POLITIQUE
27/09/2018 05:49 EDT | Actualisé 28/09/2018 12:30 EDT

Carnet de fin de campagne : «Il faut travailler à mort», dit François Gendron aux péquistes

L'Abitibi-Témiscamingue est une région convoitée dans ce dernier droit.

Le doyen de l'Assemblée nationale prend sa retraite après 42 ans de loyaux services. Il termine sa carrière politique en donnant un coup de main à son potentiel successeur dans la circonscription.
Catherine Levesque
Le doyen de l'Assemblée nationale prend sa retraite après 42 ans de loyaux services. Il termine sa carrière politique en donnant un coup de main à son potentiel successeur dans la circonscription.

Le HuffPost Québec passe la dernière semaine de la campagne dans les autobus des partis politiques. Deuxième récit d'une série de quatre.

La journée avait commencé de bonne heure.

Une poignée de journalistes et d'employés du Parti québécois (PQ) étaient entassés au Café de la Gare, à Mont-Laurier, pour l'annonce matinale du chef Jean-François Lisée et son candidat dans Labelle, Sylvain Pagé, sur la réforme des institutions démocratiques.

Mais comme c'est l'habitude des journalistes – au grand dam de certains politiciens – les questions portaient plutôt sur le sondage Ipsos-La Presse publié ce matin-là. Avec la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec au coude-à-coude, le PQ semble condamné à finir en troisième place.

Dans ce dernier droit de la campagne électorale, les traits sont tirés, les mèches plus courtes et les sourires plus rares. Le temps gris n'aide certainement pas. Mais M. Lisée connaît la réalité médiatique, comme nul autre, et ses lignes de presse sont donc déjà prêtes lorsque le journaliste de La Presse s'avance au micro pour récolter ses commentaires.

«Ce que votre sondage montre ce matin, c'est que le Parti libéral pourrait rester au pouvoir et c'est ce qu'il faut éviter à tout prix, répond M. Lisée. Qui est le parti qui est capable de rassembler les gens qui sont progressistes, qui sont environnementalistes, d'un côté, et les gens qui sont pour l'entreprise, le libre-marché, les régions, le nationalisme économique, le français, de l'autre côté? Eh bien, c'est le Parti québécois.»

Catherine Levesque
Jean-François Lisée parle à un homme lors d'un bain de foule à Sainte-Agathe-des-Monts.

Le chef s'entête à dire que l'élection du 1er octobre sera une «boîte à surprises» et se refuse à toute spéculation si un gouvernement minoritaire est élu, malgré les nombreuses questions en ce sens. «Il n'y a pas de coalition possible», finit par balancer M. Lisée.

Après une heure à se renvoyer le ballon, péquistes et journalistes se dépêchent de regagner leurs autobus pour profiter du wi-fi avant de traverser le parc de la Vérendrye.

Mais avant, M. Lisée – comme pour prouver que son «smoothie» fait toujours effet – bondit derrière le comptoir du café et lance quelques blagues.

Trois partis ont fait un détour en Abitibi-Témiscamingue cette semaine pour appuyer leurs candidats et fouetter leurs troupes. La CAQ était à Val-d'Or et à Amos lundi, puis, Québec solidaire était à Rouyn-Noranda mardi. Le PQ a fait un blitz à Val-d'Or, Amos et Rouyn-Noranda mardi et mercredi.

C'est que les trois circonscriptions pourraient réserver des surprises dans la région, avec le départ du doyen de l'Assemblée nationale, François Gendron, qui a servi comme député d'Abitibi-Ouest pour le Parti québécois depuis l'époque de René Lévesque.

Dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue, les péquistes et solidaires tentent de défaire le ministre responsable de la région, Luc Blanchette, qui pourrait perdre son siège. L'ex-député péquiste Gilles Chapadeau se démène pour se faire réélire, alors que QS mise gros sur la conseillère municipale Émilise Lessard-Therrien.

Fait cocasse – les deux partis allaient tenir des rassemblements ce soir-là à quelques mètres l'un de l'autre à Rouyn-Noranda.

Catherine Levesque
L'autobus psychédélique du PQ, toujours prêt au combat.

Pour l'instant, l'autobus s'arrête à la Microbrasserie Le Prospecteur à Val d'Or où une trentaine de personnes attendent M. Lisée. En raison du retard du point de presse matinal, la majorité des convives ont déjà fini de manger et sont rendus au dessert et café. Ils devront attendre encore un peu, puisqu'il y a une autre mêlée de presse, avec les journalistes locaux cette fois-ci.

