POLITIQUE
14/09/2018 00:22 EDT | Actualisé il y a 53 minutes

Débat des chefs 2018 : Lisée en mode attaque, Legault et Couillard perdent des plumes

Les moments forts (ou moins forts) de ce premier affrontement.

MONTRÉAL – Le débat des chefs, animé par Patrice Roy, et diffusé par plusieurs partenaires dont le HuffPost Québec, a donné lieu à quelques flammèches et des échanges corsés.

Le premier ministre sortant, Philippe Couillard, a blâmé l'administration péquiste de Lucien Bouchard, alors que le chef de la Coalition avenir Québec François Legault a dû expliquer pourquoi les immigrants ne devraient pas avoir peur de lui.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a livré des lignes d'attaque claires et précises, alors que la coporte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, bien qu'authentique, a eu du mal à parler autant que les boys. Ses expressions faciales en disaient long en fin de débat.

Voici quelques faits plus ou moins reluisants de ce premier affrontement entre les chefs des quatre principaux partis.

Le phénomène «Pas tellement»

La première citoyenne qui a posé une question aux chefs de partis, Raymonde Chagnon de Mirabel, a pas mal résumé notre sentiment commun pendant la majorité des questions des débats.

En réponse à sa question sur sa peur des CHSLD, chaque chef a entrepris de détailler son plan pour offrir plus de soins à domicile ou encore son désir de créer des nouvelles unités climatisées dans la prochaine génération...

Le modérateur Patrice Roy lui a ensuite demandé si ça répondait à sa question. «Pas tellement», a laissé tomber Mme Chagnon.

PC
Jean-François Lisée est passé à l'attaque surtout en première partie du débat.

Le «déficit de compassion» de Philippe Couillard

Jean-François Lisée a été particulièrement pugnace en première partie du débat. En tant qu'ancien porte-parole de l'opposition en matière de services sociaux, il en avait gros sur le cœur après des années d'austérité.

Il a parlé du cas d'une dame qui souffrait de sclérose en plaques qui était forcée de dormir dans sa chaise roulante parce qu'elle ne recevait pas assez de soins à domicile.

«Moi, comme premier ministre, j'aurais appelé la dame pour m'excuser au nom de l'administration publique. J'aurais demandé à cette personne qui a fait cet acte inhumain d'être suspendu et j'aurais demandé à rétablir les budgets pour que plus jamais ça arrive», a-t-il dit.

«Vous n'avez pas le monopole de la compassion», a mollement répété Philippe Couillard, après avoir dit que les budgets en soins à domicile avaient été augmentés sous son gouvernement.

«Je n'ai pas le monopole, mais vous avez démontré que vous avez un grand déficit de compassion», a rétorqué le chef du PQ.

Philippe Couillard blâme l'administration Bouchard

Le segment sur l'éducation a donné lieu à de vifs échanges sur qui avait fait le plus mal au domaine de l'éducation.

«Le gouvernement qui a fait le plus de tort à l'éducation», c'est celui de Lucien Bouchard, du temps où François Legault et Jean-François Lisée étaient dans son équipe, se défend Philippe Couillard.

«Donc c'est la faute à M. Bouchard si vous avez fermé des organismes d'aide aux décrocheurs il y a deux ans?» a répliqué Jean-François Lisée. «Ce n'est pas de votre faute? Prenez vos responsabilités!»

François Legault a ensuite renchéri sur sa promesse d'offrir des classes de maternelles pour les tout-petits de quatre ans afin de mieux dépister les problèmes d'apprentissage, entre autres.

«Moi, ce que je n'accepterai jamais de Philippe Couillard c'est qu'il a coupé, dans les deux premières années de son mandat, dans les services pour les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage», s'est indigné le chef de la CAQ.

PC
Manon Massé a été interrompue à quelques reprises par Philippe Couillard, qui voulait lui présenter les «faits».

François Legault à la rescousse du capitalisme

François Legault était sur la défensive alors que Jean-François Lisée l'a talonné sur l'écart entre les médecins québécois et ontariens.

«Vivez-vous sur une autre planète? a réagi le chef de la CAQ. Vous êtes en train de dire que ce n'est pas un problème si les médecins gagnent 40% de moins qu'en Ontario...»

«Puis les chauffeurs de bus? Puis les mécaniciens, puis les soudeurs?» a renchéri M. Lisée.

«On est dans un monde capitaliste, que vous le vouliez ou non. L'offre et la demande, c'est important. Sur quelle planète vous vivez, M. Lisée?»

«On s'en va dans le mur», selon Manon Massé

La co-porte-parole de Québec solidaire a ramené à l'avant-plan les enjeux environnementaux, qui sont trop souvent ignorés selon elle. À son avis, ce ne sont pas les «mesurettes» proposées par les trois autres partis qui permettront de réduire l'impact des changements climatiques.

«On s'en va dans le mur», a-t-elle dit, en plaidant pour que l'on cesse de verser de l'argent dans le Fonds des générations. À son avis, ces sommes doivent être utilisées de façon urgente pour une «transition écologique».

Philippe Couillard a pointé le fait qu'elle ne reconnaissait pas la dette financière laissée aux générations futures et lui a dit que le Québec pourrait perdre sa cote de crédit.

THE CANADIAN PRESS
François Legault a dû se défendre sur son plan en immigration et les maternelles 4 ans, entre autres.

«Les gens ont peur de vous, M. Legault»

François Legault a demandé à Philippe Couillard de s'excuser pour les propos du candidat libéral dans Taillon, Mohammed Barhone, qui a accusé la CAQ de vouloir faire le «nettoyage de l'immigration».

M. Couillard a précisé que son candidat s'était excusé pour ses propos et a refusé d'en ajouter à ce propos.

«Vous tolérez des gens qui disent n'importe quoi à propos de la CAQ», a accusé M. Legault, qui a fait référence au «nationalisme ethnique» évoqué par le ministre libéral des Finances, Carlos Leitao au printemps dernier. Ce dernier a toujours refusé de s'excuser pour ses propos.

«Les gens ont peur de vous, M. Legault», a répliqué M. Couillard, qui a fait référence aux tests d'«expulsion» de la CAQ à plusieurs reprises.

Le mansplaining de Philippe Couillard

«Moi, je suis flabbergastée, comme on dirait en chinois», a déclaré Manon Massé, en accusant ses adversaires de vouloir se «lier les mains» avec des accords de libre-échange. Elle soutient qu'un Québec indépendant pourrait défendre son système de gestion de l'offre en agriculture.

«Écoutez, Mme Massé, ça ne marche pas. Je vais être obligé de vous expliquer un peu», a répliqué Philippe Couillard. «La gestion de l'offre, elle ne peut exister sans la fédération canadienne.»

Manon Massé a ensuite fait remarquer qu'elle avait parlé moins de temps au total que ses adversaires parce qu'elle était une femme. Le modérateur Patrice Roy a répondu qu'il a bien tenté de l'inclure dans le débat à quelques reprises afin d'augmenter son temps de parole.