DIVERTISSEMENT
20/09/2018 10:23 EDT | Actualisé 20/09/2018 11:35 EDT

«La disparition des lucioles»: aussi drôle et sensible que cinglant

Le nouveau film de Sébastien Pilote n'a pas volé son prix du meilleur long métrage canadien au dernier TIFF...

Les Films Séville

Avec La disparition des lucioles, Sébastien Pilote témoigne de nouveau de la réalité socio-économique et du quotidien des habitants des petites municipalités du Québec ayant connu des jours meilleurs.

Mais contrairement aux précédents Le vendeur et Le démantèlement, le réalisateur québécois délaisse le point de vue d'hommes ayant assisté - impuissants - à la chute de l'activité économique de leur région pour privilégier celui d'une adolescente ne sachant pas toujours quoi penser du présent, et surtout quoi espérer de l'avenir.

Nous sommes invités à suivre le quotidien peu excitant de Léonie (Karelle Tremblay, excellente) durant le dernier mois de ses études secondaires. Entre son beau-père (François Papineau), un animateur de radio poubelle qu'elle exècre, son père (Luc Picard), un ancien leader syndical forcé de travailler dans le Nord-du-Québec qu'elle idolâtre, et un professeur de guitare sans ambition (Pierre-Luc Brillant), l'adolescente oscille, en quête de repères, et à la recherche de modèles.

Sacré meilleur long métrage canadien lors du dernier Festival international du film de Toronto, les attentes étaient évidemment élevées envers ce troisième long métrage. La bonne nouvelle, c'est que Sébastien Pilote n'a rien perdu de son flair visuel et de son instinct d'auteur. Le Québécois illustre le quotidien, le banal, l'invisible en mettant toujours le doigt sur ce petit détail qui rend soudainement ces moments plus tangibles, plus beaux, entre le tristement dramatique et le secrètement magnifique.

Le personnage de Léonie transforme toutefois complètement la dynamique narrative à laquelle Pilote nous a habitués avec ses précédents longs métrages. Ce dernier remplit les silences d'autrefois par le je-m'en-foutisme et la forte personnalité de sa jeune protagoniste, laquelle nourrit le film de dialogues cinglants contrastant, évidemment, avec la personnalité et le rythme de vie des personnes qu'elle croise et côtoie.

Il est d'ailleurs difficile d'éviter les comparaisons entre le film de Pilote et le récent Lady Bird de Greta Gerwig, et même le culte Ghost World de Terry Zwigoff - dont le présent récit reprend la relation entre une adolescente et un amateur de musique asocial, de même que l'inévitable finale.

À travers ce récit d'émancipation, Pilote dresse aussi un certain portrait d'une génération que l'on accuse souvent de ne s'intéresser à rien, mais de vouloir donner son opinion sur tout.

Une idée qui se colle bien à son désir de prendre le pouls, une fois de plus, d'un endroit qu'il qualifie autant d'ouverture sur le monde que de cul-de-sac, où le marasme et les vieilles habitudes sont bercés quotidiennement par les propos populistes de la radio locale.

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Au milieu de cet immobilisme, Léonie tentera bien de se libérer de son propre cynisme en prenant à coeur son emploi d'été au terrain de balle, en se consacrant à la guitare, et en prenant soin de son père lors de son retour en ville.

Réaliste, Sébastien Pilote explique toutefois que même les meilleures intentions ne tiennent souvent plus qu'à un fil, qu'une seule erreur. Une seule révélation peut chambouler un univers et entraîner des dommages collatéraux.

La disparition des lucioles est évidemment un film sur les (durs) apprentissages de la vie, sur ce fameux avenir que tous voudraient voir l'adolescente contempler, sur la formation du caractère et la relation que nous choisissons d'entretenir avec les lieux et les gens qui nous entourent.

L'une des plus belles réussites de La disparition des lucioles, c'est qu'il permet justement à son personnage principal de se tromper, de réagir impulsivement à certaines situations, et ce, sans chercher à lui faire immédiatement la morale ou à lui faire subir aussitôt les conséquences de ses actes.

De toute façon, autant de leçons ne pourraient être contenues à l'intérieur d'un film de 90 minutes. Chose que Pilote illustre avec autant d'humour que de sensibilité, confrontant son personnage à un moment charnière de son existence, mais en lui laissant la liberté d'assumer ses gestes et ses décisions, et de demeurer fidèle à elle-même.

La disparition des lucioles prend l'affiche au Québec, le vendredi 21 septembre.