POLITIQUE
30/09/2018 10:30 EDT | Actualisé 30/09/2018 10:38 EDT

Carnet de fin de campagne : le sprint final de Philippe Couillard

Le chef libéral promet de se battre jusqu'à la «dernière minute de la dernière heure de la campagne».

Patrick Lauzon
Philippe Couillard en compagnie de la candidate et ex-ministre Dominique Vien au Domaine Bel-Chas.

Le HuffPost Québec passe la dernière semaine de la campagne dans les autobus des partis politiques. Dernier récit d'une série de quatre.

L'agenda public du chef du Parti libéral du Québec (PLQ) faisait trois pages ce jour-là.

Le ventre rempli d'un déjeuner aux œufs brouillés, patates et «bines» dans la circonscription de Portneuf, Philippe Couillard, son épouse, les employés libéraux et journalistes sont débarqués au local électoral de Louis-Hébert à Québec – «là où tout a commencé».

Les caquistes aiment bien rappeler que le «vent du changement» a d'abord soufflé dans cette circonscription l'an dernier – où ils ont fait élire la députée Geneviève Guilbault dans ce bastion libéral auparavant détenu par Sam Hamad.

Les libéraux ont répliqué en présentant Julie-Maude Perron – une jeune avocate à l'Autorité des marchés financiers et une jeune maman.

Son local électoral grouillait d'ailleurs de parents avec des jeunes enfants – une scène qui contraste avec plusieurs autres rassemblements politiques où les têtes blanches sont la norme.

Patrick Lauzon

Dans ce dernier droit de la campagne, Philippe Couillard visite le plus de circonscriptions possible en peu de temps afin de remercier les bénévoles et fouetter les troupes locales afin qu'ils fassent «sortir le vote» jusqu'à la fermeture des bureaux de scrutin.

Après de nombreux arrêts dans les locaux de circonscription, Philippe Couillard prend l'avion pour aller aux Îles-de-la-Madeleine. Dimanche, il va en Gaspésie, avant de terminer à Saint-Félicien, dans sa circonscription.

«Je vais me battre jusqu'à la dernière minute! La dernière minute de la dernière heure de la campagne!» s'exclame le chef libéral, alors que des tout-petits babillent ou se roulent par terre au fond de la salle, désintéressés par ce que les adultes racontent à l'avant.

D'autres carnets de fin de campagne à lire:

» Le pouvoir d'attraction de Québec solidaire

» «Il faut travailler à mort», dit François Gendron aux péquistes

» François Legault, Jell-O et vino

Alors que son parti bat de l'aile auprès des francophones, Philippe Couillard se présente comme le «premier ministre des régions» et doute du vernis nationaliste de son adversaire caquiste François Legault.

Pourquoi jouer la carte du nationalisme à deux jours du vote? «Il n'est jamais trop tard pour en parler! se défend le premier ministre sortant. Moi, je dis aux gens, c'est : n'écoutez pas les mots, regardez les actions.»

Il critique entre autres le fait que la Coalition avenir Québec (CAQ) ne présente à peu près aucun engagement concret en culture et défende «mollement» la gestion de l'offre à son avis.

Mais en toute franchise, mis à part quelques commentaires à récolter sur le plus récent sondage, les journalistes ont vidé leur réserve de questions. Il est temps de retourner dans l'autobus pour un autre arrêt.

Mais avant, l'équipe du chef se place devant l'autobus libéral pour une photo de groupe. Ils tenteront même une pose de boys band, devant l'hilarité générale.

Catherine Levesque
Voilà une scène qu'on ne s'attendait pas à voir.

Direction le Domaine Bel-Chas, dans la circonscription de... Bellechasse en Chaudière-Appalaches. La députée sortante, Dominique Vien, en est à sa sixième élection et elle est diablement de bonne humeur.

Elle invite ses concitoyens à s'approcher pour un autre petit discours : «Ne faites pas comme à la messe, ne restez pas en arrière! On a de la grande visite!»

«C'est une élection assez spéciale, c'est assez serré. On est vraiment très collés les uns aux autres, du moins deux d'entre nous», lance Philippe Couillard, réticent à commenter les sondages une heure auparavant.

«On va-tu magasiner?» lâche-t-il lorsqu'il a fini. Dominique Vien vante les vins et les produits du terroir vendues sur place. Mais contrairement à la CAQ, le jour d'avant, il n'y a pas de dégustation prévue. (Il n'était pas encore midi, mais il est toujours 17h en quelque part, dit-on.)

Fasciné par la machine qui écrase les raisins pour en extraire du jus, Philippe Couillard semble envisager une nouvelle passion. «Il faut que vous m'expliquiez ça, je pourrais m'en partir un (vignoble) au Lac-Saint-Jean...»

Patrick Lauzon
Après une carrière de neurochirurgien et une carrière en politique, Philippe Couillard tentera-t-il sa chance dans l'industrie du vin?

Qui sait ce qui pourrait arriver après le 1er octobre!

En chemin vers le Bas-Saint-Laurent, les autobus font un arrêt impromptu au local électoral de Simon Laboissonnière, un ex-attaché de presse qui tente de succéder au député Norbert Morin dans la circonscription de Côte-du-Sud.

L'aspirant député semble carburer aux mots de l'ex-premier ministre Lucien Bouchard («Travaillez!»).

«Nous, les libéraux, on travaille. On est travaillants. Si vous n'êtes pas allés voter, c'est important d'aller voter. Ceux qui sont allés, encouragez les autres personnes à aller voter. Faites sortir les libéraux!»

Rendu à ce moment-ci de la journée – et de la campagne – Philippe Couillard se sent d'humeur hilare. «Je veux commencer par rendre hommage à nos aînés... Hein, Norbert?» Les gens dans la salle, dont plusieurs personnes d'un certain âge, justement, pouffent de rire.

Il parle des engagements locaux du candidat, qui inclut entre autres de développer le service d'endoscopie à l'hôpital de Montmagny.

Mais qu'est-ce qu'une endoscopie, docteur? «Vous savez, ceux qui ont eu ça... je ne veux pas rentrer dans les détails. Disons que c'est une affaire avec une lumière qui va regarder à l'intérieur du corps», répond Philippe Couillard. «On va laisser ça de même!»

Le chef énumère ensuite les engagements pour les aînés : soins dentaires, stationnement à bas coût pour l'hôpital, incitatifs à rester sur le marché du travail...

«Écoute bien, là, Norbert!»

Patrick Lauzon
Le chef libéral a été (brièvement) accueilli comme une «rock star».

À Saint-Antonin, à quelques kilomètres de Rivière-du-Loup, une salle communautaire bondée de têtes blanches et grises crie «Philippe! Philippe! Philippe!» sur fond d'une musique techno qui revient périodiquement dans la campagne.

Le candidat et ministre sortant, Jean D'Amour, salue les gens des 43 municipalités qui se sont déplacés pour écouter le chef et manger des beignes Tim Hortons.

«J'aime tellement les campagnes électorales! Est-ce qu'on ne pourrait pas ajouter une semaine?» demande Jean D'Amour?

«NON», crie spontanément la foule.

On ne pourrait pas être plus d'accord.

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