POLITIQUE
30/09/2018 13:14 EDT | Actualisé 30/09/2018 19:21 EDT

ALÉNA : la menace de concessions dans l’industrie laitière plane au-dessus des élections québécoises

Justin Trudeau pourrait annoncer la conclusion d'une entente dimanche soir ou lundi matin.

De nouveaux détails entourant la négociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) inquiètent le chef libéral Philippe Couillard, qui appelle au rassemblement pour protéger la gestion de l'offre au Québec.

Les Américains seraient prêts à préserver le chapitre 19 de l'ALÉNA, soit le mécanisme de résolution de différends auquel tenait mordicus le Canada, en échange de concessions majeures dans l'industrie du lait, selon des sources du Globe and Mail.

Même s'il dit ne pas avoir obtenu de communications directes au sujet de cette menace, M. Couillard a tonné en marge d'un rassemblement au Saguenay qu'il «n'aime pas» ce qu'il a lu dans cet article.

«Je veux juste vous répéter que je vais soutenir jusqu'au bout, au-delà même d'une entente qui serait signée, nos producteurs laitiers, notre industrie et nos fermes familiales», a-t-il dit.

«On ne sait pas trop comment tout ça va se terminer, [mais] je demande à tous les agriculteurs du Québec de se rallier à moi et au Parti libéral du Québec pour défendre leurs intérêts et protéger la gestion de l'offre pour les prochaines années et les prochaines générations.»

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a dit que ces possibles concessions dans l'industrie laitière démontrent que «le Québec va être sacrifié pour protéger l'Ontario», plus particulièrement l'industrie automobile.

M. Lisée blâme ses adversaires M. Couillard et François Legault de la CAQ, et invite les électeurs à voter pour le PQ afin d'envoyer un «signal clair» que cet accord ne sera jamais ratifié par l'Assemblée nationale.

Legault veut s'élever au-dessus de la «partisannerie»

De l'avis de M. Legault, ce n'est «pas le temps de faire de la partisannerie» sur cette question. «Il y a quatre partis à l'Assemblée nationale qui sont unanimes, et c'est le temps d'être unis derrière la gestion de l'offre. Il ne faut pas faire de compromis, il faut être très clair», a-t-il dit.

M. Legault a été pressé de questions sur les mesures qu'il prendrait à titre de premier ministre, s'il est élu lundi, pour s'opposer à un accord de libre-échange qui ferait des compromis sur la gestion de l'offre. Il n'a pas offert de précisions.

Le Canada s'apprêterait à laisser entrer davantage de produits laitiers américains au Canada que ce qui était prévu par le Partenariat transpacifique par le passé, selon des sources du Globe and Mail. Cette manœuvre fragiliserait encore plus le système de gestion de l'offre au pays.

Ottawa aurait également fait des concessions sur la nouvelle classe 7 du lait, qui classe les types de produits laitiers et détermine les prix du lait écrémé, du lait diafiltré et de concentrés protéiques.

Toujours selon le quotidien torontois, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, pourraient tenir une conférence de presse pour annoncer la conclusion d'une entente dimanche soir ou lundi matin, soit le jour de l'élection au Québec.

Legault mieux informé que Couillard?

Le chef de la CAQ avait déclaré, plus tôt en journée, que son équipe de transition avait discuté avec le bureau du premier ministre Trudeau et qu'une entente serait conclue dans les prochaines heures.

M. Couillard, lui, dit que M. Bachand est en «contact continu» avec l'équipe de négociateurs canadiens, mais qu'il est «difficile de savoir ce qui filtre de là». Il dit qu'il aura l'occasion de parler à M. Trudeau et de lui donner «directement» son point de vue sur la question.

«M. Legault n'est pas mieux informé que moi. Come on», a répliqué M. Couillard, lorsqu'il a été questionné par les journalistes.

Le chef libéral a ajouté qu'il voulait protéger le modèle québécois de fermes familiales et qu'il n'était pas question de faire des concessions. «On ne laissera rien passer», dit-il, tout en restant ouvert aux avenues juridiques pour possiblement «bloquer» l'entente.

-- Avec des informations d'Olivier Robichaud, à Montréal.