POLITIQUE
17/09/2018 22:51 EDT | Actualisé 18/09/2018 00:07 EDT

Débat sur l'immigration avec QS: l’immigration compatible avec le nationalisme

«Cette idée que les nouveaux arrivants ne peuvent pas adhérer à une vision d'auto-détermination de la société québécoise, c'est très réducteur.» - Manon Massé

Vincent Geloso, Manon Massé et Diane Guilbault
Victoria Vidal
Vincent Geloso, Manon Massé et Diane Guilbault

L'immigration est au cœur de la campagne électorale 2018. Plus que jamais, le débat public se concentre sur la place de l'immigration dans la société québécoise.

Dans la perspective d'un débat éclairé, le HuffPost Québec vous propose une série inédite de podcasts autour des programmes d'immigration des principaux partis politiques qui s'expriment face à la société civile. Des personnalités issues du monde associatif, économique et universitaire ont ainsi interrogé les candidats sur leur plateforme électorale en matière d'immigration.

Trois partis politiques ont répondu à notre appel, la CAQ, le PQ et QS, le PLQ ayant décliné notre invitation à participer au débat.

Pour Québec solidaire, la co-porte-parole Manon Massé répond ici à nos questions.

Alors que les mouvements nationalistes ailleurs sur la planète sont globalement réfractaires à l'ouverture des frontières aux immigrants, ce n'est pas le cas de Québec solidaire (QS). Ce parti indépendantiste prône l'accueil des populations migrantes et soutient leur pleine intégration dans la société québécoise.

Interrogée sur cette singularité de son parti - dans le cadre du débat organisé par le HuffPost Québec sur l'immigration - Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire assure que l'immigration est totalement compatible avec le nationalisme. Et elle ajoute: «cette idée que les nouveaux arrivants ne peuvent pas adhérer à une vision d'auto-détermination de la société québécoise, c'est très réducteur». Prenant l'exemple de son collègue et député sortant Amir Khadir, immigrant de première génération, Mme Massé souligne qu'il porte la cause souverainiste «avec son cœur». Elle souhaite que tous les Québécois, immigrants inclus, s'unissent pour «réécrire ensemble la constitution d'un Québec libre».

Le rassemblement de toutes les composantes de la population autour de valeurs et de projets collectifs, constituerait ainsi un «tronc commun québécois» impulsé par une politique d'immigration basée sur l'interculturalisme.

«Il y a plusieurs lignes de fracture avec le Parti québécois»

Pour la co-porte-parole de Québec solidaire, plusieurs lignes de fracture la séparent de l'autre parti nationaliste, le Parti québécois (PQ). Notamment, la position du PQ sur la Charte des valeurs qui tranche avec «le compromis qu'on a réussi à trouver au Québec à travers Bouchard-Taylor», dit-elle. Les membres de QS souhaitent d'autre part «que la société québécoise s'exprime à travers un interculturalisme où l'État est définitivement laïque, mais les individus ont le droit de choisir leur appartenance religieuse», insiste Mme Massé.

Le débat se poursuit avec deux personnalités issues de la société civile :

Diane Guilbault, présidente du groupe Pour les droits des femmes du Québec (PDF du Québec), une organisation qui revendique l'égalité entre femmes et hommes et qui défend un État laïque au Québec.

Vincent Geloso, économiste et chercheur à l'Institut d'études économiques de Montréal. Un laboratoire d'idées axé sur les politiques publiques et inscrit dans le courant du libéralisme économique.

Écoutez le débat en entier en podcast:

Autres podcasts: Notre débat avec la CAQ / Notre débat avec le PQ

1re partie: Manon Massé face à Diane Guilbault

Deux féministes, deux visions des droits des femmes immigrantes

L'une et l'autre ont consacré toute leur carrière à militer pour les droits des femmes, qu'elles soient natives ou immigrées. Mais leurs visions divergent sur la conception même de la liberté et des droits des femmes dans une société qui se veut laïque.

Le principal point d'achoppement réside dans le port du voile islamique.

D'un côté, Manon Massé revendique le droit de chaque femme à disposer librement de son corps et à s'habiller comme bon lui semble.

