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23/09/2018 14:09 EDT | Actualisé 23/09/2018 14:09 EDT

Un canton suisse vote pour l'«interdiction de la burqa»

Le Conseil central islamique suisse a qualifié dimanche cette mesure d'«islamophobe».

Stephane Victor via Getty Images

Les deux tiers environ des habitants du canton suisse de Saint-Gall ont voté dimanche en faveur d'une "interdiction de la burqa" dans l'espace public de leur région, une règlementation déjà en vigueur depuis juillet 2016 dans le Tessin voisin.

Tous les électeurs de la Confédération helvétique seront amenés à se prononcer sur cette question, probablement l'an prochain, au niveau national.

L'ensemble du corps électoral suisse qui votait par ailleurs le même jour sur des questions d'agriculture et d'environnement, a rejeté une interdiction définitive des OGM, actuellement objet d'un moratoire.

Dans le canton de Saint-Gall (nord-est), près de 67% des électeurs, selon des résultats officiels, ont donné leur aval au texte sur la burqa déjà adopté par le parlement régional avec le soutien de la droite populiste et du centre, mais dont les Verts et la Jeunesse socialiste avaient bloqué l'application en prenant l'initiative de ce référendum. Le taux de participation était de 36%.

Désormais, "toute personne qui se rend non reconnaissable en dissimulant son visage dans l'espace public et met ainsi en danger la sécurité publique ou la paix sociale et religieuse sera punie d'une amende".

Le Conseil central islamique suisse a qualifié dimanche cette mesure d'"islamophobe".

Trois autres cantons -- Zurich, Soleure et Glaris -- ont refusé ces dernières années d'adopter une telle interdiction.

Au Tessin, ce sont surtout les supporters de football qui ont fait les frais de l'interdiction de se dissimuler le visage, les femmes en burqa sanctionnées se comptant sur les doigts d'une main, selon des chiffres officiels cités par l'agence ATS.

Il n'existe pas de loi qui règle la question sur l'ensemble du territoire suisse, le gouvernement considérant qu'elle est du ressort des cantons.

Les Suisses se prononceront pourtant sur le sujet à l'occasion d'un référendum national, vraisemblablement en 2019, car un groupe de citoyens a réussi à collecter dans le délai imparti les 100.000 signatures nécessaires à l'organisation d'un vote populaire.

Le vélo dans la Constitution

L'ensemble des électeurs du pays a par ailleurs rejeté dimanche deux initiatives populaires issues des milieux écologistes et agricoles exigeant une restructuration de la production agricole.

Selon les résultats officiels, 68% des votants ont rejeté l'initiative "pour la souveraineté alimentaire", qui prévoyait la transformation du moratoire sur les OGM en interdiction définitive. Institué après un référendum en 2005, et déjà prolongé trois fois par le Parlement, il court jusqu'en 2021.

Le texte visait aussi à imposer les normes sociales et écologiques applicables en Suisse aux produits importés, sous peine d'interdiction ou de droits de douane.

L'autre initiative, "pour des aliments équitables", a également été rejetée, à 61%, selon les estimations de gfs.bern.

Les deux initiatives agricoles, auxquelles s'opposait le gouvernement fédéral, ont emporté l'adhésion de quatre cantons francophones, notamment Genève, tandis que la partie alémanique a voté massivement contre, selon ces projections.

Pendant la campagne, le sujet des OGM "n'a pas été abordé. Les faux arguments sur des hausses de prix massives, sur un manque de choix et sur une volonté d'isoler la Suisse sont ceux qui portent préjudice à notre initiative", avait déclaré à l'AFP Michelle Zufferey, une responsable chez Uniterre, le syndicat agricole à l'origine de l'initiative.

Le gouvernement avait pour sa part agité auprès des consommateurs le risque d'inflation. "Si nous relevons les exigences, cela ne peut que conduire à une augmentation des prix. Et pour l'instant, hélas, tout le monde ne peut pas forcément s'offrir du bio", a fait valoir le président suisse Alain Berset, dans Le Temps.

Les électeurs suisses ont en revanche à une large majorité (74% selon les résultats officiels) soutenu une proposition d'ajouter dans la Constitution un article donnant aux autorités fédérales plus de pouvoir pour développer un réseau de pistes cyclables dans le pays.

L'ensemble des 26 cantons a voté en faveur de cette mesure, qui offre plus de latitude aux autorités fédérales pour promouvoir la pratique du vélo, sans toutefois avoir de caractère contraignant, et les cantons devraient rester les principaux responsables en la matière.

La participation aux scrutins nationaux n'a mobilisé que 37% des inscrits.