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30/09/2018 22:19 EDT | Actualisé 30/09/2018 22:25 EDT

«Tout le monde en parle»: Fabien Cloutier se désole de l'absence de projet de société au Québec

«On ne peut pas être la moitié à frapper sur l’autre, puis penser qu’avec ça on va grandir et devenir quelque chose de mieux.»

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Fabien Cloutier le 30 septembre 2018, sur le plateau de «Tout le monde en parle».

Fabien Cloutier était de passage sur le plateau de Tout le monde en parle, ce dimanche 30 septembre, pour discuter de ses multiples projets, mais aussi de l'absence de projet commun au Québec en cette période électorale.

L'artiste aux mille et un talents ne chôme pas ces jours-ci, lui qui signe les textes et la mise en scène de la pièce Bonne retraite, Jocelyne, dont la série Léo sera diffusée dès novembre sur Club Illico, et qui animera le documentaire Mononcle, qui essaie de dresser un portrait beaucoup plus positif de ce membre de notre famille que nous avons tendance à associer aux pires défauts.

Une chose qui revient souvent dans les projets de Fabien Cloutier, c'est ce désir de parler de nos rapports à l'autre et d'aller à contre-courant des représentations artistique et médiatique du Québec, qui, pour lui, tournent trop souvent autour de la réalité des habitants des grandes métropoles.

On ne peut pas être la moitié à frapper sur l'autre, puis penser qu'avec ça on va grandir et devenir quelque chose de mieux.Fabien Cloutier

Guy A. Lepage a d'ailleurs questionné son invité, bien connu pour ses prises de position souvent très médiatisées, sur l'absence de projet collectif au Québec, lui demandant si le fait que nous n'ayons pas actuellement de grand projet commun au Québec est dû au fait que nous sommes trop individualistes, ou si nous sommes justement devenus individualistes parce que nous n'avons pas de projet de société.

«L'un nourrit l'autre, a lancé d'emblée le principal intéressé. C'est peut-être ce qui a de plus désolant, je trouve, dans cette campagne [...] Avoir une personne sur quatre, c'est rendu assez pour qu'on puisse dire: ''Je gagne''.»

Je trouve ça désolant la façon dont on se parle. On demande aux politiciens de mener des campagnes propres et d'essayer de parler d'avenir et d'avoir des projets. Tu regardes les réseaux sociaux, le militantisme se fait violemment, mais comment peut-on se dire progressiste quand on va aussi loin dans les attaques envers l'autre? Alors qu'on fait aussi peu attention aux mots? Ce sont aussi des causes de cette absence de projet.»

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Fabien Cloutier le 30 septembre 2018, sur le plateau de «Tout le monde en parle».

Inévitablement questionné sur la controverse entourant le retrait des spectacles SLĀV et Kanata de Robert Lepage l'été dernier, Fabien Cloutier s'est dit favorable au dialogue, tout en insistant énormément sur la façon de mener celui-ci.

«J'ai l'impression qu'il y a eu le début d'un dialogue, ce serait bien qu'il se poursuive, a-t-il déclaré. Il faut être attentif aux revendications. Encore là, je trouve que le choix des mots est très important des deux côtés.

Robert Lepage a peut-être fait un truc qui a déplu à des gens, mais Robert Lepage n'est pas raciste. Ces mots-là sont sortis. Et une fois que ces mots-là sortent, ça devient un peu plus difficile de prendre du recul.

Je continue de penser que le créateur doit avoir une liberté. Fabien Cloutier

C'est une nouvelle ère, et c'est très bien, mais soyons prudents [...] En même temps, on ne veut pas faire mal à ceux qu'on veut représenter [...] J'espère que ça n'aura pas fait germer chez certains créateurs une peur de parler de l'autre.»

Cloutier a ensuite expliqué sa propre décision de se tourner vers des comédiens québécois de race blanche pour le casting de la pièce Bonne retraite, Jocelyne, mentionnant ici une simple vision artistique.

«Est-ce que j'aurais pu avoir des gens de la diversité à travers tout ça? Probablement. Pourquoi je ne l'ai pas fait? Ce n'est pas ça qui m'est venu. Et je ne l'ai pas fait en me disant que ça ne se pouvait pas ou que c'était certain que je n'en trouverais pas. Il n'y a rien de tout ça.»

Bonne retraite, Jocelyne sera présentée en octobre au Théâtre La Licorne, à Montréal, puis au Théâtre Le Trident, à Québec, à partir du mois de janvier.

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