POLITIQUE
01/09/2018 09:45 EDT | Actualisé 02/09/2018 13:38 EDT

Un PQ élu s'occuperait du prix des billets d'avion en région

L'idée est de faire échec aux monopoles qui font gonfler les prix, souligne la formation politique.

LA PRESSE CANADIENNE

BAIE-COMEAU, Qc - Le Parti québécois, s'il est élu, affirme qu'il mettra fin au quasi-monopole d'Air Canada, dans le but de réduire le prix des vols en région. Il a présenté samedi une mesure "créative" pour tordre le bras de la compagnie aérienne.

Près du tarmac de l'aéroport de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, le chef péquiste Jean-François Lisée s'est dit prêt à indemniser les plus petits transporteurs régionaux, afin de ramener "une saine concurrence" dans l'industrie.

Le parti fait même le pari que son gouvernement n'aura pas à sortir un sou de ses poches.

Quel problème veut corriger M. Lisée ? Les billets d'un vol Côte-Nord-Québec ou Percé-Montréal coûtent souvent autant qu'un voyage dans le Sud, ont maintes fois dénoncé les habitants de ces régions dans le passé.

Bref, le PQ veut mettre fin au scénario suivant, vu trop souvent aux dires de l'équipe péquiste: un nouveau joueur entre sur le marché, et Air Canada réplique en affichant de très bas prix pour ses billets d'avion. Étouffé, le concurrent abandonne et Air Canada remonte ses prix, récupérant du coup ses profits.

Pour régler la situation, le chef Jean-François Lisée propose un mécanisme bien spécifique - qui serait une première, selon le PQ.

Pour chaque trajet régional - mais uniquement à l'intérieur du Québec - le gouvernement établirait un "prix de référence garanti", à l'aide d'experts indépendants. Ce prix ne serait toutefois pas obligatoire. Mais si Air Canada tente de se réapproprier le marché en baissant ses prix, le gouvernement péquiste paierait au concurrent sous attaque la différence entre le prix de référence et le prix annoncé par Air Canada.

Par exemple, si le prix de référence Montréal-Baie-Comeau est fixé à 380 $, et qu'Air Canada vend des billets à 300 $, le concurrent sera compensé de 80 $ par billet.

Objectif: défendre les consommateurs

Le pari que fait le PQ est qu'Air Canada ne gardera pas ses prix si bas - vu que ses compétiteurs recevraient des sous - et les ramènera au niveau du prix de référence.

"C'est une politique de dissuasion massive", a déclaré le chef en conférence de presse. Il s'agit aussi de la solution privilégiée par les transporteurs aériens régionaux, a-t-il confié. Ceux-ci sont intéressés par certains marchés régionaux et vont venir, "s'ils n'y perdent pas leur chemise".

Il y en a quelques-uns en activité comme Air Inuit, Provincial Airlines et Pascan.

Il ne s'agit pas de fixer le prix des billets, a martelé le chef en conférence de presse. Personne n'a ce pouvoir, a-t-il ajouté.

"Mais on peut être créatif pour défendre les consommateurs et la compétition".

Une telle intervention serait légale, estime le chef péquiste, même si la réglementation de l'industrie aéronautique est de compétence fédérale. Un gouvernement provincial peut agir de la sorte, en vertu de sa compétence sur la protection des consommateurs. "On est en terrain juridique très solide".

Un nouveau Bureau des consommateurs

Air Canada a déjà plaidé dans le passé, dans le cadre de litiges, que parce qu'elle est une entreprise sous juridiction provinciale, la Loi québécoise sur la protection du consommateur ne s'applique pas à elle.

Pour accompagner ce mécanisme, le PQ a d'ailleurs réitéré une mesure déjà annoncée: il veut créer le Bureau de la protection des consommateurs du Québec pour s'assurer qu'une entreprise ne puisse régner en maître sur un marché, et gonfler les prix.

Le Bureau de la concurrence au fédéral existe, mais "il est d'une faiblesse épouvantable", juge M. Lisée.

En février dernier, un Sommet sur le transport aérien régional avait été tenu à Lévis. Le premier ministre Philippe Couillard avait notamment fait part de son intention de bonifier et de simplifier le programme de réduction des tarifs aériens, applicable aux résidants de certaines régions.

Le PQ dénonce ce programme, "qui ne fait que subventionner Air Canada" et ses "prix ridiculement hauts", ce qu'il veut éviter à tout prix. Il s'en débarrasserait éventuellement.

Air Canada n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue samedi.

Maintenir les autocars en région

Alors que les trajets d'autobus d'une municipalité à l'autre sont de plus en plus effacés de la carte en région, le PQ propose d'ajouter 8 millions $ sur quatre ans pour maintenir celles qui existent toujours en Gaspésie, en Abitibi, sur la Côte-Nord et dans le Bas-St-Laurent.

Lorsque les Municipalités régionales de comtés (MRC) financent le maintien d'un trajet d'autobus, elles pourront avoir plus d'argent du gouvernement pour le faire. Actuellement, les liaisons régionales disparaissent quand même, malgré le financement, constate le PQ.

Tadoussac, tôt le matin, M. Lisée avait aussi rencontré en privé le chef de la communauté d'Essipit, Martin Dufour. Il fut question du controversé projet éolien Apuiat.

La caravane péquiste passe la journée sur la Côte-Nord, avec d'autres arrêts à Port-Cartier, où le chef a rencontré le maire Alain Thibault, pour se rendre en soirée à Sept-les.

Les deux circonscriptions visitées samedi, René-Lévesque et Duplessis, étaient détenues par le PQ au moment de la dissolution de l'Assemblée nationale, soit respectivement par Martin Ouellet et par Lorraine Richard.