POLITIQUE
17/09/2018 22:52 EDT | Actualisé 18/09/2018 00:06 EDT

Débat sur l'immigration avec la Coalition avenir Québec: la grille de sélection et le test de valeurs sur la sellette

Nous, ce qu'on souhaite faire à la CAQ, c'est aller chercher les meilleurs talents.» - Simon Jolin-Barrette

Rachad Antonius, Simon Jolin-Barrette et Martine Hébert
Victoria Vidal
Rachad Antonius, Simon Jolin-Barrette et Martine Hébert

L'immigration est au cœur de la campagne électorale 2018. Plus que jamais, le débat public se concentre sur la place de l'immigration dans la société québécoise.

Dans la perspective d'un débat éclairé, le HuffPost Québec vous propose une série inédite de podcasts autour des programmes d'immigration des principaux partis politiques qui s'expriment face à la société civile. Des personnalités issues du monde associatif, économique et universitaire ont ainsi interrogé les candidats sur leur plateforme électorale en matière d'immigration.

Trois partis politiques ont répondu à notre appel, la CAQ, le PQ et QS, le PLQ ayant décliné notre invitation à participer au débat.

Pour la Coalition avenir Québec, Simon Jolin-Barrette répond ici à nos questions.

Après avoir exercé le métier d'avocat en droit public, M. Jolin-Barrette se lance en politique en 2011 lors de la création de la CAQ. Il devient député de Borduas en 2014.

Auteur d'une première mouture du programme d'immigration de la CAQ, publiée en 2015, le jeune candidat nous explique les mesures proposées par son parti et répond aux questions de nos deux invités issus de la société civile : Martine Hébert, vice-présidente et porte-parole nationale de la Fédération Canadienne des entreprises indépendantes (FCEI) et Rachad Antonius, professeur de sociologie à l'UQAM et membre du Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté.

M. Jolin-Barrette est interrogé sur les principales propositions de son parti : la baisse du seuil d'admission à 40 000 immigrants par an; les tests de valeurs et de français; le processus de sélection des candidats à l'immigration; la francisation; et les moyens financiers que la CAQ compte déployer pour mettre en œuvre son programme d'immigration.

Écoutez le débat en entier en podcast:

Autres podcasts: Notre débat avec le PQ / Notre débat avec QS

1re partie: Simon Jolin-Barrette face à Martine Hébert

Le nombre de points accordés à la connaissance du français sera revu à la baisse

Pour la présidente de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI), les partis politiques devraient se focaliser davantage sur le processus de sélection des immigrants que de se lancer dans une bataille de chiffres sur leur nombre.

Martine Hébert interpelle le candidat caquiste, Simon Jolin-Barrette, sur le système de pointage associé à la grille de sélection des candidats à l'immigration. L'octroi d'un nombre de points trop élevés aux diplômes et à la connaissance du français, aurait pour effet de générer une inadéquation critique entre le profil des immigrants sélectionnés et les besoins réels du marché du travail québécois. «Une étude du Cirano démontrait que 44% des immigrants en emploi au Québec sont surqualifiés», souligne-t-elle.

Ce qui voudrait dire, selon Mme Hébert, que le Québec privilégie d'une part les immigrants francophones qui sont souvent plus scolarisés que les autres, et d'autre part ceux qui sont hautement diplômés et qualifiés alors que les employeurs québécois ont besoin d'une main-d'œuvre beaucoup moins qualifiée, de niveau manœuvre ou technique.

Dans le système de pointage actuel, «c'est vrai qu'il y a un pourcentage très élevé en matière de francisation», reproche Simon Jolin-Barrette. «Nous, ce qu'on souhaite faire à la CAQ, c'est aller chercher les meilleurs talents» en lien avec le marché du travail, peu importe leur provenance dans le monde, peu importe leur connaissance du français.

C'est important de parler français, mais on ne doit pas se priver des meilleurs talents en fonction des besoins du marché du travail.Simon Jolin-Barrette

La présidente de la FCEI lui demande alors si «la CAQ s'engageait à réviser la grille de sélection», notamment le nombre de points accordés à certains critères comme la connaissance du français, «en faveur d'un pointage moins élevé», mais qui permettrait d'accueillir des travailleurs qui répondent davantage aux besoins du marché.

«Oui, en fait c'est ce qu'on a toujours dit», répond M. Jolin-Barrette, précisant l'importance de l'arrimage entre les immigrants et les entreprises. «C'est important de parler français, mais on ne doit pas se priver des meilleurs talents en fonction des besoins du marché du travail», poursuit-il. Il s'empresse de préciser toutefois que la CAQ déploiera toutes les ressources nécessaires pour assurer la francisation des nouveaux arrivants après leur arrivée au Québec.