Direction Amos pour un troisième point de presse. Les journalistes s'entassent sous une bâche de plastique – sous la pluie ruisselante – alors que M. Lisée dénonce les délais interminables pour l'ouverture de la prison régionale, qui devait accueillir des détenus dès le mois d'août.

Les questions portent plutôt sur... Québec solidaire.

«Avez-vous perdu la bataille du cœur?» finit par demander l'une des collègues. Pas du tout, répond le chef du PQ, qui voit son parti comme la «jonction du cœur et de la raison», celui qui réussirait à concilier les aspirations environnementales de QS et le respect des contribuables de la CAQ.

François Gendron, qui est à ses côtés, se fait questionner sur les chances du PQ dans la région. S'il n'est pas aveugle à la popularité certaine des solidaires auprès des jeunes partout au Québec, le député sortant est certain que le PQ réussira à tirer son épingle du jeu.

Le doyen de l'Assemblée nationale en profitera par contre pour décocher quelques flèches au ministre libéral Luc Blanchette, qui serait introuvable la plupart du temps.

M. Blanchette n'était pas «caché» bien loin : on l'a retrouvé devant l'aréna de hockey, pour la joute entre les Huskies de Rouyn-Noranda et les Foreurs de Val-d'Or. MM. Lisée et Gendron serrent des mains.

Catherine Levesque
Surprise! Le libéral Luc Blanchette était bel et bien présent à l'aréna du coin pour serrer des mains, lui aussi.

Sharleen Sullivan, une anglophone de Rouyn-Noranda, s'approche de M. Lisée. Elle a été impressionnée par sa performance au débat en anglais et les propositions de la plateforme du PQ, mais est farouchement contre la souveraineté du Québec.

- Où est ma place chez vous?

- Il s'agit de votre place si vous êtes en faveur d'un bon gouvernement vert et progressiste. C'est nous! Puis, en 2022, il y aura une autre élection. Alors pensez-y!

Mme Sullivan sourit, mais elle ne votera pas pour le PQ. Celle qui se considère Canadienne avant tout ne peut tout simplement pas appuyer un parti qui prône l'indépendance, même dans un deuxième mandat, dit-elle.

Au Théâtre Paramount, à Rouyn-Noranda, une centaine de convives écoutent religieusement François Gendron, qui tirera sa révérence sous peu.

«Moi, je dis : il faut sortir, parler, convaincre parce qu'il y a beaucoup d'indécis. Les quatre, cinq derniers jours, il faut travailler comme jamais. Il faut travailler à mort», insiste le député sortant.

«On a une bonne chance d'avoir une délégation forte de l'Abitibi-Témiscamingue, mais il n'y a rien d'acquis. Et ce n'est pas grave de dire cette réalité-là», ajoute-t-il, alors que QS remplissait la brasserie Le Trèfle Noir deux coins de rue plus loin.

Catherine Levesque
François Gendron a couvert son chef d'éloges, disant que sa famille politique l'avait choisi pour mener son parti aux prochaines élections.

Lorsque Jean-François Lisée prend la parole, la salle est chauffée à bloc. Le chef, moqueur, utilise une expression d'une autre époque pour appeler à battre Luc Blanchette - «Éloignez-moi de ce câlice!» - et dit qu'il veut lui donner plus de temps pour assister à des joutes de hockey... en l'envoyant à la retraite.

Il s'attaque à l'éléphant (orange) dans la pièce, celui qui risque de lui bouffer des appuis le 1er octobre.

«Oui, avec Véronique Hivon, on a tendu la main à Québec solidaire, dit-il. On a pris le risque de dire que, pour le bien commun, pour ne pas laisser passer les libéraux et la CAQ, malgré la méfiance, malgré les divergences, on devrait essayer de ne pas se diviser.»

«Moi, je suis content qu'on ait essayé parce que ça fait partie de notre nature, au Parti québécois, de rassembler», continue le chef.

Puis, il adopte un ton plus solennel.

«Le danger est réel. Imaginez la gueule de bois qu'on aurait tous [le] mardi [2 octobre au] matin si on se retrouvait avec un gouvernement libéral parce qu'on s'est divisé.»

Au terme d'un discours de 30 minutes, il aura au moins consolidé sa famille politique. L'un des quelques jeunes dans la salle finit par lâcher : «J'avais des doutes sur Jean-François Lisée, mais il m'a convaincu».

Carnet de fin de campagne : «Il faut travailler à mort», dit François Gendron aux

Galerie photo La campagne électorale en images Voyez les images