POLITIQUE
08/09/2018 09:27 EDT | Actualisé 08/09/2018 14:39 EDT

François Legault promet d'être «rigoureux» en dévoilant son cadre financier

500 M$ supplémentaires en santé, 400 M$ en éducation.

PC/Ryan Remiorz

Sous un gouvernement caquiste, la croissance des dépenses en éducation serait moindre que celle des dépenses en santé, selon le cadre financier de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a été dévoilé samedi matin, à Québec.

Le chef, François Legault, a souvent répété qu'il souhaitait un réinvestissement important en éducation, mais il a annoncé samedi que la croissance des dépenses dans ce ministère serait de 3,5 pour cent par année, comparativement à 4,1 pour cent au ministère de la Santé. La dernière année, la croissance en santé serait même de 4,2 pour cent.

La CAQ prévoit investir à terme 400 millions $ supplémentaires en éducation. En santé, l'augmentation serait de 500 millions $. En point de presse au Château Bonne Entente à Québec, le chef caquiste François Legault a jugé que cet investissement était suffisant pour financer des mesures phares de son programme, dont la maternelle à 4 ans pour tous.

Ces 400 millions $ supplémentaires seront investis intégralement pour les niveaux primaire et secondaire. L'éducation postsecondaire ne touchera donc pas de montant dans cette enveloppe, malgré la demande notamment des syndicats pour mieux financer les cégeps et universités.

"Est-ce que Investissement Québec peut en faire plus par exemple en ingénierie, en sciences de la vie, ça c'est des choses qu'on va regarder", a indiqué M. Legault. Il a catégoriquement rejeté l'idée d'augmenter les droits de scolarité pour les étudiants.

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Quant aux autres ministères, un gouvernement caquiste maintiendrait les coûts de système, qui ne seraient ni augmentés ni diminués.

Comment financer les promesses?

La CAQ veut se doter d'une "marge de manoeuvre" budgétaire en misant sur l'augmentation de l'efficacité dans la fonction publique, en passant par l'amélioration de la gestion informatique et de l'approvisionnement, et par un accroissement des dividendes versés par les sociétés d'État.

La CAQ réévaluerait également des programmes gouvernementaux lancés sous le gouvernement libéral, dont l'imposante Politique culturelle qui prévoit l'investissement de plus de 600 millions $.

Le parti espère par ailleurs économiser à terme 381 millions $ en ne remplaçant pas certains fonctionnaires qui prennent leur retraite.

Selon les calculs de la CAQ, ces mesures permettront de financer toutes ses promesses coûteuses, dont la réduction des taux de taxe scolaire et l'allocation familiale.

Des choix "prudents", selon la CAQ

Le chef de la CAQ a décrit son cadre financier comme étant "prudent", puisqu'il ne tient pas compte des montants que le parti souhaite chercher dans la révision de la rémunération des médecins spécialistes _ ce qu'il a toujours l'intention de faire le plus rapidement possible, a rappelé M. Legault.

"On ne pourra pas me dire que je suis trop optimiste, que je suis pas assez conservateur", s'est défendu le chef en conférence de presse.

"M. Couillard, ça fait des mois qu'il me dit: "Bin là votre cadre financier sera pas bon parce que vous êtes pas sûrs". Regardez là, M. Couillard il ne peut plus chialer, là", a-t-il ajouté.

Le cadre prévoit aussi une réserve de stabilisation qui atteindra 8,4 milliards $ au bout de quatre ans, au cas où il y aurait une récession.

Le parti assure être resté "conservateur" dans ses prévisions de croissance. Mais la CAQ prévoit tout de même une accélération de la croissance dans sa troisième et quatrième année au pouvoir _ 0,5 pour cent par année _ "grâce à l'équipe économique de la CAQ", a expliqué le chef.

"On pense que c'est très conservateur de se contenter d'un demi d'un pour cent de mieux dans l'année trois et l'année quatre. Moi, je vise beaucoup plus que ça", a déclaré M. Legault.

Le parti s'engage également à rembourser 10 milliards $ sur la dette d'ici le printemps prochain en puisant dans le Fonds des générations.

M. Legault a insisté pendant sa conférence de presse pour dire que le fardeau fiscal des contribuables ne serait pas alourdi au-delà de l'inflation.

La CAQ voulait à l'origine attendre les chiffres de ses adversaires libéraux avant d'annoncer les siens, mais elle tenait également à ouvrir ses livres avant le premier débat des chefs, qui sera diffusé jeudi prochain.

M. Legault a donc devancé le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ), qui n'ont pas encore rendu public leur cadre financier.

Les autres partis insatisfaits

Interrogé sur le cadre financier de la CAQ, le chef libéral Philippe Couillard a parlé d'un "travail brouillon", et il a même invité le parti à refaire son cadre à temps pour le débat.

"Il y a deux catégories dans un budget _ les revenus, les dépenses _ dans les deux cas, il y a des choses qui ont disparu, qui ont été sous-évaluées de façon massive; très peu de détails sur les infrastructures", a-t-il soutenu.

"Ça marche pas, mais je suis pas surpris."

De son côté, le chef péquiste Jean-François Lisée a dit qu'il n'était "pas surpris" que M. Legault ne compte pas sur les revenus liés au salaire des médecins.

"D'abord, il va attendre deux ans, il va attendre l'étude comparative, pis ensuite lui, Doug Ford va augmenter le salaire des médecins ontariens, alors comme M. Legault veut être collé sur les médecins ontariens, ça se peut qu'il y ait zéro dollar à économiser."

"Il est complètement inconstant là-dessus."

La "marge de manoeuvre" financière de la CAQ, en bref (au terme de quatre ans):

  • Amélioration de la gestion en informatique: 210 millions $
  • Attrition dans l'administration publique: 381 millions $
  • Meilleurs approvisionnements: 590 millions $
  • Évaluation des programmes: 300 millions $
  • Augmentation des dividendes des sociétés d'État: 350 millions $

Avec les informations de Julien Arsenault et Mélanie Marquis