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03/10/2018 17:41 EDT | Actualisé 03/10/2018 18:07 EDT

Ce restaurant du Plateau-Mont-Royal devra changer de façade

L'arrondissement a mis son pied à terre: le propriétaire a construit sa devanture illégalement en 2009, et n'a rien fait pour la modifier malgré de nombreux avertissements et contraventions.

Étienne Brière

Le restaurant afghan du Plateau-Mont-Royal Khyber Pass devra dire adieu à sa façade originale, a décidé l'arrondissement.

Sur sa page Facebook, le restaurant indique que «la ville nous exige de la retirer puisque celle-ci n'est pas assez contemporaine et au goût des fonctionnaires de l'arrondissement. Quand une façade qui ne dérange en rien devient un dossier prioritaire pour la ville, c'est très inquiétant!»

Contactée par le HuffPost Québec, la fille du propriétaire, Nadia Ramisch, avoue que son père Faruk Ramisch a construit sa devanture en 2009 sans d'abord obtenir de permis pour le faire. «On a fait faire des plans par un architecte avec la façade en bois et la Ville a émis un avis défavorable, disant que c'était original mais qu'elle n'était pas conforme. On a demandé qu'est-ce qu'on peut changer, qu'est-ce qu'il faut faire pour que ce soit conforme et on n'a jamais eu de réponse», déplore-t-elle.

Faruk Ramisch a payé deux contraventions de l'arrondissement concernant sa façade, mais n'avait pas reçu d'obligation de démolition avant tout récemment. «Ce n'est que dernièrement qu'ils ont décidé qu'elle les dérangeait vraiment et qu'il fallait l'enlever. Il nous ont mis un ultimatum», a expliqué sa fille.

La façade sera démolie d'ici le 30 novembre. «Mon père m'a dit "ils vont venir l'enlever parce que moi je ne l'enlève pas!"», relate-t-elle, soulignant que les fenêtres de l'établissement sont incrustées dans la façade, laissant présager une période pénible pour le restaurant.

Étienne Brière

L'arrondissement dans ses droits

À l'arrondissement, le directeur de cabinet de Luc Ferrandez, Sébastien Parent-Durand, indique que les règles sont «assez strictes» sur la protection du patrimoine, mais qu'il y a toujours place à la nouveauté, lorsque le travail est effectué en amont.

«On n'est pas fermé à faire des projets innovants, plus jazzés, mais il y a une façon de faire. Il faut déposer les plans et on les étudie avec les propriétaires, on les accompagne et on corrige les choses qui ne fonctionnent pas», explique-t-il.

De multiples avis ont été délivrés au propriétaire récalcitrant par l'arrondissement, avant que l'ultimatum ne soit envoyé. «Le comité consultatif d'urbanisme (CCU) a dit non, tel quel, le projet s'intègre mal à la rue. Ça ne veut pas dire que ce n'est pas possible de trouver un compromis. Je pense que c'est là où on se trouve, 10 ans plus tard», évoque M. Parent-Durand.

Mais pour y arriver, M. Faruk devra «prendre leurs responsabilités après avoir fait quelque chose d'illégal, qu'il s'assoit avec un architecte et qu'il dépose un projet au bureau d'arrondissement qui soit un compromis entre ce que lui souhaite apporter comme touche exotique et ce que l'arrondissement exige en matière d'intégration architecturale».

Il s'agit donc de l'automne de la dernière chance.

Historique des principaux événements liés à ce dossier depuis 2009

Printemps 2009 : travaux de façade sans permis

Juin 2009 : L'arrondissement prévient le propriétaire qu'il doit obtenir un permis pour tous travaux de façade, mais celui-ci n'obtempère pas

Été 2009 : Plusieurs avertissements écrits de la part de l'arrondissement¸

16 octobre 2009 : Dépôt d'une demande de permis pour la façade en bois tel quel

28 octobre 2009 : Le comité consultatif d'urbanisme recommande de refuser le projet en vertu du règlement sur les plans d'implantation et d'intégration architecturale (PIIA)

6 avril 2010 : Le conseil d'arrondissement refuse le permis, en accord avec les recommandations du Service d'urbanisme et du CCU

Mai 2010 : Lors d'une rencontre avec le propriétaire, ce dernier affirme vouloir trouver une solution architecturale

Novembre 2010 : N'ayant reçu aucune demande de permis pour corriger le projet, l'Arrondissement émet un premier constat d'infraction

Décembre 2010 : Le dossier est transféré aux affaires juridiques

Novembre 2011 : Le propriétaire est reconnu coupable

Février 2012 : Malgré la condamnation en cour, un inspecteur constate que la façade est toujours en place. Un constat est émis et de nouvelles procédures judiciaires sont entamées

Mai 2017 : Un autre constat d'infraction est émis

14 juin 2017 : Le propriétaire est trouvé coupable une deuxième fois

Source: Arrondissement du Plateau-Mont-Royal