DIVERTISSEMENT
21/09/2018 22:09 EDT | Actualisé 21/09/2018 22:21 EDT

Avec «Fahrenheit 11/9», Michael Moore rallie ses troupes contre Donald Trump

«L’Amérique que je voulais sauver est l’Amérique que nous n’avons jamais eue...»

«How the f*ck did this happen?»

C'est sur cette question essentielle - et on ne peut plus claire - que débute la nouvelle offensive de Michael Moore, Fahrenheit 11/9.

Cette question, il la pose après avoir survolé la soirée électorale du 8 novembre 2016, alors que le clan d'Hillary Clinton et la très vaste majorité des médias américains prenaient la victoire de la candidate démocrate pour acquise, et ce, bien avant que n'ouvrent les bureaux de vote plusieurs heures auparavant.

Une introduction que Moore termine en illustrant - une fois de plus - la stupeur des démocrates face à un revirement de situation que personne n'avait osé imaginer.

Dog Eat Dog Films

Moore poursuit ensuite en étalant des faits que nous connaissons déjà, des nouvelles qui ont fait abondamment les manchettes, et des scandales dont Trump a jusqu'à maintenant su se sortir indemne.

L'objectif n'est pas tant ici de confronter le spectateur incrédule, mais de le secouer en lui faisant réaliser que l'élection de Donald Trump fut symptomatique de problèmes beaucoup plus profonds auxquels ce dernier n'est pas forcément lié.

Moore ne se gêne pas pour effectuer les inévitables comparaisons entre les pratiques de l'administration Trump et celles du régime hitlérien. Mais encore là, il parvient à éviter la facilité et renforcer son propos en visant Trump par la bande, et en parlant avant tout de l'égarement de la société américaine.

Fahrenheit 11/9 marque d'ailleurs un profond changement dans la façon dont le documentariste traite sa matière. Ce dernier n'a évidemment rien perdu de son humour cinglant, et de son fort penchant pour le mélodrame, mais on le sent beaucoup plus vulnérable.

À force de vouloir exposer tout ce qui ne tourne pas rond dans le système américain, nous ne semblons jamais bien loin ici de la goutte qui fera déborder le vase de Michael Moore.

Dog Eat Dog Films

C'est probablement pour cette raison qu'une grande partie du film est consacrée, notamment, au militantisme des étudiants ayant décidé de créer un vaste mouvement contre les armes à feu suite à la fusillade de Parkland, survenue en février dernier.

Il en va de même pour les employés du système d'éducation de la Virginie-Occidentale qui se sont tenus debout et n'ont jamais reculé pour obtenir ce qui leur était dû.

Même son de cloche pour ces jeunes démocrates, bien déterminés à disposer de la vieille garde du parti.

Moore ne mâche d'ailleurs pas ses mots envers les démocrates et Barack Obama, qu'il identifie clairement comme l'une - sinon LA - cause principale de l'amertume ayant mené à l'élection de Trump.

Car pour Moore, Trump n'a pu être élu que parce que la majorité des Américains ont cessé de croire que leur voix et leur vote avaient de la valeur.

L'Amérique que je voulais sauver est l'Amérique que nous n'avons jamais eue.Michael Moore

Tout au long de ce nouvel opus, nous sentons bien l'impression d'impuissance et la désillusion qui habitent Michael Moore, bien au fait de la profonde division qui isole les habitants de son pays, et du climat qui empêche actuellement toutes formes de dialogues constructifs et de discussions civilisées.

Par l'entremise d'un montage entremêlant situations révoltantes, images insensées, mais aussi passages à l'action et prises de position, Moore laisse transparaître cette guerre qu'il livre à l'intérieur de lui-même. Guerre qu'il cherche par tous les moyens à déclencher chez ses concitoyens. Pour que ces derniers refusent l'indifférence et reprennent conscience de leur réel pouvoir. Pour qu'ils fassent la différence là où leurs «héros» n'ont pu que les décevoir.

Comme il l'indique rapidement en début de parcours, Moore croit fermement en la vision du monde, l'ouverture d'esprit et la compassion qui définissent la majorité des Américains.

C'est pourquoi le cinéaste ne cherche pas à faire la morale à qui que ce soit avec Fahrenheit 11/9, mais plutôt à rafraîchir la mémoire d'une société que l'actuel chaos socio-politique a rendu amnésique, lui rappeler les acquis et les valeurs qu'elle a toujours défendus, et pour lesquelles elle est souvent entrée en guerre.

À quelques semaines des élections de mi-mandat, Moore ne se contente plus que de prêcher aux convertis. Le moment est venu de rallier les troupes.

Fahrenheit 11/9 prend l'affiche au Québec le 21 septembre 2018.

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