POLITIQUE
01/10/2018 05:43 EDT | Actualisé 01/10/2018 13:53 EDT

Accord États-Unis-Mexique-Canada: le marché du lait écope

Le gouvernement fédéral prévoit indemniser les agriculteurs qui seront touchés.

Le Canada a ouvert une brèche de 3,59% du marché des produits laitiers dans la gestion de l'offre en concluant l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), mais il est parvenu à conserver l'exemption culturelle et le mécanisme de résolution des différends.

«On sait très bien que l'administration américaine visait l'élimination de la gestion de l'offre. Et ce qu'on a fait avec cet accord, a été de protéger la gestion de l'offre pour les générations futures parce que c'est un système qui fonctionne», s'est justifié Justin Trudeau lorsqu'il s'est présenté devant la presse lundi après-midi, au lendemain de l'entente.

Il a dit comprendre «l'anxiété» des producteurs laitiers et leur a promis compensation. «On va travailler avec vous, avec l'industrie laitière au Québec et partout au pays pour s'assurer qu'on est en train de créer des compensations nécessaires et justes pour vous aider à continuer de réussir», a-t-il dit, choisissant de s'adresser directement aux producteurs.

S'il a fait des concessions sur les produits laitiers, Ottawa a conservé l'exemption culturelle, un rempart protégeant le secteur de la culture, et a gardé vivant le chapitre 19, une disposition de règlement des litiges entre gouvernements et entreprises auquel il tenait mordicus.

L'entente de principe ne met pas fin aux tarifs imposés sur les exportations d'acier (25 %) et d'aluminium (10 %) en vertu de l'article 232 sur la sécurité nationale.

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Le président américain a dit que ces tarifs demeureront jusqu'à ce qu'ils soient remplacés par autre chose «comme des quotas, peut-être».

«L'élimination des tarifs demeurent une priorité pour nous et pour le Mexique», a assuré M. Trudeau.

La menace de l'imposition de tarifs sur l'automobile, elle, pèse moins lourd. En vertu du texte de l'accord, Ottawa dispose d'un jeu d'un million de véhicules avant l'imposition de possibles tarifs, et "on ne s'attend pas à ce que le marché explose à ce point-là", a souligné une source gouvernementale canadienne.

Le premier ministre Trudeau s'est entretenu lundi avec Donald Trump avant que les deux hommes ne s'adressent chacun de son côté à la presse.

Le président américain est sorti dans le jardin de la Maison-Blanche pour vanter l'entente.

«C'est une nouvelle historique pour notre nation et même pour le monde entier», a lancé le président dans son style habituel. Il a ensuite salué le premier ministre canadien disant avoir pour lui "le plus grand respect".

À la première question des journalistes, M. Trump a cependant confirmé qu'il y avait eu "une forte tension" entre M. Trudeau et lui. «l y avait beaucoup de tension», a-t-il répété à quelques reprises. "Savez-vous quand ça a fini? Vers minuit hier soir", a-t-il offert, sourire en coin.

Et «oui», les produits laitiers étaient "l'obstacle majeur" à un accord. "Et maintenant, pour nos fermiers, (les marchés) sont beaucoup plus ouverts. Et je sais que (les Canadiens) ne peuvent pas les ouvrir complètement. Ils ont, eux aussi, des fermiers", a-t-il ajouté.

Pour sa part, le président dit que sa "plus grande concession" aura été tout simplement d'accepter de signer un accord de libre-échange avec ses voisins.

M. Trump a dit qu'il signerait l'entente d'ici la fin du mois de novembre. Le texte sera ensuite envoyé au Congrès américain pour son approbation.

«Ça passera facilement (au Congrès)», à son avis, parce que c'est une "entente juste".

Quelques minutes après la conférence de presse à Washington, le premier ministre Trudeau s'est présenté à son tour devant la presse,

à Ottawa, aux côtés de la ministre Freeland.

Un appel avec les premiers ministres provinciaux avait précédé cette rencontre avec les médias.

Invité à commenter les sorties de Philippe Couillard, François Legault et Jean-François Lisée qui ont tous trois dénoncé l'impact de l'accord sur les producteurs laitiers, le premier ministre Trudeau a choisi d'y voir "l'intensité" et la "passion" suscitées par l'élection provinciale de lundi.

Le premier ministre du Canada avait signalé à de nombreuses reprises qu'il maintiendrait le système de gestion de l'offre, sans jamais s'engager à le protéger dans son intégralité. Le président des États-Unis avait exigé son démantèlement à maintes reprises.

Le régime se trouve une nouvelle fois fragilisé par un traité de libre-échange, après l'Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et l'accord entre le Canada et l'Union européenne.

Accord in extremis

Les négociations de l'ALÉNA, rebaptisé l'AEUMC à l'aboutissement du processus, ont connu leur aboutissement à la dernière minute, dimanche soir, soit quelques heures avant la date limite du 1er octobre, fixée par les États-Unis.