POLITIQUE
17/09/2018 22:52 EDT | Actualisé 19/09/2018 12:57 EDT

Débat sur l'immigration avec le Parti québécois: mesures coercitives et mea culpa

«On veut vraiment que les immigrants puissent avoir des histoires de réussites au Québec.» - Catherine Fournier

Victoria Vidal

L'immigration est au cœur de la campagne électorale 2018. Plus que jamais, le débat public se concentre sur la place de l'immigration dans la société québécoise.

Dans la perspective d'un débat éclairé, le HuffPost Québec vous propose une série inédite de podcasts autour des programmes d'immigration des principaux partis politiques qui s'expriment face à la société civile. Des personnalités issues du monde associatif, économique et universitaire ont ainsi interrogé les candidats sur leur plateforme électorale en matière d'immigration.

Trois partis politiques ont répondu à notre appel, la CAQ, le PQ et QS, le PLQ ayant décliné notre invitation à participer au débat.

Pour le Parti québécois, Catherine Fournier répond ici à nos questions.

Catherine Fournier démarre sa carrière politique très jeune en ralliant d'abord le Bloc québécois. En 2015, elle rejoint le Parti québécois à titre d'attachée politique au cabinet de Pierre Karl Péladeau, chef de l'opposition à l'époque. En 2016, elle est élue députée de Marie-Victorin.

Porte-parole du Parti québécois en matière d'immigration, Mme Fournier est interrogée par deux invités issus de la société civile : Yves-Thomas Dorval, président directeur général du Conseil du patronat du Québec (CPQ) et Stephan Reichhold, directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Voici les quelques sujets qui ont été débattus avec la porte-parole du PQ : la régionalisation de l'immigration visant à attirer 25% des nouveaux arrivants dans les régions; les seuils d'immigration; les mesures coercitives imposées aux entreprises dans la lutte contre la discrimination à l'embauche et l'exigence de la première expérience canadienne de travail; l'accueil des migrants et des réfugiés ; la conclusion d'ententes avec la Tunisie, le Maroc et l'Algérie pour une reconnaissance réciproque des compétences professionnelles et les cimetières musulmans.

Écoutez le débat en entier en podcast:

Autres podcasts: Notre débat avec la CAQ / Notre débat avec QS

1re partie: Catherine Fournier face à Yves-Thomas Dorval

«En regardant votre plateforme, j'ai eu une grande satisfaction et une grande peur»

Le président du CPQ résume en une formule son avis sur le programme d'immigration du PQ. Il se dit très satisfait des mesures incitatives proposées par le parti, comme par exemple, accompagner les employeurs ou mieux informer les candidats à l'immigration sur la reconnaissance de leurs diplômes et acquis, bien avant leur arrivée au Québec. «C'est formidable», s'exclame-t-il.

Par contre, les mesures législatives et réglementaires ne lui conviennent pas du tout. Elles «sont passées date», souligne-t-il. Elles pouvaient être justifiées à une époque «où il y avait un surplus de main-d'œuvre et qu'il y avait une certaine sélection de la part des employeurs, voire une discrimination». Mais le marché du travail a évolué. M. Dorval estime que les entreprises souffrent actuellement d'une grave pénurie de main-d'œuvre, et qu'elles n'auraient donc plus intérêt à discriminer les travailleurs immigrants. Par conséquent, «ces mesures coercitives» envisagées par le PQ, n'auraient plus lieu d'être.

Parmi les dispositifs contraignants du PQ à l'endroit des employeurs figurent: la mise en place d'un régime d'inspection et d'amendes significatives sanctionnant la discrimination à l'embauche; la proscription de la pratique de nombreux employeurs réclamant la connaissance de l'anglais pour des tâches où cela n'est pas indiqué; et l'interdiction de la condition de première expérience canadienne de travail, qui est un réel obstacle à l'embauche pour les Québécois d'adoption.

