POLITIQUE
01/10/2018 20:44 EDT | Actualisé 02/10/2018 11:49 EDT

La Coalition avenir Québec de François Legault formera un gouvernement majoritaire

Le chef de la CAQ met fin à 50 ans d'alternance entre le PQ et le PLQ.

QUÉBEC - La Coalition avenir Québec a fait élire hier 74 députés sur les 125 sièges en jeu. Le chef François Legault dirigera donc un gouvernement majoritaire.

L'aspect historique de la victoire n'a pas échappé à M. Legault. Celui-ci a entamé son discours de victoire en disant que la division traditionnelle entre souverainistes et fédéralistes était chose du passé.

«Aujourd'hui, il y a beaucoup de Québécois qui ont mis de côté un débat qui nous a divisés depuis 50 ans. Aujourd'hui, beaucoup de Québécois ont fait la démonstration que c'est possible de faire travailler ensemble les adversaires d'hier, pour faire avancer le Québec de demain», a-t-il dit.

M. Legault a promis d'être le premier ministre de «tous les Québécois». Il a notamment pris quelques minutes pour promettre aux anglophones qu'il serait aussi leur premier ministre et qu'il ferait avancer le Québec à l'intérieur du Canada.

Coudées franches

M. Legault a mené dans les sondages tout au long de la campagne. Il a toutefois fait mentir la plupart des observateurs, qui prédisaient un gouvernement minoritaire pour la CAQ.

M. Legault aura donc les coudées franches pendant quatre ans pour mener à bien les principales promesses de son parti: maternelle quatre ans, réduction des seuils d'immigration, annulation de la hausse de rémunération des médecins spécialistes, baisse de la taxe scolaire.

PC
Très tôt dans la soirée, François Legault a su qu'il dirigerait un gouvernement majoritaire.

Il devra toutefois expliquer rapidement comment il compte imposer ses «tests d'expulsion» des immigrants. La sélection des immigrants par le Québec est le fruit d'une entente avec le gouvernement fédéral. Tout changement nécessitera l'accord des libéraux de Justin Trudeau.

Un changement profond du paysage politique

M. Legault a ainsi profité de plusieurs changements démographiques et sociologiques, dont nous avons rapporté quelques grandes lignes. Les questions touchant l'identité se complexifient et tendent à laisser de côté les tensions avec le gouvernement fédéral pour se centrer sur l'immigration, un sujet cher à la CAQ.

La question de la souveraineté étant absente de l'élection, les banlieues traditionnellement péquistes de la pointe est de Montréal et des couronnes nord et sud ont quitté le bateau pour rejoindre la CAQ.

Parallèlement, les quartiers centraux de Montréal et Québec ont décidé de se ranger résolument à gauche, dans le camp de Québec solidaire, éliminant d'anciens bastions qui auraient pu assurer une présence plus forte au PQ.

Mais surtout, la CAQ a su incarner le changement souhaité par une majorité de Québécois après 15 années de règne libéral presque ininterrompu. Le thème du changement a été central à la campagne, à défaut d'un sujet majeur qui se serait imposé en cours de route.

«C'est la fin des vieux partis et du combat souverainistes contre fédéralistes. Les Québécois sont passés à autre chose, c'est fondamental», affirme Martin Koskinen, directeur de cabinet de François Legault.

Le député Éric Caire abonde dans le même sens.

«Le jugement des Québécois est sans appel. [...] C'est le chef, c'est l'équipe, c'est des années à incarner le changement jour après jour», dit-il pour expliquer comment la CAQ a réussi à gagner sa troisième joute électorale.

Catherine Côté, politologue et professeure à l'Université de Sherbrooke, émet toutefois des réserves sur l'idée que la souveraineté a été mise de côté.

«En politique, tout peut arriver. [...] Mais c'est clair que ça sera intéressant de voir le PQ face-à-face avec Québec solidaire, aucun des deux n'ayant de statut officiel à l'Assemblée nationale. Ces deux partis vont devoir travailler ensemble s'ils souhaitent faire avancer l'option souverainiste», dit-elle en entrevue au HuffPost Québec.

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Mme Côté estime qu'il est difficile de déterminer si la vague caquiste est le résultat d'une conjoncture politique, ou plutôt d'un changement de fond qui perdurera dans le temps.

Tous les paris remportés

Chose certaine, M. Legault a remporté tous ses paris. Il voulait entrer à Montréal par Pointe-aux-Trembles, il y est avec Chantal Rouleau tout en prenant Bourget au passage. Ce faisant, la CAQ et Québec solidaire sont en voie d'expulser le Parti québécois de l'île de Montréal pour la première fois de l'histoire du parti de René Lévesque.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, l'a félicité pour sa victoire.

M. Legault voulait aussi rafler l'Estrie. Il obtient quatre comtés sur cinq, Sherbrooke allant aux mains de la candidate solidaire Christine Labrie.

Le chef caquiste souhaitait également faire un grand retour dans la région de Québec, qui était majoritairement passée au PLQ en 2014. Encore une fois, il remporte son pari et gagne toutes les circonscriptions sauf trois.

M. Legault prononcera une allocution dans quelques minutes.

Le premier ministre ontarien Doug Ford, de son côté, a indiqué avoir discuté avec le nouveau premier ministre du Québec. Il a souligné vouloir continuer de renforcer la relation historique entre les deux provinces.

Vers des élections proportionnelles?

Les élections de 2018 pourraient être les dernières menées selon la méthode traditionnelle de vote uninominal à un tour. La CAQ a signé une entente avec le PQ et QS pour instaurer l'élection proportionnelle mixte compensatoire.

Cette méthode ne changerait rien à l'acte de vote comme tel, mais ajouterait un certain nombre de députés sans circonscription afin que l'Assemblée nationale soit plus représentative des voix exprimées.

Éric Caire, député caquiste de La Peltrie, affirme que la CAQ respectera sa parole.

«C'est un engagement qu'on a pris. Le Parti québécois est d'accord, Québec solidaire est d'accord. Il y a une majorité écrasante de députés à l'Assemblée nationale qui sont d'accord avec ça, il n'y a aucune raison pour laquelle on n'irait pas de l'avant avec ça», dit-il.

Ce ne serait toutefois pas la première fois qu'un parti revient sur une telle promesse. Le Parti québécois promet des élections proportionnelles depuis René Lévesque.

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CORRECTION: Dans une précédente version, nous indiquions que le candidat libéral Luc Fortin avait remporté la circonscription de Sherbrooke. C'est plutôt la candidate solidaire Christine Labrie qui l'a emporté.