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POLITIQUE
07/09/2018 13:52 EDT | Actualisé 07/09/2018 13:53 EDT

Philippe Couillard prévoit une «transformation radicale» de la société dans un prochain mandat

En entrevue avec le HuffPost, il affirme vouloir préparer le Québec au «roulement des générations».

MONTRÉAL – Malgré un début de mandat marqué par les compressions budgétaires, le chef libéral Philippe Couillard n'est pas peu fier de son bilan, qu'il qualifie de «très bon à plusieurs niveaux». Il affirme maintenant vouloir préparer le Québec aux défis de demain.

Le premier ministre sortant l'admet : la vie moderne est truffée d'«irritants» qui rendent la vie encore plus compliquée. «Les gens ont des vies difficiles maintenant, fait-il valoir. Malgré la technologie et tout ce qui nous entoure, nos vies ne sont pas plus simples. Elles sont même plus compliquées à cause de ça.»

Le HuffPost a invité les quatre chefs des principaux partis sur son plateau pour une entrevue, mais aussi pour répondre à des électeurs. À voir ci-dessous:

Mais pas question de débourser des milliards, à l'instar de ses adversaires, pour régler tous les problèmes d'un coup. À son avis, il est possible de les «corriger, souvent, de façon relativement simple et pas toujours très coûteuse».

Le Parti libéral du Québec ne propose pas de projet de société précis s'il est réélu pour un deuxième mandat. De toute façon, explique M. Couillard, le Québec sera rattrapé par une «transformation radicale et excessivement rapide» de la société, attribuable notamment au départ des baby boomers et à l'arrivée massive de «milléniaux» dans la vie publique.

Il y aura plus de changements dans les cinq prochaines années que probablement dans les 15 dernières années.

Son rôle comme chef de gouvernement, dit-il, serait «de faire en sorte qu'on mette en place maintenant au Québec tout ce qu'il faut pour que vous ayez les leviers pour prendre des décisions et continuer la transformation de la société à votre image».

«Il y aura plus de changements dans les cinq prochaines années que probablement dans les 15 dernières années, avance le chef libéral. Donc il faut préparer le Québec à ce changement-là et le faire participer et bénéficier au changement, mais également prévoir ce que j'appelle le roulement des générations, qui est un phénomène normal dans une société.»

#YoLesJeunes

M. Couillard, qui est âgé de 61 ans – tout comme ses principaux adversaires, à quelques mois près – rappelle qu'il est né dans une «société d'abondance» où le chemin de la vie était tracé d'avance.

«On ne se posait pas beaucoup de questions à l'époque, dit-il. On avait des sous pour faire toutes sortes de choses : la Baie-James, le métro... Le schéma de société était relativement simple : tu étudiais, tu trouvais un emploi, tu gardais ton emploi toute ta vie, tu prenais ta retraite.»

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«Alors que votre génération, maintenant... d'abord, vous êtes encore plus instruits qu'à l'époque, mais vous avez des perspectives différentes. D'abord, au travail, vous voulez avoir de l'impact. C'est comme ça que je vous lis», analyse M. Couillard.

«Vous voulez avoir du temps, également. Et la qualité de vie, l'environnement de travail, pour vous, sont aussi importants que les conditions de travail matérielles comme le salaire, par exemple. Alors il faut que la société accepte ça, parce que c'est une réalité, ce n'est pas une mauvaise chose du tout.»

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Philippe Couillard enregistre des voeux d'anniversaire à l'aide d'un téléphone intelligent.

Défis de démographie

L'un des obstacles qui se dresse devant les «jeunes» est sans contredit le départ à la retraite de ces boomers, qui nécessiteront des soins de santé et recevront des fonds de pension bien mérités.

«On a encore quelques années difficiles sur la démographie, jusqu'en 2030, explique M. Couillard. En 2030, normalement, on devrait reprendre une croissance démographique plus souhaitable.»

Il souhaite notamment continuer d'avoir recours à l'immigration pour combler des emplois au Québec, un «élément qui [le] sépare de [s]on adversaire», le chef de la Coalition avenir Québec François Legault.

M. Legault souhaite diminuer le nombre d'immigrants au Québec de 20% dès 2019 s'il forme le gouvernement.

«De dire, alors qu'on a un enjeu de pénurie de main-d'œuvre, qu'il faut diminuer le nombre d'immigrants au Québec, ça m'apparaît difficile à soutenir, déplore M. Couillard. Il faut toujours mieux les sélectionner, les intégrer, les franciser, oui. Mais il ne faut surtout pas réduire le nombre.»

Le chef libéral brandit une récente étude de l'Institut de la statistique du Québec, qui confirme que plus de la moitié de la croissance de l'emploi entre 2006 et 2017 s'observe chez les immigrants. Leur part a augmenté d'environ cinq points de pourcentage dans ces 11 années.

«Si on n'avait pas, parmi nous, des Québécois venus d'ailleurs, on serait moins prospères. Il ne faut jamais oublier ça», dit M. Couillard.

Diffusion des rencontres avec les chefs:
» Mardi 4 septembre: Manon Massé
» Mercredi 5 septembre: François Legault
» Jeudi 6 septembre: Jean-François Lisée

En rafale...

Craint-il de perdre son siège?

Selon le site QC125, le chef libéral est talonné par son adversaire caquiste dans sa circonscription de Roberval au Lac-Saint-Jean. Avec moins de 3% d'avance, sa réélection est assurée... pour le moment.

«Vous savez, il faut faire attention aux sondages. Des fois, c'est un peu de l'astrologie!» répond M. Couillard, qui fait valoir que ça faisait longtemps qu'un premier ministre n'avait pas eu une résidence principale dans une «région rurale».

«Je défie n'importe qui de trouver un bilan aussi fort que le mien dans ma circonscription. C'est sans précédent le nombre d'initiatives, de programmes qui ont été soutenus, d'entreprises installées, d'investissements... J'ai une grande confiance que je vais obtenir leur soutien.»

Où se cache Alexandre Taillefer?

Le président de la campagne électorale libérale, Alexandre Taillefer, se fait discret depuis qu'il a brandi la menace d'une «détérioration de la paix sociale» si le chef caquiste François Legault était porté au pouvoir.

Lors de cette entrevue, l'homme d'affaires a également mentionné qu'il n'est «malheureusement pas fait pour la politique». M. Couillard remet en doute les propos de M. Taillefer et dit que ses propos – pourtant cités – ont peut-être été mal interprétés.

«Peut-être que l'affrontement partisan et la joute médiatique, il a trouvé ça un petit peu rude au début. Mais au contraire, je sens de sa part beaucoup d'implication, il participe beaucoup à la planification de notre campagne, à la définition des enjeux, à la communication», mentionne-t-il.

Pas «féministe», mais...

Le HuffPost avait déjà diffusé cet extrait: M. Couillard n'ose pas s'accoler l'étiquette de «féministe». Il espère cependant que des femmes lui diront qu'il a mené des actions compatibles avec le féminisme.

«Je suis fortement engagé pour l'égalité entre les hommes et les femmes, ce qui est le féminisme, mais est-ce que je suis féministe? J'aimerais ça qu'une femme me le dise, qu'elle trouve que ce que j'ai fait est compatible avec le féminisme», dit-il.

Il rejette par ailleurs toute comparaison avec le premier ministre canadien Justin Trudeau, qui se réclame du féminisme sur toutes les tribunes.