DIVERTISSEMENT
30/08/2018 13:41 EDT | Actualisé 30/08/2018 13:41 EDT

Emmanuel Bilodeau veut changer le monde avec la pièce «Oslo»

«Mon but est d’évoluer en faisant évoluer, si possible...»

Maxyme G. Delisle

Après six ans d'absence au théâtre, Emmanuel Bilodeau a accepté de jouer dans Oslo, récompensée du Tony Award de la Meilleure pièce en 2017. Inspirée d'une histoire vraie, l'œuvre expose les négociations clandestines organisées par un couple de diplomates norvégiens entre l'État d'Israël et l'Organisation de libération de la Palestine. Une démarche peu orthodoxe qui a mené aux accords d'Oslo en 1993.

T'ennuyais-tu du théâtre?

Pendant ces années-là, j'ai fait beaucoup de scène grâce à l'humour. J'avais un rapport direct avec le public que j'adore. En ce qui concerne le théâtre, je m'ennuyais de mes camarades, mais pas tant des répétitions. Cet été, on a répété tout le mois d'août dans un entrepôt de l'est de Montréal. Il faisait très chaud. C'était intense. Je n'avais plus de vie de famille. Le théâtre prend beaucoup d'énergie et de temps dans ma vie. Comme je viens d'avoir un bébé, je ne ferai pas grand-chose au théâtre au cours des prochaines années.

Tu avais d'abord refusé le rôle, faute de temps. Pourquoi as-tu changé d'idée?

Parce que j'ai eu un coup de cœur pour la metteure en scène Édith Pathenaude et pour la pièce. Quand j'en parlais aux gens autour de moi, tout le monde me trouvait cave d'avoir refusé ça. C'est vraiment une pièce pour moi. Le sujet m'interpelle. Je connaissais peu le conflit israélo-palestinien et j'avais envie de m'y plonger un peu. Je joue ce show-là pour montrer la réunion d'êtres humains qui veulent partager un message d'espoir et de paix.

Pourquoi les diplomates ont organisé des rencontres en coulisses, loin des caméras et des avocats?

Il y avait un canal officiel à Washington et à Londres qui ne fonctionnait pas. Les gens se parlaient, mais rien n'avançait. À un moment donné, les diplomates ont fait fuck off, on ne les met pas au courant, même pas Washington, qui déteste ne pas tout contrôler. C'est merveilleux qu'ils aient compris ça. Encore aujourd'hui, si on veut un accord de paix, il ne faut pas que Washington soit au courant, encore moins avec Trump au pouvoir, car ils n'ont pas la délicatesse pour gérer ça. Ils ont toujours joué les gros-bras, avec l'ego à l'avant-plan. Il faut aller plus loin que ça.

Qu'est-ce qu'on découvre sur les diplomates?

On a un aperçu de leur couple et des humains derrière leur travail, tout comme on a accès à des bribes de vie des négociateurs des deux camps. Moi, je joue un gars idéaliste qui rêve de changer le monde, avec un bon ego. Il est très peu différent de moi. Je rêverais moi aussi de changer le monde avec la pièce, en invitant les Israéliens et les Palestiniens à voir le show et en créant un espace secret pour ouvrir la communication. Mon personnage est un facilitateur qui invite les deux camps à se rencontrer, à manger ensemble, à prendre des marches et à se parler, pour essayer de régler le conflit point par point.

À quel point c'était risqué?

Les diplomates prenaient des risques pour la suite de leur carrière en organisant tout ça en secret, sans l'accord du gouvernement norvégien d'entrée de jeu. Les représentants israéliens et palestiniens jouaient aussi leur vie, car si on apprenait qu'un représentant du gouvernement parlait à des Palestiniens, il pouvait être emprisonné, et peut-être plus.

La pièce est-elle impartiale?

C'est un show sur la paix, la réconciliation et l'humain. Il n'y a personne de mauvais fondamentalement. C'est impossible de prendre partie pour l'un ou l'autre. Les deux camps ont d'excellents points à faire valoir. Et les Norvégiens sont là pour les faire s'exprimer sur leurs points de vue, leurs contradictions, leur beauté et leurs aspirations, tout à fait légitimes des deux côtés. On sort de là avec une compréhension de l'intérieur de l'humain et en ayant eu accès à une initiation au conflit. Ce n'est pas un cours théorique, même s'il y a beaucoup d'informations. Il y a plusieurs moments divertissants, drôles et touchants.

Faut-il de grandes connaissances en géopolitique pour comprendre et aimer la pièce?

Moi, je n'avais pas les connaissances avant de jouer ça. J'écoute les nouvelles quand même souvent depuis que je suis petit, mais je n'ai jamais compris ce conflit-là. Par contre, quand j'ai lu la pièce la première fois en anglais, une langue que je ne maîtrise pas du tout, j'ai tout compris. Alors, en français, on comprend mieux. Les rapports humains sont au coeur de l'histoire. C'est grand public.

Fais-tu des choix artistiques en espérant faire bouger les choses?

Au théâtre et même en humour, mon ambition cachée, c'est qu'à la fin, les gens aient pogné un message. J'espère changer un peu leur perception de leur coin du monde ou d'eux mêmes. Mon but est d'évoluer en faisant évoluer, si possible.

Vas-tu t'exprimer dans un nouveau spectacle d'humour bientôt?

D'ici un an ou deux, j'aimerais avoir le texte d'un nouveau spectacle. Une petite aventure très humble, moins grosse que la première. J'aimerais être un gars avec un micro dans une petite salle, en voyant s'il y a du répondant.

La pièce Oslo est présentée chez Duceppe du 5 septembre au 13 octobre 2018. Cliquez ici pour plus de détails.

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