Cet engagement du candidat de réduire le nombre de points alloués au français est de prime abord contradictoire avec les déclarations de son chef de parti, François Legault. Au micro de 98.5 FM, ce dernier a déploré le fait que «l'année passée, 58% des nouveaux arrivants ne parlaient pas français», craignant que «nos petits-enfants ne parlent plus français».

2e partie: Simon Jolin-Barrette face à Rachad Antonius

Le sociologue invite la CAQ à privilégier le respect des lois québécoises plutôt que celui des valeurs

«On se centre trop sur les besoins de la société d'accueil et pas assez sur ceux de la population immigrante», déplore d'emblée Rachad Antonius. Les politiques doivent fournir les moyens nécessaires aux immigrants pour les aider à surmonter «les obstacles institutionnels et ceux du marché», auxquels ils sont très souvent confrontés.

Le sociologue reproche à la CAQ de «précariser la situation des immigrants» avec les tests de français et de valeurs que le parti de François Legault veut imposer aux nouveaux arrivants, trois ans après leur arrivée au Québec. Ceux qui ne passent pas ces examens seront passibles d'expulsion du territoire québécois. Une épée de Damoclès pendue au-dessus de leur tête pendant plusieurs années, les mettant dans une situation d'incertitude et d'insécurité.

M. Antonius préconise de mettre en place des mesures incitant les nouveaux arrivants à respecter les lois québécoises, au lieu de mettre l'emphase sur le respect des valeurs. Même des personnes nées au Québec peuvent être en désaccord avec la Charte des valeurs, «qu'est-ce qu'on fait avec ça?», lance-t-il.

Les mesures coercitives de la CAQ sont également soulevées par la présidente de la FCEI qui craint que les entreprises québécoises - qui auront recruté et investi dans la formation des immigrants pendant trois ans – ne perdent du jour au lendemain cette main-d'œuvre, les laissant dans une situation d'imprévisibilité, néfaste à leur croissance.

Ils peuvent les passer en continu durant un nombre illimité de fois jusqu'aux trois ans, il y a une quatrième année qui s'ajoute si jamais ils échouent au bout de trois ans.Simon Jolin-Barrette

Ces arguments sont balayés d'un revers de la main par Simon Jolin-Barrette, qui réplique que les immigrants n'auront pas à attendre trois ans pour passer les examens, ils pourront le faire à tout moment dès leur arrivée. «Ils peuvent les passer en continu durant un nombre illimité de fois jusqu'aux trois ans, il y a une quatrième année qui s'ajoute si jamais ils échouent au bout de trois ans», avance-t-il. Des budgets et ressources importants seront également dégagés pour soutenir la population immigrée dans son intégration.

Que deviendront les personnes qui auront échoué aux tests de français et de valeurs?

«Les personnes qui n'auraient pas réussi cette évaluation là se retrouveraient dans une situation où il y aurait une perte de statut sur le territoire québécois», explique le candidat caquiste. Dès lors, le gouvernement fédéral, à la demande d'un futur gouvernement caquiste, serait amené à les expulser du territoire canadien, selon M. Jolin-Barrette, prenant l'exemple des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires.

Rien n'est moins sûr. Des sources gouvernementales citées par le journal Le Devoir ont indiqué qu'en vertu de l'Accord Canada-Québec, le Québec «n'a pas l'autorité unilatérale». Ottawa aura le dernier mot sur ces questions, selon ces mêmes sources.

Les principales mesures en matière d'immigration de la Coalition Avenir Québec

  • Baisse du nombre d'immigrants à 40 000 par an;
  • Instaurer un Certificat d'accompagnement transitoire (C.A.T.) qui s'appliquera désormais à l'ensemble des candidats à l'immigration de la catégorie «Immigration économique» qui vient s'installer au Québec, et il sera valide pour une durée de trois ans. Cette mesure nécessitera des modifications législatives. Sur le plan juridique, tous les candidats immigrants de la catégorie économique, dont la vaste majorité est composée de travailleurs qualifiés et de gens d'affaires, seront ainsi considérés comme des travailleurs temporaires.
  • Evaluation des nouveaux arrivants, trois ans après leur entrée au Québec, par des tests de valeurs, des tests de français et expulsion du territoire québécois de ceux qui échoueront ou qui n'auront pas effectué des démarches tangibles de recherche d'emploi;
  • Mise en place d'un programme de francisation obligatoire;
  • Interdiction du port des signes religieux des personnes en position d'autorité.

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