.

Selon le GIEC, si les humains réussissaient ce pari:

- La moitié moins de personnes souffriraient de pénurie d'eau.

- Il y aurait moins de décès et de maladies dues à la chaleur, au smog et aux maladies infectieuses.

- Les mers s'élèveraient d'environ 10 cm de moins.

- Il y aurait deux fois moins de vertébrés et de plantes qui perdraient la majorité de leurs habitats.

- Il y aurait considérablement moins de vagues de chaleur, d'averses et de sécheresses.

- La calotte glaciaire de l'Antarctique occidental ne fonderait peut-être pas de façon irréversible.

- Il serait possible de sauver de la mort la plupart des récifs coralliens du monde.

«Pour certaines personnes, il s'agit sans aucun doute d'une situation de vie ou de mort», a déclaré Natalie Mahowald, scientifique en climatologie à la Cornell University et auteure principale du rapport.

Limiter le réchauffement d'un demi-degré Celsius à partir de maintenant signifierait que le monde pourrait garder «quelque chose qui ressemble» aux écosystèmes que nous avons. L'ajout d'un degré °C (l'objectif de l'accord de Paris), signifie essentiellement une Terre différente et plus hostile pour les hommes et les espèces qui y vivent, a déclaré un autre auteur du rapport, Ove Hoegh-Guldberg, directeur du Global Change Institute de l'Université Queensland en Australie.

Toutefois, pour atteindre l'objectif le plus ambitieux, il faudrait réduire immédiatement et de façon draconienne les émissions de gaz à effet de serre et il faudrait apporter des changements radicaux dans notre consommation d'énergie. Bien que, techniquement, le groupe d'experts de l'ONU ait déclaré que c'était possible, les ajustements nécessaires sont peu probables.

Selon la cible établie par l'accord de Paris en 2015, les pays devraient réduire suffisamment leurs émissions d'ici la fin du siècle pour permettre un réchauffement maximal de 2 degrés Celsius comparativement à l'ère préindustrielle. Mais l'accord prévoit aussi un objectif plus ambitieux d'une diminution de 1,5 degré Celsius. Lors du Sommet de Paris, les pays les plus vulnérables avaient demandé à ce qu'on adopte la cible de 1,5 °C, car selon eux, une augmentation de 2 degrés était l'équivalent de la peine de mort.

Le réchauffement climatique devrait atteindre 1,5 °C entre 2030 et 2052 s'il continue à augmenter au rythme actuel.

La Terre a déjà réchauffé de 1 degré C depuis l'ère préindustrielle, il est donc question d'éviter un demi-degré Celsius à partir de maintenant.

«Il n'y a pas de moyens définitifs de limiter l'augmentation de la température mondiale à un niveau supérieur à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels», indique le rapport sollicité par l'ONU. Plus de 90 scientifiques ont rédigé ce rapport, qui repose sur plus de 6000 références scientifiques révisées par des pairs.

«Le réchauffement climatique devrait atteindre 1,5 °C entre 2030 et 2052 s'il continue à augmenter au rythme actuel», indique le rapport.

Le rapport indique aussi que moins de 2% des 529 scénarios futurs calculés par les scientifiques arrivaient à une augmentation de la température en dessous de l'objectif de 1,5 °C.

Les engagements pris par les pays lors de l'accord de Paris en 2015 sont «clairement insuffisants pour limiter le réchauffement à 1,5%», a déclaré l'un des auteurs de l'étude, Joerj Roeglj de l'Imperial College de Londres.

«Je ne vois tout simplement pas la possibilité de faire le 1,5» et même la cible de 2 degrés semble improbable, a déclaré Gregg Marland, scientifique en environnement de l'Université Appalachian State. Celui-ci ne fait pas partie du groupe d'experts de l'ONU, mais il a surveillé les émissions de Co2 mondiales pendant des décennies pour le ministère de l'Énergie américain. Il a comparé le rapport à un exercice académique lors duquel on se demande ce qui se passerait si une grenouille avait des ailes.

AFP/Getty Images
Des activistes de Greenpeace ont profité de la rencontre de l'ONU pour faire passer leur message.

Pourtant, les auteurs du rapport ont déclaré rester optimistes.

«Nous avons une tâche monumentale devant nous, mais ce n'est pas impossible», a déclaré Natalie Mahowald dimanche. «C'est notre chance de décider à quoi le monde ressemblera.»

Pour limiter l'augmentation de la température mondiale à 1,5 °C, le monde a besoin de changements «rapides et profonds» dans la production énergétique, l'agriculture, la conception urbaine et industrielle, les transports et l'utilisation des bâtiments, a indiqué le rapport. Les niveaux annuels de pollution par le dioxyde de carbone, qui continuent à augmenter actuellement, devront baisser de moitié d'ici environ 2030, puis être proches de zéro d'ici 2050. Les émissions d'autres gaz à effet de serre, tels que le méthane, devront également diminuer. S'éloigner rapidement des combustibles fossiles tels que le charbon, le pétrole et le gaz pourrait être de trois à quatre fois plus coûteux que l'objectif moins ambitieux de limiter l'augmentation à 2 °C, mais cela éliminerait beaucoup d'autres polluants dans l'air. Ce qui aurait l'avantage d'éviter plus de 100 millions de décès prématurés au cours de ce siècle, a indiqué le rapport.

«Les risques pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l'approvisionnement en eau, la sécurité humaine et la croissance économique devraient augmenter avec le réchauffement planétaire», indique le rapport, ajoutant que les plus pauvres de la planète seront davantage touchés.

Michael Oppenheimer, scientifique en climatologie à l'Université de Princeton, a déclaré que les conditions météorologiques extrêmes, en particulier les vagues de chaleur, seraient plus meurtrières si l'objectif de limiter l'augmentation de la température mondiale à 1,5 °C était dépassé.

Atteindre l'objectif le plus ambitieux (1,5 °C) «pourrait permettre à environ 420 millions de personnes en moins d'être fréquemment exposées à des vagues de chaleur extrêmes, et à environ 65 millions de personnes en moins d'être exposées à des vagues de chaleur exceptionnelles», indique le rapport. Les vagues de chaleur mortelles qui ont frappé l'Inde et le Pakistan en 2015 deviendront des événements pratiquement annuels si le monde atteint le moins ambitieux des deux objectifs, a indiqué le rapport.

Les coraux sont également menacés. Le rapport indique que les récifs coralliens d'eau chaude «disparaîtront en grande partie».

L'avenir déterminera si «mes petits-enfants pourront voir de beaux récifs coralliens», a déclaré Michael Oppenheimer de l'Université de Princeton.

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Le département Santé et Science de l'Associated Press reçoit le soutien du Département de l'éducation scientifique du Howard Hughes Medical Institute.

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