De l'autre côté, Diane Guilbault estime que le voile est un symbole d'oppression et de soumission des femmes, qui bafoue le principe d'égalité entre les hommes et les femmes, l'une des valeurs fondamentales de la société québécoise.

Mme Torrès ne contredit pas les valeurs de Québec solidaire, elle est une femme libre.Manon Massé

Après avoir salué le grand nombre de femmes candidates investies par QS (53%), la présidente de PDF du Québec interpelle Mme Massé sur le cas d'une candidate qui: «porte un signe religieux qui est donc à la fois une négation de la neutralité (ndlr: de l'État) et aussi un signe que seules les femmes portent, donc une négation de l'égalité entre les hommes et les femmes». Il s'agit en fait de la candidate voilée Eve Torrès qui représentera Québec solidaire aux prochaines élections dans Mont-Royal-Outremont.

«Mme Torrès ne contredit pas les valeurs de Québec solidaire, elle est une femme libre», rétorque Manon Massé. «Moi, comme féministe, je me suis battue toute ma vie pour que les femmes puissent faire ce qu'elles veulent de leur corps, pour qu'elles puissent porter ce qu'elles veulent. Mme Torrès est l'illustration de ça», fait-elle valoir.

2e partie: Manon Massé face à Vincent Geloso

Un désaccord sur le rôle de l'Etat dans la gestion de l'immigration

L'économiste libéral, Vincent Geloso, relève l'absence de mesures dans la plateforme de Québec solidaire pour «désengager l'Etat» de la gestion de l'immigration. Selon lui, l'interventionnisme étatique défavoriserait la bonne intégration des immigrants en leur mettant «des bâtons dans les roues». Ils devraient plutôt jouir d'une liberté individuelle totale, dit-il, pour une plus grande flexibilité sur le marché du travail et une meilleure capacité entrepreneuriale.

«Je ne partage pas votre opinion», réplique, sans surprise, la candidate progressiste qui conteste toute forme de déréglementation.

«S'il y a une place où l'Etat a du pouvoir, c'est dans la fonction publique», poursuit Mme Massé. Comment se fait-il, demande-t-elle, que les programmes d'accès à l'égalité n'aient pas permis une juste représentation des «minorités visibles» dans le secteur public? Les immigrés ne représentent que 9% de l'effectif public alors qu'ils constituent 13% de la population québécoise. D'où la mesure de QS d'appliquer un taux d'embauche strict de 25% dans le secteur public. «Faisons de l'Etat un Etat exemplaire», clame-t-elle.

Manon Massé réfute également la notion de flexibilité sur le marché du travail. «On ne veut pas que les immigrants nous choisissent parce que c'est du cheap labor. Ce qu'on souhaite c'est d'améliorer les conditions de travail, par exemple un salaire minimum de 15$ par heure», affirme-t-elle. Une mesure économique majeure, selon Mme Massé, qui aurait l'avantage d'augmenter le pouvoir d'achat des immigrants et de favoriser leur contribution à l'essor économique du Québec.

Voici les mesures phares de la politique d'immigration de Québec solidaire

  • Appliquer la Charte de la langue française aux entreprises de 20 employées ou plus. Viser dans un second temps les entreprises de 10 employées ou plus;
  • Imposer des quotas contraignants dans la fonction publique : appliquer un taux d'embauche strict de 25% (3750 personnes) de personnes issues des minorités visibles et ethniques, à tout le secteur public d'ici 2024;
  • Régionalisation de l'immigration : inciter les immigrants à s'installer en région plutôt qu'à Montréal, en créant des Carrefours d'accueil en immigration répartis sur tout le territoire québécois;
  • Accélérer la reconnaissance des diplômes et des acquis étrangers et investir 8 M$ supplémentaires dans le programme de reconnaissance des diplômes et d'accès aux ordres professionnels.

IMMIGRATION: L'HEURE JUSTE
» Immigration et emploi au Québec : un parcours du combattant
» La discrimination, obstacle sournois à l'embauche
» L'immigration au Québec: le coût en questions
» Au-delà de l'équation économique


Voir aussi: