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01/09/2018 09:25 EDT | Actualisé 01/09/2018 09:26 EDT

ALÉNA: l'intransigeance de Trump contrarie les négociations avec le Canada

«J'aime le Canada mais ils profitent de notre pays depuis des années», a-t-il écrit sur Twitter.

Yuri Gripas / Reuters

Les discussions avec le Canada sur le traité de libre-échange nord-américain ALÉNA ont buté sur l'intransigeance de Donald Trump, qui est loin d'abandonner sa croisade commerciale puisque de nouvelles salves sont attendues la semaine prochaine contre la Chine.

Au moment même où un accord se profilait pour redessiner cet accord commercial nord-américain qui lie Etats-Unis, Canada et Mexique, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a brutalement mis fin vendredi aux discussions avec le représentant américain au commerce Robert Lighthizer en raison de propos désobligeants tenus par le président américain.

Le locataire de la Maison-Blanche s'est vanté auprès de journalistes que son administration ne faisait aucun compromis avec Ottawa et qu'un accord potentiel se fera "uniquement à nos conditions".

Il ne s'abstient d'en faire part publiquement que parce que "cela serait si insultant qu'ils (les Canadiens) ne pourront pas trouver d'accord". "Je ne peux pas les tuer", a-t-il encore déclaré, selon des propos à l'agence Bloomberg retranscrits par le Toronto Star.

Puis dans un tweet, il a confirmé ses propos ainsi: "au moins, le Canada sait à quoi s'en tenir!".

"J'aime le Canada mais ils profitent de notre pays depuis des années", a-t-il renchéri samedi matin, toujours sur Twitter.

Bien que les négociateurs américains et canadiens aient fait mine d'ignorer ce couac, préférant faire état de "discussions fructueuses", de "progrès" et de nouvelles tractations programmées pour mercredi, le ton résolument hostile de Donald Trump pollue pour le moins ces délicates discussions.

La reprise des négociations se fera dans un climat d'autant moins serein que le locataire de la Maison Blanche ne montre aucun signe d'apaisement y compris avec ses alliés historiques.

Cette semaine, il n'a pas hésité à fragiliser un compromis précaire trouvé le mois dernier avec Bruxelles.

Donald Trump et son homologue de la Commission européenne Jean-Claude Juncker se sont engagés fin juillet à "travailler ensemble à l'élimination des droits de douane, des barrières non tarifaires" mais en excluant alors le secteur automobile.

Un "groupe de travail", mené par la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström et par Robert Lighthizer, est actuellement chargé de travailler à la faisabilité et aux contours de cet accord.

Dans un geste de bonne volonté jeudi, Mme Malmström a indiqué que l'Union européenne était prête à réduire à zéro les droits de douane même sur les automobiles si les Etats-Unis faisaient de même.

"Ce n'est pas suffisant", a battu froid le président américain dans un entretien accordé à l'agence Bloomberg News. "Leurs consommateurs ont l'habitude d'acheter leurs voitures, pas d'acheter nos voitures", a déploré Donald Trump, irrité de voir des Mercedes dans les rues de New York.

Surtout, il souhaite mettre en oeuvre une nouvelle salve de taxes douanières contre la Chine qui pourrait intervenir dès jeudi minuit.

Pour punir Pékin qu'il accuse de pratiques commerciales "déloyales" et de "vol de propriété intellectuelle", Washington impose actuellement des barrières douanières de 25% sur 50 milliards de dollars de marchandises chinoises.

Accentuer la pression

Le géant asiatique a rétorqué à l'identique. Mais l'administration américaine a déjà prévenu qu'une nouvelle vague portant sur 200 milliards de dollars d'importations chinoises pourrait intervenir en septembre.

Selon l'agence Bloomberg, qui se base sur plusieurs sources proches du dossier, Donald Trump pourrait le faire à l'issue de la période de consultations publiques.

Pour l'administration Trump, qui a déclenché les hostilités, l'objectif reste d'accentuer la pression sur Pékin pour l'amener à réduire son colossal excédent commercial avec les Etats-Unis (plus de 375 milliards de dollars en 2017).

Donald Trump a même menacé de cibler la totalité des quelque 505 milliards de dollars de marchandises que les États-Unis importent de Chine.

Washington se sent en position de force alors que la deuxième puissance mondiale n'a importé que 129,89 milliards de marchandises américaines en 2017.

"Nous avons beaucoup plus de munitions qu'eux. Ils le savent", a maintes fois argué le ministre américain du Commerce, Wilbur Ross.

Sur le front canadien, les Etats-Unis pourraient avoir bien plus à perdre avec le Canada, leur principal marché, a fait valoir Chrystia Freeland.

Pour Washington, le voisin nord-américain est "plus important que la Chine, le Japon et le Royaume-Uni réunis", a-t-elle argué. "Plus de 2 milliards de dollars d'activité sont générés chaque jour".

"Je sais que les deux parties comprennent" l'importance de l'ALÉNA, a-t-elle poursuivi. La tâche des négociateurs canadiens est de trouver des solutions gagnant-gagnant.