La porte-parole du PQ considère que ces mesures sont nécessaires pour lever les obstacles à l'embauche sur le chemin des travailleurs immigrés. «Nous avons préparé le projet de loi 998, que nous sommes prêts à adopter dès notre arrivée au gouvernement», annonce-t-elle. Ce projet de loi comprend une vingtaine de mesures visant à lutter contre la discrimination à l'embauche et à faciliter l'accès à l'emploi des immigrés.

Yves-Thomas Dorval soulève ensuite la question du français dans les entreprises, en confirmant l'engagement des employeurs à faire du français la langue de travail. «Cependant, on est en concurrence mondiale quant à l'immigration», avertit-il. «On a déjà de la misère à atteindre nos cibles actuellement», alors exiger que les immigrants maîtrisent le français pour obtenir leur droit d'entrée, «c'est se priver de talents» dans un contexte de concurrence internationale, poursuit-il.

«Ce ne sont pas les francophones qui manquent dans le monde», rétorque Catherine Fournier, il y a 274 millions de francophones dans le monde qui représentent un bon bassin de main-d'œuvre dans lequel le Québec pourrait se servir.

2e partie: Catherine Fournier face à Stephan Reichhold

«Il n'est jamais trop tard pour réparer ses erreurs»

Le directeur de la TCRI fait part de sa préoccupation quant à l'absence de mesures dans le programme du PQ, pour ce qui concerne les réfugiés. «Est-ce un oubli ou c'est voulu?», demande-t-il, en rappelant à la candidate PQ que le Québec est parmi «les quatre à cinq États au monde à avoir ses propres programmes de réinstallation des réfugiés», ce qui est assez unique.

Le PQ compte-t-il poursuivre ce programme humanitaire? La porte-parole confirme que ce programme sera reconduit par le PQ, si jamais il accédait au pouvoir. Les allocations pour apprendre le français et les budgets consacrés aux services en faveur des demandeurs d'asile seront augmentés.

Mme Fournier annonce également que certains services dédiés aux réfugiés, qui avaient été coupés dans les années 90, seront rétablis. Notamment les centres de la petite enfance (CPE) qui accueilleront les enfants de réfugiés. «Il y a une espèce de double discours, où l'on demande aux demandeurs d'asile de se trouver un emploi, mais d'un autre côté, on leur dit, vous n'avez pas le droit d'avoir accès aux garderies subventionnées», souligne-t-elle. Stephan Reichhold lui rappelle alors que c'est le Parti québécois qui avait coupé ces services en 1996. «Il n'est jamais trop tard pour réparer ses erreurs», lance la candidate en riant.

Pour ce qui est de la clôture que Jean-François Lisée voulait ériger à la frontière sud sur le chemin Roxham - pour empêcher les migrants d'entrer illégalement au Québec - le PQ ne l'évoque plus. Mme Fournier considère que pour régler cette question, il faudrait abolir l'entente sur les pays tiers sûrs, pour permettre aux migrants d'entrer légalement au Canada par les postes frontaliers.

Voici les principales mesures de la plateforme d'immigration du Parti Québécois

  • Faire en sorte que 25 % des nouveaux arrivants s'installent en région dans un premier mandat, en créant des Carrefours d'accueil en immigration répartis sur tout le territoire québécois ;
  • S'assurer que les candidats disposent, avant d'arriver, d'une connaissance suffisante du français pour s'intégrer immédiatement dans leur emploi et leur société d'accueil ;
  • Bien vérifier, au point d'entrée, que les candidats adhèrent aux valeurs et aux lois québécoises, puis renforcer cette connaissance par la suite ;
  • Reprendre les négociations avec la Tunisie, le Maroc et l'Algérie pour des ententes de reconnaissance réciproque des compétences professionnelles ;
  • Ne compter que sur les outils actuellement disponibles pour le gouvernement du Québec, donc ne rien proposer qui suppose l'accord d'Ottawa afin de garantir le succès de cette nouvelle politique.

IMMIGRATION: L'HEURE JUSTE
» Immigration et emploi au Québec : un parcours du combattant
» La discrimination, obstacle sournois à l'embauche
» L'immigration au Québec: le coût en questions
» Au-delà de l'équation économique

Voir aussi: