POLITIQUE
29/09/2018 08:16 EDT | Actualisé 29/09/2018 09:00 EDT

Carnet de fin de campagne: François Legault, Jell-O et vino

La Coalition avenir Québec tente de solidifier ses appuis à quelques jours du scrutin.

Catherine Levesque
François Legault rigole avec Charles-Henri de Coussergues, directeur général et cofondateur de l'Orpailleur.

Le HuffPost Québec passe la dernière semaine de la campagne dans les autobus des partis politiques. Troisième récit d'une série de quatre.

Aussitôt arrivés à la Plaza Centre-ville, où le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) François Legault devait prononcer un discours, les journalistes reçoivent une convocation à un point de presse du Parti libéral du Québec... moins de 20 minutes plus tard.

Le candidat dans LaFontaine, Marc Tanguay, souhaite réagir aux propos tenus ce matin-là par M. Legault à l'émission de Paul Arcand. Le chef de la CAQ disait que ce serait au fédéral de payer pour les sans-papiers que son parti aurait lui-même créés s'il prenait le pouvoir.

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À 11h30, les journalistes étaient donc installés à l'extérieur de la bâtisse, en bordure du boulevard Robert-Bourassa, en attente du point de presse impromptu. «S'il n'est pas là dans cinq minutes, on s'en va», ont convenu les collègues.

À 11h34, Marc Tanguay est finalement apparu. Le regard droit vers les caméras, le candidat a critiqué la plus récente sortie de M. Legault sur son plan en immigration, en prenant bien soin d'y insérer le mot «brouillon» à quelques reprises et en répétant que la CAQ n'est pas fiable.

Bref, les lignes habituelles des libéraux depuis le début de la campagne.

Catherine Levesque
Marc Tanguay dit avoir voulu agir de son propre gré pour dénoncer François Legault, mais dit qu'il parle au nom du PLQ.

Le candidat sort un autre lapin de son chapeau: un article du Washington Post, qui parle du «test de valeurs» de la CAQ. «Ça, c'est excessivement dommageable pour le Québec. Ça, c'est une mauvaise publicité!»

Après avoir nié être en mission commandée pour les libéraux et après avoir refusé de demander à Ottawa d'intervenir, Marc Tanguay est disparu aussi rapidement qu'il est arrivé.

Candidats, gens d'affaires et lobbyistes bourdonnaient au dîner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). François Legault était le dernier chef à prononcer un discours économique à l'invitation de la CCMM.

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM, l'a présenté, en prenant bien soin de préciser qu'il s'agissait d'une tribune somme toute «facile» pour l'homme d'affaires, mais qu'il lui poserait une ou deux questions «intéressantes» lors de leur période d'échanges, après le discours.

Le but de François Legault était clair et limpide: mettre de l'avant son équipe, tant dans le domaine de l'éducation, des finances publiques, de l'entrepreneuriat que de la santé.

Catherine Levesque
François Legault était accompagné de bon nombre de ses candidats - la liste est trop longue pour tous les inscrire ici.

L'entourage de François Legault l'admet: le but, dans les derniers jours de la campagne, est de «faire prendre le Jell-O» - soit de solidifier les appuis de la CAQ afin de tenter de former un gouvernement majoritaire.

Au lieu de jouer défensif, comme c'était le cas une partie de la campagne, la CAQ a décidé de passer à l'offensive.

L'équipe a changé l'itinéraire en cette dernière semaine afin que François Legault se rende dans certaines régions plus éloignées – Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Bas-Saint-Laurent, Côte-Nord.

Certains candidats-vedettes – comme Ian Lafrenière, Sonia LeBel, Geneviève Guilbault ou Christian Dubé – ont également prêté main forte à leurs collègues dans ces régions dans le dernier droit de la campagne.

Il y a également une certaine fébrilité dans l'air – la campagne s'éternise et on souhaite enfin avoir l'heure juste. Le gouvernement sera-t-il libéral, caquiste? Minoritaire, majoritaire?

