POLITIQUE
03/10/2018 13:24 EDT | Actualisé 03/10/2018 15:49 EDT

Clause dérogatoire: Justin Trudeau invite François Legault à la «réflexion»

Le premier ministre désigné François Legault a dit qu'aujourd'hui n'était ni le lieu ni l'endroit pour discuter de cet enjeu.

PC/Adrian Wyld

Il est premier ministre désigné depuis moins de deux jours, mais déjà, François Legault a reçu une première mise en garde du premier ministre Justin Trudeau: invoquer la disposition de dérogation pour priver les citoyens de droits n'est pas quelque chose à prendre "à la légère".

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a clairement évoqué son intention d'avoir recours à cette clause afin d'interdire aux personnes en position d'autorité, comme les juges et les policiers, d'arborer des signes religieux.

"Je crois que la vaste majorité des Québécois aimeraient avoir un cadre prévoyant que les gens en position d'autorité ne doivent pas porter de signes religieux", a argué M. Legault au lendemain de sa retentissante victoire électorale.

"Et si nous devons avoir recours à la disposition de dérogation pour appliquer ce que la majorité des Québécois veut, on le fera", a ajouté le premier ministre désigné du Québec, qui s'exprimait en anglais.

Sans surprise, l'idée a vivement déplu au premier ministre Trudeau, qui n'a pas tardé à y réagir à son arrivée au parlement, mercredi matin.

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"L'utilisation de la clause nonobstant (...) ne devrait être faite qu'en des moments exceptionnels et après beaucoup de réflexion et beaucoup de considérations profondes sur les conséquences", a-t-il exposé lors d'un bref échange avec les journalistes.

"Ce n'est pas quelque chose à faire à la légère, parce que de supprimer, ou d'éviter de défendre les droits fondamentaux des Canadiens, je pense que c'est une chose à laquelle il faut faire très attention", a enchaîné le premier ministre canadien avant de tourner les talons.

Il a pris soin de réitérer sa position sur la question du port des signes religieux: "Comme vous savez très bien, je ne suis pas de l'opinion que l'État devrait dire à une femme ce qu'elle devrait porter, ni ce qu'elle ne devrait pas porter".

Son député montréalais Marc Miller a abondé dans le même sens, et pour étayer son argumentaire, il a déploré les conséquences du recours à l'article 33 de la Constitution sur la communauté anglophone québécoise.

"La clause nonobstant, au Québec, on l'a vécue pendant bien des années. On sait l'importance de cette clause pour préserver la langue française, évidemment dans un contexte où il y a une forte minorité anglophone qui a souffert là-dessus", a-t-il argué.

L'élu a dit vouloir laisser à François Legault "le temps de réfléchir, de penser à son affaire".

La clause de dérogation permet l'adoption de lois qui dérogent à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés.

Du côté de Boucherville, où sont réunis les candidats élus et défaits de la CAQ, on a préféré jouer de prudence.

"Je vais laisser le gouvernement se mettre en place, il y aura des discussions avec le gouvernement fédéral quand ce sera le temps", a offert le député réélu Éric Caire en mêlée de presse.

"Je ne pense pas que ce soit ni le lieu ni l'endroit pour discuter de ça", a-t-il tranché.