«J'ai très hâte à lundi. Ça, je ne peux pas vous le cacher. J'ai très, très hâte qu'on puisse voir quel mandat les gens vont nous donner», a admis d'emblée l'ex-député Christian Dubé, qui a décidé de se présenter dans La Prairie après le départ de Stéphane Le Bouyonnec.

L'ancien premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec s'apprêtait à passer le reste de l'après-midi dans un IGA à serrer la pince à des électeurs.

Ce dont François Legault n'a pas parlé pendant son discours devant la CCMM, c'est de son plan en immigration. Heureusement, il y avait une mêlée de presse pour ramener le sujet sur la table et le faire réagir sur son plan pour les sans-papiers qu'il pourrait créer.

«C'est une situation un peu spéciale, là. Donc, on est un peu, peut-être... il faudrait voir ce que le fédéral ferait...»François Legault, sur l'immigration

Il finit par dire qu'il faudrait en discuter avec Ottawa.

Catherine Levesque
On vous laisse deviner où nous sommes allés après le discours à la CCMM.

Depuis que sa campagne a failli dérailler en raison de ses gaffes sur l'immigration, l'équipe du chef évite les conférences de presse formelles, où les journalistes peuvent poser deux questions chacun en bonne et due forme, et préfère les mêlées de presse d'une dizaine de minutes (maximum), où les journalistes doivent parfois crier leurs questions à tue-tête.

Que pense-t-il de l'article du Washington Post à son sujet? François Legault blâme la «campagne de peur de M. Couillard». A-t-il lu l'article? Non. Ses conseillers lui en ont fait un résumé.

Les autobus de la CAQ prennent ensuite le chemin de l'autoroute 10. On croise l'autobus psychédélique du Parti québécois qui revient à Montréal.

«Youhouuuuuuuuu!» crient les journalistes, comme si l'on pouvait les entendre au loin.

Le prochain arrêt plaira à plusieurs: le vignoble de l'Orpailleur, dans la circonscription de Brome-Missisquoi. François Legault discute avec Charles-Henri de Coussergues, directeur général du lieu.

L'ex-olympienne devenue candidate, Isabelle Charest, sourit à pleines dents à leurs côtés. Elle compare la campagne électorale actuelle à ce qu'elle a vécu comme chef de mission pour l'équipe olympique canadienne aux Jeux de Pyeongchang.

«Là, on est dans les dernières énergies. On travaille jusqu'à la fin et on attend les résultats!» dit celle qui tente de succéder au libéral Pierre Paradis, réélu sans interruption depuis 1980.

À côté, une dame âgée venue de Venise-en-Québec aborde François Legault: «Je suis fière de vous!» dit-elle. Une autre lance: «Vous représentez le plus mes valeurs!»

Catherine Levesque
Échange de bons procédés entre Isabelle Charest et le DG de la place. Non, ce n'est pas un «pot-de-vin».

Désireux de démontrer ses connaissances des Cantons-de-l'Est, François Legault parle de ses plus récentes lectures.

«Heille, savez-vous, je suis en train de lire Louise Penny. Puis, ça se passe ici. Ça donne le goût de venir rester ici! Les arts, la bonne bouffe, un petit verre de vin...»

Parlant de vin, on se dirige vers une table à pique-nique avec quelques bouteilles de blanc, plusieurs verres et des raisins fraîchement cueillis du vignoble. (Vérification faite: ils étaient délicieux.)

En cette fin de campagne, un moment de détente est le bienvenu. Les militants, employés du parti et médias délaissent le travail un instant et admirent les alentours, prennent des photos du lieu, relaxent au soleil.

Alors que François Legault entame son verre de vino, il invite les autres à se joindre à lui.

«On va en donner aux journalistes, surtout, pour qu'ils posent moins de questions... sur l'immigration!»

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